Gérard Collomb, hémisphère droit de la « macronie »
En incarnant la ligne "dure" de l'exécutif sur l'immigration, Gérard Collomb s'ancre à la droite de la "macronie". Son penchant naturel selon...

Gérard Collomb, hémisphère droit de la « macronie »

En incarnant la ligne "dure" de l'exécutif sur l'immigration, Gérard Collomb s'ancre à la droite de la "macronie". Son penchant naturel selon...
Public Sénat

Par Gregory DANEL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

En incarnant la ligne "dure" de l'exécutif sur l'immigration, Gérard Collomb s'ancre à la droite de la "macronie". Son penchant naturel selon ses détracteurs, quand ses partisans voient dans l'ex-baron socialiste un "homme d'équilibre" façonné par le terrain.

Après avoir fait voter à l'automne une loi antiterroriste décriée par les défenseurs des libertés publiques, le ministre de l'Intérieur affronte, à 70 ans, un nouveau procès en dérive droitière.

Surnommé "M. Tape-Dur" par Libération, l'ancien maire de Lyon fait office de paratonnerre pour l'exécutif en concentrant les critiques des associations, des intellectuels et de la gauche sur son projet de loi "asile et immigration".

Lui qui, selon Le Canard enchaîné, se plaignait d'être assimilé au "facho de service" est devenu le "ministre de la matraque et de la barbarie" pour l'écrivain Yann Moix. L'ex-patron du PS Jean-Christophe Cambadélis a appelé son ancien camarade à "ne pas oublier qui (il a) été".

"Collomb, l'homme de gauche qui s'en prend aux migrants? Le raccourci est trop facile", s'emporte un ami du ministre. "C'est un homme d'équilibre. Issu de la classe populaire. Et qui n'a pas oublié qu'il a été maire du IXe arrondissement de Lyon, celui de la Duchère (quartier réputé difficile, ndlr). Il met les mains dans le cambouis".

"Je fais partie de la gauche du réalisme et de l'action", revendique le ministre. "L'incantation, ça ne change pas le quotidien des Français."

Le ministre de l'Intérieur Gerard Collomb (au centre) serre la main à un réfugié qui a signé un contrat d'intégration républicaine le 19 février 2018 à Lyon
Le ministre de l'Intérieur Gerard Collomb (au centre) serre la main à un réfugié qui a signé un contrat d'intégration républicaine le 19 février 2018 à Lyon
AFP/Archives

"C'est dur pour lui. C'est un franc-maçon, avec une vraie culture humaniste", plaide une source gouvernementale. Une autre met en avant son "pragmatisme" et son long travail de "pédagogie" au sein d'une majorité dont certains députés s'interrogent sur la logique répressive du texte.

La méthode Collomb? "C'est d'avoir raison tout seul", ironisent des opposants lyonnais.

Le portrait qu'ils brossent de lui est sans appel: "autocratique", "paternaliste" et faisant "la course à droite" sur l'immigration. "Il dit des choses que l'homme de la rue aime entendre, avec aussi cette petite musique +S'il y a trop d'étrangers en France, les gens voteront FN+", critique Olivier Brachet, ex-directeur général de l'ONG Forum Réfugiés et ancien vice-président de la Métropole de Lyon, qui a brutalement rompu avec M. Collomb en 2015.

- "Bisounours" -

"Aucun ministre de l'Intérieur n'est un Bisounours", souligne le maire PS de Bourg-en-Bresse, Jean-François Debat, longtemps réputé proche de l'ex-édile. "Mais si c'était Sarkozy qui avait proposé une telle réforme, la gauche toute entière serait dans la rue".

L'arrivée de Gérard Collomb, bombardé en mai 2017 numéro 2 du gouvernement, dans le fauteuil de ministre de l'Intérieur aura surpris les bons connaisseurs de cet "animal politique" qui, en 2001, après trois échecs, réussit l'exploit de faire basculer Lyon, bastion réputé inexpugnable du centre et de la droite.

Féru d'urbanisme, de développement économique, fin connaisseur des collectivités locales, M. Collomb n'était pas attendu dans le costume de "premier flic de France" même s'il met en avant la mise en place de la vidéosurveillance ou l'armement de sa police municipale.

De fait, à Beauvau, il déroute parfois entre approximations factuelles, éloquence en berne et attitude jugée "dilettante" par une kyrielle de hauts fonctionnaires et de syndicalistes, habitués au style plus musclé des Sarkozy, Valls ou Cazeneuve.

Gérard Collomb lors d'une conférence de presse sur la police de sécurite du quotidien (PSQ), à l'Ecole militaire à Paris, le 8 février 2018
Gérard Collomb lors d'une conférence de presse sur la police de sécurite du quotidien (PSQ), à l'Ecole militaire à Paris, le 8 février 2018
AFP/Archives

Entré au conseil municipal de la capitale des Gaules en 1977, année de naissance du président de la République, indéboulonnable baron de province ayant cumulé toutes les charges électives depuis quatre décennies, M. Collomb incarne à bien des égards "l'ancien monde" vilipendé par Emmanuel Macron.

Sa réussite en "macronie" se lit comme une revanche. Amorcé à l'été 2015, le compagnonnage entre le vieux briscard et le jeune loup allait se poursuivre jusqu'aux larmes télévisées de M. Collomb, lors de l'investiture du nouveau chef de l'Etat. Et continue à Beauvau où le ministre vient de lancer la police de sécurité du quotidien, promesse du candidat Macron.

Fort d'indéniables réussites locales, Gérard Collomb a longuement attendu un destin national. Mais avant d'être En Marche, le ministre, qui a prêché sans relâche les vertus du "réformisme" au PS, avait longtemps été en marge. Côté droit.

Partager cet article

Dans la même thématique

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
9min

Politique

« Je serai le Président de l’ordre, de la justice et de la fierté française » : Bruno Retailleau se déclare candidat à la présidentielle de 2027

Le président des LR se lance dans la course pour 2027. « J’ai pris la décision d’être candidat à l’élection présidentielle » a annoncé l’ancien ministre de l’Intérieur, assurant ne pas vouloir être chef de l’Etat « par obsession du pouvoir, mais par sens du devoir ». Une décision que l’ancien président du groupe LR du Sénat a « mûri » petit à petit. Mais selon ses proches, il a en réalité décidé d’y aller « il y a déjà plusieurs mois ».

Le

« Regards croisés allemand et polonais sur les grands dossiers européens »
4min

Politique

Union européenne : au Sénat, des acteurs allemands et polonais appellent à « améliorer notre capacité à se défendre sans divorcer avec les Etats-Unis »

L’année 2026 célèbre le 35e anniversaire du Triangle de Weimar, une coopération entre la France, l’Allemagne et la Pologne basée sur le renforcement du dialogue politique entre les trois pays. Pour l’occasion, la commission des affaires européennes du Sénat a invité deux représentants de think tanks allemand et polonais, ce jeudi 12 février, pour croiser leurs regards sur une actualité européenne sous tension : les offensives de Donald Trump et la montée de l’extrême-droite sur le Vieux Continent.

Le

Paris: no-confidence debate in French parliament
5min

Politique

Programmation pluriannuelle de l’énergie : la feuille de route de Sébastien Lecornu coûte-elle 300 milliards comme l’affirme le RN ?

Sébastien Lecornu a détaillé la nouvelle feuille de route énergétique de la France, très attendue depuis 3 ans.  La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui prévoit une relance du nucléaire et la poursuite du développement des énergies renouvelables est estimée par le Rassemblement national à un minimum de 300 milliards d’euros. Un calcul démenti par les experts.

Le