Guerre en Ukraine : les députés engagés dans la résistance
En Ukraine, l’aide aux déplacés et à l’armée concerne tous les citoyens, y compris les parlementaires. Depuis le début de la guerre, le 24 février dernier, le parlement Ukrainien ne se réunit plus, alors les élus trouvent divers moyens pour venir en aide à la population.

Guerre en Ukraine : les députés engagés dans la résistance

En Ukraine, l’aide aux déplacés et à l’armée concerne tous les citoyens, y compris les parlementaires. Depuis le début de la guerre, le 24 février dernier, le parlement Ukrainien ne se réunit plus, alors les élus trouvent divers moyens pour venir en aide à la population.
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Par Clotilde Bigot (photos Matthieu de La Rochefoucauld )

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Dans la région de Lviv, à soixante-dix kilomètres de la frontière polonaise, deux députés, issues du parti d’opposition Holos (la Voix) s’organisent dans leur district pour participer à l’effort humanitaire. Natalia Pipa a 38 ans, cette secrétaire au parlement des thèmes de l’éducation, des sciences et de l’innovation a transformé son café de quartier en plaque tournante d’aides vers les lignes de front. « Nous récupérons des donations ici de la part de toute l’Europe, ainsi que des donations privées, puis nous les envoyons sur les points chauds ». Les députés organisent l’aide comme de simples citoyens, à l’instar de tous les habitants des villes qui ne sont pas touchées par les bombardements russes. Cela permet d’accélérer le processus. « L’État ukrainien aide aussi, mais il y a beaucoup de bureaucratie, ils envoient moins souvent mais en plus grande quantité. En temps de guerre, il faut réagir vite, alors c’est ce que nous faisons ».

Le ballet des voitures n’arrête pas, entre une et trois voitures partent tous les jours. Aujourd’hui, Roman, un jeune homme bâti comme un soldat est là, il attend de remplir le coffre de son Audi Q3 pour prendre la direction de Mykolaiv, au sud du pays. Roman est originaire de la ville, et fait des allers retours afin d’apporter des médicaments, de la nourriture, des protections balistiques aux troupes qui sont sur place « qui manquent de tout », dit-il. Roman est un anonyme, il est tout autant une cible pour les Russes, mais ne sera pas montré en butin de guerre, comme l’ont été Ivan Fedorov, maire de Melitopol, ainsi qu’Oleksandr Starukh, maire de la ville de Dniprorudne et gouverneur de la région de Zaporizhzhia, il est donc plus facile pour Pipa de déléguer la logistique, et d’aider « pour les autorisations » entre les districts.

 

Une nouvelle génération de députés

 

Halyna Vasylchenko est elle aussi une jeune députée du parti Holos. Elle s’active aux côtés de ses trois enfants et de son mari dans la banlieue de Lviv, pour trier des médicaments, et d’autres biens qui partent au front. « Nous recevons beaucoup de donations de la part de nos partenaires européens jusqu’à Lviv, et c’est ici que nous trions tout, afin de les envoyer vers le front », dit-elle fièrement assise devant un drapeau de l’Union Européenne. Élue elle aussi en 2019, elle a mis à disposition ce hangar, « prêté par des amis » afin de coordonner de nombreuses aides, et s’active avec des volontaires de sa circonscription, dont beaucoup de très jeunes, qui se sentent utiles lorsqu’ils n’ont pas de cours en ligne.

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Halyna Vasylchenko, députée du parti Holos, qui participe à la gestion des marchandises à stocker et à envoyer pour les soldats sur le front. Lviv, 11/03/2022.

Élues depuis 2019, Natalia Pipa et Halyna Vasylchenko font partie de cette nouvelle génération de députés, inspirés par les événements de la place Maidan, à Kiev et de la révolution orange, contre la Russie et son influence dans le pays. « Les Ukrainiens n’ont pas vraiment confiance en leurs hommes politiques, je les comprends. J’ai commencé ma carrière en tant qu’activiste. Je militais pour préserver les espaces verts, tout a commencé avec Maidan » se souvient-elle. Aux côtés de son amie de toujours, Olga Tesliak, qui a transformé sa pâtisserie en lieu de stockage des donations, elles se souviennent des débuts en politique de Mme Pipa. « J’ai été élue alors que ma fille n’avait que 3 ans… Nous, nous nous connaissons depuis bien longtemps, et nous avons été volontaires à l’époque de Maidan, en 2014, pour défendre notre ville, et aspirer à plus de libertés ! »

 

« Génération Maidan »

 

Les événements de la place Maidan ont marqué toute une génération. Les images de la grande place de Kiev couverte de monde, demandant un rapprochement avec l’Union Européenne, et non pas avec la Russie, résonnent très fort aujourd’hui en ces temps de guerre. En 2019, les élections parlementaires ont reflété ce changement avec plus de 70 % de parlementaires nouvellement élus. Le parlement ukrainien avait déjà subi des modifications depuis 2014. « Avant la guerre dans le Donbass, nous étions 450 parlementaires, mais les territoires occupés (la Crimée et le Donbass) n’ont plus de députés, alors aujourd’hui nous sommes 424, dont 20 de notre groupe Holos, le plus petit du parlement », explique Natalia Pipa. Un groupe d’opposition au Président Zelensky, qui aujourd’hui se rallie aux autres, tous, derrière la patrie. « Nous sommes tous très unis aujourd’hui. Il y a une portion des députés qui étaient pro Russes qui ont quitté le pays pour la Russie, mais sinon, nous avons interdiction de quitter le territoire ». Ces députés, « Nous n’avons pas le droit moral de quitter le territoire, précise Oleksandr Lukashev, député de la majorité, l’interdiction correspondante devrait être écrite dans la loi ». Lukashev a récemment rejoint le camp Zelensky, après avoir été un élu de la coalition « Pour la vie », considérée comme pro-Russe. Selon plusieurs sources, une vingtaine de députés auraient quitté l’Ukraine. Lukashev est député de la région de Lougansk, qui est maintenant sous le feu russe. Depuis une ville à l’ouest du pays, il achemine par le biais de la fondation d’un autre député, Vadim Stolar. « Plus de 30 tonnes de nourriture ont déjà été reçues par les habitants des régions visées par l’agression Russe, sans compter les matériaux de construction pour la restauration des maisons ».

Lukashev était professeur de droit avant 2019, il fait partie de cette nouvelle vague de députés issus de la société civile, lui aussi, qui restent au pays, afin de se rendre utile. Tous, à leur niveau, aident les citoyens ukrainiens, « c’est ça l’humanité ! » conclut Lukashev. Une unité du peuple, du Président aux simples citoyens, en passant par le Parlement, qui, depuis trois semaines, tient, face à l’ennemi commun, la Russie.

>> Lire aussi : Ukraine : Zelensky s’adresse mercredi, par message vidéo, au Sénat et à l’Assemblée nationale

 

De parlementaire à soldat

 

D’autres députés ont pris des actions plus radicales. C’est le cas de Sviatoslav Yurash. Le plus jeune député d’Ukraine, proche de Zelensky, à 26 ans, a pris les armes, comme de nombreux autres hommes de son âge. Il se trouve aujourd’hui à Kiev, kalachnikov à la main. Oleksiy Goncharenko lui était un député proche de l’ancien président pro-Russe Porochenko. Mais en 2019, il s’est représenté dans son district à l’est du pays, et a gagné en tant que candidat indépendant. Depuis le début de la guerre, il a lui aussi pris les armes, et a transformé son « centre Goranchenko », auparavant destiné à promouvoir l’éducation pour tous les Ukrainiens, en centre de réception et distribution de colis pour les différents fronts. Tous défendent l’Ukraine, sans s’en cacher sur les réseaux sociaux.

Depuis le 25 février dernier, le Parlement ukrainien unicaméral (« Verkhovna Rada ») est officieusement hors-service. Le dernier vote des députés a eu lieu le 23 février, pour l’instauration de l’état d’urgence. Le lendemain, la Russie envoyait ses troupes, et le surlendemain, la mobilisation générale était décrétée par le président Zelensky.

>> Lire aussi : « En Ukraine, les journalistes sont délibérément ciblés », dénonce Christophe Deloire de Reporters sans frontières

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