France Wildfires
(Sarah Meyssonnier/Pool Photo via AP)/XPAG522/26212318990618/POOL PHOTO/2607311139

Incendie en Gironde : « Selon la préfecture, on devrait rapidement avoir un retour d’expérience, sûrement d’ici 15 jours », estime la sénatrice Nathalie Delattre

Après l’incendie le plus important que la France ait connu depuis 1949, les habitants de la commune du Porge, durement touchés, ont fait part de leur sentiment d’abandon. Une situation qui suscite la compassion des sénateurs de Gironde. Ils appellent les services de l’Etat à livrer, au plus vite, un retour d’expérience.
Henri Clavier

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Après la maîtrise du feu, la polémique a pris de l’envergure. Alors que les habitants des communes du Porge et de Lège-Cap-Ferret ont été autorisés à regagner leurs domiciles, plusieurs habitants et élus du Porge ont exprimé leur colère dans les médias. Ces derniers estiment avoir été abandonnés par les pompiers et la préfecture pour protéger la commune du Cap-Ferret. Dorothé Benassy, conseillère municipale du Porge, a déclaré à l’AFP qu’« il y [avait] un sentiment d’abandon puisque les pompiers ont dû partir sur ordre sur le Cap-Ferret. »

Le maire du Porge, Martial Zaninetti, s’est montré plus mesuré. « J’entends la colère et je la comprends, mais on n’est pas en mesure d’analyser ce qui s’est passé » a-t-il déclaré. Ce dernier rapporte que 183 habitations ont été brûlées. Un collectif qui rassemble déjà plus de 700 habitants de la commune a annoncé son intention de porter plainte au pénal pour retracer les événements et obtenir des réponses sur la chaîne de responsabilité. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez a nié l’idée que Le Porge aurait été sacrifié au profit du Cap-Ferret assurant qu’ « il n’y a eu aucune instruction en ce sens ».

Un feu d’une ampleur inédite

Dans la nuit du 23 au 24 juillet, au lendemain du déclenchement du feu à Saumos, la commune du Porge a payé un lourd tribut avec 183 habitations détruites sur les 240 incendiées par le feu. L’incendie qui a touché la Gironde à partir du 22 juillet et brûlé 42 000 hectares a été le plus important que la France ait connu depuis 1949, il a également entraîné l’évacuation de plus de 200 000 personnes.

« Les pompiers le disent eux-mêmes, ils n’avaient jamais fait face à un incendie aussi important avec des pyro-cumulonimbus et un incendie qui génère lui-même son vent », rappelle la sénatrice de Gironde, Nathalie Delattre (RDSE). Compte tenu de l’ampleur du feu, plusieurs éléments pourraient expliquer pourquoi les pompiers se sont dirigés vers le Cap-Ferret. « Pour stopper la progression du feu, Il a fallu avoir plusieurs stratégies concomitantes avec des pare-feu ou des feux tactiques et pour mettre tout cela en œuvre, il y a eu beaucoup de déplacements des forces terrestres », explique l’ancienne ministre qui évoque également le passage des Canadairs comme une explication du déplacement des pompiers.

Par ailleurs, un autre enjeu consistait à pouvoir assurer l’évacuation des habitants de la presqu’île du Cap-Ferret. « Il faut aussi comprendre la structure autour du bassin, avec une seule route qui va au Cap-Ferret, il fallait évacuer avant que cela ne soit plus possible même si un certain nombre d’habitants ont été évacués par bateau », estime Monique de Marco, sénatrice écologiste de Gironde.

« Il ne faut pas tomber dans le complotisme »

Malgré les 3 300 sapeurs pompiers mobilisés, les moyens humains se sont parfois révélés insuffisants pour endiguer la progression de l’incendie. Une insuffisance qui a mis en lumière la doctrine suivie par les pompiers lorsque des arbitrages doivent être faits. « Il ne faut pas tomber dans le complotisme et je reste très méfiante de ce genre d’interprétation. Quand les moyens sont insuffisants et obligent à faire des choix, il y a des principes qui s’appliquent : traiter en priorité les foyers naissants, défendre les vies humaines puis les habitations », avance une élue du territoire girondin. En effet, la doctrine française de lutte contre les incendies repose sur la nécessité d’éteindre le plus rapidement les nouveaux foyers. Par ailleurs, la priorité est d’abord donnée à la protection des vies humaines et à l’évacuation des personnes en danger avant la protection des biens.

« On n’a pas protégé les riches, face à une telle urgence et en l’absence de moyen aérien, il a fallu faire des arbitrages », juge pour sa part Florence Lassarade, sénatrice LR de Gironde. Un manque de moyen, notamment aérien, qui avait déjà été pointé du doigt lors des incendies de 2022 qui avaient touché la Teste-de-Buch, à quelques kilomètres. Après les incendies de 2022, le président de la République et le ministre de l’Intérieur de l’époque, Gérald Darmanin s’étaient engagés à construire une base de canadairs à Mont-de-Marsan, dans les Landes. Le projet a finalement été abandonné au profit de l’accueil de plusieurs appareils de la sécurité civile dont des hélicoptères bombardiers d’eau sur des terrains militaires de la région. Dans une question au gouvernement datant de mai 2025, le sénateur de Gironde, Hervé Gillé (socialiste), fustigeait ce choix.

« On ressent forcément une forme d’injustice quand on voit sa maison brûler » 

Un manque de moyens chronique qui contribue à la colère des habitants et au besoin d’obtenir des réponses rapidement, estiment les sénateurs. « Je me mets à la place des habitants, ils ont dû avoir l’impression d’être abandonnés. Il y avait eu le même sentiment en 2022 avec l’incendie à la Teste-de-Buch. On ressent forcément une forme d’injustice quand on voit sa maison brûler », déclare Florence Lassarade. Pour ces raisons, les élus appellent la préfecture à communiquer rapidement afin de pouvoir présenter un retour d’expérience permettant d’expliquer les choix faits par le SDIS et la préfecture. « Selon la préfecture, on devrait rapidement avoir un retour d’expérience, tout a été consigné donc sûrement d’ici 15 jours », affirme Nathalie Delattre, en contact avec les services de la préfète de Gironde, Sophie Brocas. 

Surtout, ce nouvel incendie, après celui de 2022 contribue à renforcer un sentiment d’abandon au sein de la population alors que les moyens aériens n’ont pas été renforcés et que les SDIS font face à d’importantes difficultés financières (voir notre article). « Les gens ont besoin d’avoir des réponses, aussi pour éviter le développement des théories complotistes. Il ne me semble plus possible de considérer que les habitants sont seulement des « gens » à évacuer, ils sont aussi des parties prenantes de la lutte contre les incendies », considère l’élue citée plus haut.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Emergency closed-door meeting political party leaders organised by Macron
3min

Politique

Présidentielle 2027 : les Écologistes reportent l'heure du choix à décembre, Marine Tondelier toujours en lice

Réunis en conseil fédéral, les Écologistes ont adopté, selon le résultat communiqué lundi 21 septembre, à 69,44 %, une motion actant un vote des adhérents en décembre sur leur stratégie présidentielle. D’ici là, Marine Tondelier reste la candidate du parti, tandis que la direction ouvre des négociations avec les autres forces de gauche.

Le

Blois: Olivier Faure closes the Socialist Party s Summer University
7min

Politique

Glucksmann qualifié de « stagiaire » par Ségolène Royal : la primaire est-elle une machine à perdre ?

La campagne de la primaire PS/Place Publique a à peine commencé, et déjà le piège de la division apparaît. Ségolène Royal a usé d’un qualificatif peu amène à l’encontre du favori, Raphaël Glucksmann. Elle a été rappelée à l’ordre par la commission d’organisation de la primaire. C’est toute la dualité de ce processus de sélection « censé lancer une dynamique » d’un camp tout en « maximisant les divisions », note Pierre-Nicolas Baudot, politiste, spécialiste de la gauche.

Le

Incendie en Gironde : « Selon la préfecture, on devrait rapidement avoir un retour d’expérience, sûrement d’ici 15 jours », estime la sénatrice Nathalie Delattre
9min

Politique

« Faire la transition vers une IA durable constitue un impératif environnemental, mais peut aussi devenir un facteur de compétitivité pour la France », selon un rapport du Sénat

Consacré à l’empreinte environnementale de l’IA et dans la continuité des travaux de 2020 de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable, le Sénat publie ce lundi 21 septembre les conclusions de son rapport présenté par les rapporteurs Guillaume Chevrollier (LR), Damien Michallet (LR) et Simon Uzenat (PS).

Le