Manifestations contre la loi Travail, Gilets Jaunes, mouvement contre la réforme des retraites, révoltes urbaines à la suite de la mort de Nahel… Les blocus lycéens de ces dernières semaines figureront sans aucun doute en bonne place parmi les moments importants de l’histoire récente du mouvement social français. Et le mouvement actuel de la jeunesse française n’est pas passé inaperçu à l’international non plus.
L’Iran a ouvert le bal il y a trois jours en convoquant l’ambassadeur de France et de dénoncer une « violence disproportionnée » des forces de l’ordre – alors même que le régime de Téhéran a réprimé dans le sang un mouvement social d’ampleur à l’hiver 2025-2026 (entre 3 000 et 30 000 morts). Ce mardi 6 octobre, Donald Trump a de son côté jugé que la situation était « hors de contrôle » en France et que cela était imputable à « l’immigration et à l’islam. » La presse internationale alterne, elle, entre l’analyse des revendications des lycéens, folklorisation de la culture française de protestation et inquiétude vis-à-vis des violences qui émaillent les manifestations.
« Un malaise plus large »
La presse anglo-saxonne a très vite fait le lien avec la situation budgétaire financière difficile de la France, alors que la presse business couvre notamment depuis plusieurs semaines l’évolution des taux auxquels la France emprunte sur les marchés financiers (voir les alertes du Haut Conseil des finances publiques sur la charge de la dette).
Ce mercredi 7 octobre, The Economist a intitulé son podcast de résumé de l’actualité de la journée « Gilets jeunes ? France’s school protests » (« Gilets Jeunes ? Le mouvement lycéen en France »). Sophie Pedder, la correspondante de l’hebdomadaire britannique à Paris, revient longuement sur l’ampleur de la mobilisation de ce mardi. Elle distingue deux formes de revendications lycéennes : les questions proprement scolaires (emplois du temps trop chargés, Parcoursup, pénurie d’enseignants et bâtiments vétustes) et un « malaise plus large » contre le gouvernement, les coupes budgétaires et la menace d’une victoire de Marine Le Pen en 2027.
L’hebdomadaire de référence des milieux financiers s’interroge notamment sur la pression budgétaire qu’auraient d’éventuelles annonces pour calmer la colère des lycéens, voire davantage si la contestation fait tache d’huile : « Il se pourrait bien que le tour de vis budgétaire soit assoupli pour répondre aux demandes politiques des extrêmes. Cela va être très tendu au Parlement, mais aussi dans la rue. Le gouvernement a peur que cela dégénère en mécontentement général [à cause du prix de l’essence notamment.] »
Côté américain, le New York Times a même consacré un live à la journée de mobilisation de ce mardi, avec une correspondante en direct du cortège, Ségolène Le Stradic. Le chef du bureau de Paris du New York Times, Mark Landler, a lui aussi alimenté le live, remarquant notamment qu’Emmanuel Macron « se faisait remarquablement discret » pendant la séquence.
Vétusté du bâti scolaire : « Cette description ne se concilie pas avec la réalité des chiffres »
Le quotidien allemand conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) se montre moins compréhensif avec les lycéens français. « À entendre les lycéens mobilisés, le système éducatif français n’est pas seulement tombé tout en bas dans la dernière étude PISA. Il pleuvrait dans les salles de classe, des rats y courraient, le chauffage tomberait en panne l’hiver, le crépi s’effriterait, les toilettes seraient bouchées et le papier manquerait en permanence. Cette description ne se concilie pas avec la réalité des chiffres », tance notamment le FAZ. Le Süddeutsche Zeitung, quotidien de centre-gauche, s’inquiète de son côté « d’images troublantes d’extrême violence », tout en y voyant un symptôme d’une fracture générationnelle française, « qui concerne aussi l’Allemagne. »
En Espagne, le quotidien de référence El País, qui a d’abord couvert ces mobilisations sous l’angle des violences urbaines, estimait mardi que « les rues ont été le catalyseur d’une indignation latente qui couvait en France depuis des mois. De nombreux secteurs étaient exaspérés après dix ans de politiques de Macron, de mesures d’austérité et de fragmentation sociale. » Sur la question plus politique, le quotidien espagnol relève que Sébastien Lecornu « a accusé La France insoumise d’instrumentaliser les manifestations » tout en considérant que « les manifestations sont canalisées par le parti de Jean-Luc Mélenchon, fortement implanté dans les périphéries urbaines et seul à avoir défilé avec les manifestants mardi. »
La chaîne quatarie Al-Jazeera est l’une des seules à revenir sur le rôle qu’a joué Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, dans les manifestations – » s’interposant pour protéger des lycéens manifestants face aux CRS », au point d’être « visé par des gaz lacrymogènes. » En Asie et en Afrique, les quotidiens, comme le Japan Times, semblent surtout repris des dépêches d’agences de news française (AFP) ou anglo-saxonne (Bloomberg ou Reuters).