Après les événements de Ceuta, où près de 60 000 personnes ont franchi la frontière entre l’Espagne et le Maroc avant de finalement faire demi-tour, les dirigeants européens ont montré l’étendue de leurs divergences en matière migratoire. Giorgia Meloni a notamment proposé d’exclure l’Espagne de l’espace Schengen, une proposition soutenue par le Danemark et la Finlande. Néanmoins, l’Espagne assure que la situation est quasiment revenue à la normale. Par ailleurs, la quasi-totalité des personnes entrées à Ceuta sont retournées au Maroc constatant l’impossibilité de quitter l’enclave et de rejoindre le continent européen.
Dans une lettre adressée aux différents dirigeants des institutions européennes, 22 Etats membres, l’Italie en tête, demandent « une réponse européenne immédiate et coordonnée ». Une réunion des ministres de l’Intérieur des Etats membres doit se tenir mardi 4 août. « C’est un signal important : la ligne que l’Italie défend depuis longtemps est aujourd’hui partagée par un nombre croissant de nations européennes », a affirmé Giorgia Meloni sur X après l’envoi de la lettre.
Depuis son arrivée à la tête du gouvernement italien en septembre 2022, Giorgia Meloni s’est échinée à rapprocher la droite et l’extrême-droite, notamment en soutenant plusieurs réformes d’ampleur des politiques européennes en matière de migration et d’asile.
Si le pacte Asile et immigration est entré en vigueur en juin 2026 modifiant de très larges pans du droit européen, l’action de la cheffe du gouvernement italien a été particulièrement visible sur la question des « hubs de retour ».
Un accord entre la droite et l’extrême droite
Depuis les élections européennes de 2024 et la montée en puissance des différents groupes d’extrême droite au Parlement européen, on constate un rapprochement entre le Parti populaire européen (droite) et les groupes d’extrême droite comme ECR, Patriotes pour l’Europe ou l’Europe des nations souveraines. Le vote du Parlement européen, le 26 mars dernier, en faveur de la création de centres de retour a largement illustré ce rapprochement. Les Etats membres et le Parlement se sont mis d’accord sur le principe de création des centres de retour début juin.
Concrètement, il s’agit de centres de rétention qui ont vocation à accueillir les migrants en situation irrégulière, notamment les personnes déboutées d’une demande d’asile. Contrairement aux centres de rétention qui existent déjà, ces centres seraient situés en dehors des frontières de l’Union européenne et prévoient de s’appuyer sur des pays tiers comme le Rwanda, l’Ouganda ou l’Ouzbékistan. Pour les personnes présentant un risque de fuite ou une menace, la durée de rétention pourra atteindre 24 mois avec la possibilité de prolonger de 6 mois.
Avant d’en arriver là, les États membres devront prévoir des solutions moins contraignantes, comme une obligation de pointage, une résidence imposée, un contrôle électronique ou une garantie financière. L’objectif affiché est d’éviter que les personnes concernées disparaissent avant l’exécution de la décision de retour. Selon la Commission européenne, les « Hubs de retour » doivent faciliter la mise en œuvre des mesures d’éloignement. Actuellement, 400 000 mesures d’éloignement sont publiées chaque année au sein de l’Union européenne et 28 % sont exécutées.
Une application à la main des Etats membres
Malgré les différents accords trouvés au sein des institutions européennes, le projet suscite d’importantes critiques, notamment de la part de l’Espagne qui s’y oppose frontalement. La France a également fait part de ses réserves. Alors que la création des centres restera à la main des Etats, leur création soulève d’importantes questions juridiques.
Pour être en conformité avec le droit et notamment la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme, les pays accueillant les centres devront présenter d’importantes garanties concernant le respect des libertés et droits fondamentaux. Un point mis en avant par les institutions européennes : « Tout accord ou arrangement de ce type ne pourra être conclu qu’avec un pays tiers respectant les normes internationales en matière de droits humains ainsi que les principes du droit international, notamment le principe de non-refoulement. Les mineurs non accompagnés sont exclus de ces accords ou arrangements ». Le contrôle effectif de ces garanties suscite néanmoins quelques inquiétudes, notamment au vu de l’accord conclu entre l’Albanie et l’Italie. Un rapport de l’ONG Action aid a notamment relevé que le système de rétention était « structurellement violent ».
Des centres de retour inefficaces ?
Dès 2023, l’Italie de Giorgia Meloni a conclu un accord avec l’Albanie afin d’y installer un centre de rétention et un centre de débarquement des personnes sollicitant une protection en Europe. L’efficacité de ces centres est mise en doute. Dans un article publié le 16 avril 2026 intitulé « Hubs de retour : le mirage européen », les chercheurs Paula Hoffmeyer-Zlotnik et Philipp Stutz dressent un bilan très critique du centre italo-albanais ainsi que du centre installé par le Royaume-Uni au Rwanda.
« On constate que les ‘solutions’ d’externalisation mises en place par le Royaume-Uni et l’Italie se sont avérées coûteuses et inefficaces. Le hub d’asile et de retour italo-albanais est estimé avoir coûté environ 100 millions d’euros pour seulement quelques dizaines de transferts, tandis que le programme du Royaume-Uni au Rwanda devrait dépasser 700 millions de livres sterling pour seulement quatre retours volontaires », écrivent les deux chercheurs. Par ailleurs, les hubs de retour ne s’attaquent pas au problème fondamental lié au faible taux d’exécution des mesures d’éloignement à savoir la délivrance des laissez-passer consulaire nécessaire pour un retour vers le pays d’origine.