Le déplacement, ce lundi 27 juillet, d’Emmanuel Macron en Gironde illustre la tournure politique prise par la gestion des incendies ces derniers jours. Après avoir été attaqué sur l’anticipation et l’adaptation aux fortes chaleurs au début du mois, le gouvernement a été fortement mis en cause par les oppositions sur l’insuffisance du dispositif déployé pour faire face aux feux historiques observés dans le sud-ouest de la France.
Depuis le début de l’incendie en Gironde, le 22 juillet, plus de 42 000 hectares ont déjà été brûlés et 220 000 personnes ont été évacuées. Une ampleur exceptionnelle, à l’image de la saison 2026 puisque, selon le ministre de l’Intérieur, plus de 115 000 hectares ont brûlé contre un peu plus de 70 000 en 2022, une année où les incendies avaient déjà durement touché la Gironde.
« Nous avions obtenu en 2022, lorsque Gérald Darmanin était ministre de l’Intérieur, la création d’une nouvelle base aérienne à Mont-de-Marsan »
Les groupes d’opposition, notamment le RN et la gauche, reprochent au gouvernement de ne pas avoir suffisamment renforcé les moyens aériens de lutte contre les incendies. En effet, pour lutter contre les incendies, la France dispose d’une flotte de 12 canadairs – dont 5 sont actuellement en maintenance – ainsi que de 8 avions « dash » et d’une quarantaine d’hélicoptères. L’avion militaire A400M est également mobilisé pour la première fois afin d’endiguer la propagation des flammes. Néanmoins, pour beaucoup, les moyens mobilisés sont insuffisants.
« Au regard de l’ampleur qu’a pris cet incendie, il aurait fallu beaucoup plus de moyens aériens et beaucoup plus tôt », explique au journal Le Monde, le président (PS) du conseil départemental, Jean-Luc Gleyze. « Les moyens aériens n’ont pas été déployés assez vite, le feu s’est étendu très rapidement et compte tenu de la situation météorologique et de la végétation, c’était déjà trop tard », abonde Monique De Marco, sénatrice écologiste de Gironde. Cette dernière pointe notamment la mise en sommeil du projet de création d’une nouvelle base opérationnelle pour les canadairs dans le Sud-Ouest. « Nous avions obtenu en 2022, lorsque Gérald Darmanin était ministre de l’Intérieur, la création d’une nouvelle base aérienne à Mont-de-Marsan. Pour nous, c’était essentiel afin d’agir rapidement car actuellement il n’existe qu’une seule base, à Nîmes », regrette la sénatrice de Gironde.
Une critique également formulée par La France insoumise qui pointe l’action d’Emmanuel Macron. Dans un décret de février 2024, Gabriel Attal, alors premier ministre, avait annulé 10 milliards d’euros de crédits. Parmi ces crédits, 53 millions d’euros étaient destinés à la sécurité civile et selon la sénatrice Françoise Dumont, rapporteure pour avis de ce programme budgétaire, « cette annulation a contraint la direction générale de la sécurité civile à renoncer à la perspective de commande de deux Canadair ».
Le gouvernement dénonce une « polémique grossière »
Malgré cela, deux canadairs ont été commandés en août 2024 dans le cadre du programme européen RescEU et devraient être livrés en 2028. Enfin, en juin 2026, l’État a commandé deux nouveaux appareils pour une livraison estimée à 2032. « Dire aujourd’hui que les moyens ont baissé depuis 2017 […] c’est un mensonge éhonté et c’est une polémique grossière dans un moment qui devrait appeler chacun à un peu de gravité » a réagi la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, ce lundi sur France Info. En effet, depuis 2019, le budget de la sécurité civile a été consolidé dans les dernières lois de finances passant de 452 millions d’euros en 2019 à 860 millions d’euros en 2025.
Par ailleurs, la ministre a également rappelé que les « lignes de front face au feu sont essentiellement tenues par des interventions terrestres ». Au sol, près de 2 500 sapeurs-pompiers (dont 600 du SDIS) et 1 500 militaires sont mobilisés.
Repenser le financement des SDIS
En dépit d’une mobilisation massive, le sénateur de Seine-Maritime et ancien officier supérieur des sapeurs pompiers, Pascal Martin (Union centriste) constate l’insuffisance des moyens terrestres. « On va être obligé de repenser la doctrine opérationnelle car là on constate que l’ensemble des moyens de la région sont mobilisés. Néanmoins, cela reste insuffisant et on ne peut pas vraiment vider les casernes du nord du pays non plus. Jusque-là, notre doctrine reposait sur cette capacité à mobiliser des renforts sauf que c’est l’ensemble du territoire qui est concerné par cette menace désormais », développe Pascal Martin.
Si le sénateur rappelle que le moyen d’action le plus efficace reste la prévention, ce dernier s’interroge sur le modèle de financement des Services départementaux d’incendie et de secours (SDIS). « Le financement des SDIS a atteint ses limites », constate Pascal Martin. Concrètement, le SDIS est un établissement public, financé par le département et les communes du territoire gérant l’action et l’équipement des sapeurs-pompiers. Actuellement, les SDIS ne parviennent pas à répondre efficacement à la nécessaire augmentation des effectifs et des moyens liée à l’accentuation des risques découlant du réchauffement climatique. En effet, dans un contexte de tension budgétaire la marge de financement des départements se révèle toujours plus contrainte alors même qu’ils assument 56 % du financement des SDIS. En parallèle, l’engagement financier des communes ne peut pas augmenter plus rapidement que le rythme de l’inflation limitant ainsi mécaniquement les marges de manœuvre offertes aux SDIS.
Face à cette situation, la majorité sénatoriale, composée des Républicains et de l’Union centriste, souhaite tirer toutes les conclusions de l’épisode actuel, notamment en reprenant les conclusions du Beauvau de la sécurité civile. « On est à un moment où il faut tout remettre à plat avec une loi tirant les enseignements du Beauvau de la sécurité civile, notamment sur le financement des SDIS. 2026 sera une année lourde de conséquences et d’enseignements, j’ose espérer que ce sera aussi l’année où l’on examinera une loi sur la sécurité civile au Parlement », alerte Pascal Martin.