Hausse du diesel: le spectre d’un front uni face au gouvernement
Les "culs terreux" qui "fument des clopes et qui roulent au diesel" vont-ils faire trembler le gouvernement? L'appel à bloquer les routes le 17...

Hausse du diesel: le spectre d’un front uni face au gouvernement

Les "culs terreux" qui "fument des clopes et qui roulent au diesel" vont-ils faire trembler le gouvernement? L'appel à bloquer les routes le 17...
Public Sénat

Par Paul AUBRIAT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Les "culs terreux" qui "fument des clopes et qui roulent au diesel" vont-ils faire trembler le gouvernement? L'appel à bloquer les routes le 17 novembre, relayé par l'extrême droite, connaît un écho grandissant dans l'opposition qui parie sur une vaste mobilisation pour étriller la majorité.

Le mouvement d'humeur est né ces dernières semaines après la hausse du prix du diesel qui alimente les deux tiers du parc automobile français. Il s'est depuis traduit par des pétitions en ligne et appels à manifestation autoproclamées "citoyennes" et apolitiques, et reçoit aujourd'hui l'onction de certains partis.

Point d'orgue: la journée du samedi 17 novembre, qui concentre les appels au blocage des routes et jusqu'au boulevard périphérique parisien. L'objectif de leurs promoteurs, qui se sont baptisés "les gilets jaunes": faire reculer le gouvernement, à l'image des "bonnets rouges" de 2013 qui avaient contraint François Hollande à revenir sur la mise en place d'une écotaxe.

Alors que l'un de ces appels émane d'un cadre de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan a été le premier à exhorter à "rejoindre la contestation".

Nicolas Dupont-Aignan à l'Assemblée nationale, photo du 5 juin 2018.
Nicolas Dupont-Aignan à l'Assemblée nationale, photo du 5 juin 2018.
AFP/Archives

Marine Le Pen lui a emboîté le pas: "L'ensemble de nos cadres politiques et de nos élus seront aux côtés des manifestants", a-t-elle promis mercredi sans préciser si elle irait elle-même, alors que l'un des pontes du Rassemblement national (ex-FN), Wallerand de Saint-Just, y voit une "révolte citoyenne".

D'abord minimisé par l'exécutif, attaqué par la CGT qui a dénoncé "une instrumentalisation" par l'extrême droite, le mouvement a toutefois pris de l'ampleur, au point que le chef des Insoumis Jean-Luc Mélenchon a fait part de sa bienveillance mardi à l'égard des futurs manifestants.

"Nous n'appellerons pas à la manifestation du 17 novembre, nous ne ferons pas de récupération politique". Mais "leur colère est juste", a considéré le candidat malheureux à la présidentielle. Mieux: "Si nos amis sont dans (les manifestations), on sera fier d'eux".

- Offensive de Philippe -

A droite, la question de la participation aux actions du 17 novembre gagne également en popularité: "Arrêtez de nous prendre pour des culs-terreux et des Français de deuxième zone", a lancé mardi le sénateur LR Jacques Genest lors des questions au gouvernement. "Et surtout souvenez-vous que la révolution est venue des campagnes", a-t-il lancé, en donnant à "tous, rendez-vous le 17 novembre".

Les propos rapportés dans le JDD du porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux - récusés par l'intéressé -, selon qui Laurent Wauquiez était "le candidat des gars qui fument des clopes et qui roulent au diesel", ont achevé d'attiser la colère des Républicains: le premier d'entre eux, Laurent Wauquiez, a dénoncé "un mépris" de la part du gouvernement, dans la droite ligne de ses attaques régulières contre "l'arrogance" de la majorité.

Au PS, si aucun appel à participer aux manifestations du 17 novembre n'a été lancé, le Premier secrétaire, Olivier Faure, a dénoncé une "arnaque", en soulignant que, sur cinq ans, "seulement 10 petits milliards sur ces 55 milliards vont finalement financer la transition énergétique". Avant lui, l'ex-ministre de l'Environnement Ségolène Royal avait elle-aussi fustigé une justification d'un "matraquage fiscal par l'écologie".

L'exécutif entend toutefois faire bloc: à Matignon, on anticipe que le sujet "va durer", mais on assume le mouvement de hausse des taxes, quitte à reperdre les points de popularité qu'Edouard Philippe a gagné ces dernières semaines.

"Pendant longtemps, c'est d'ailleurs un peu le reproche que nous a fait Hulot, on ne changeait pas de modèle. Même si c'est dur, c'est la preuve que le gouvernement prend les décisions", souligne un conseiller gouvernemental. "Si elles sont impopulaires, c'est qu'elles ont aussi du sens: c'est un marqueur de la volonté de vraiment changer de modèle, même si on fait attention, notamment vis-à-vis des campagnes".

Les ventes de véhicules particuliers
Evolution des parcs automobiles diesel et essence de 1990 à 2017
AFP

Chez LREM, d'aucuns craignent toutefois un succès populaire de la journée du 17 novembre qui cristalliserait les colères anti-Macron.

"En ce qui concerne la hausse du gasoil, je pense qu'il faut qu'on fasse attention", a mis en garde un député marcheur de l'Hérault, Patrick Vignal, qui a conseillé au ministre Griveaux de "se reposer". Car, observe-t-il, "quand il tweete qu'il ne veut pas de gens qui fument des clopes et qui roulent au diesel... Beaucoup de Français le font".

Partager cet article

Dans la même thématique

Hausse du diesel: le spectre d’un front uni face au gouvernement
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Hausse du diesel: le spectre d’un front uni face au gouvernement
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le