Son engagement politique est né au sein des "gilets jaunes". Ingrid Levavasseur a beau avoir subi l'an passé insultes et humiliations, l'aide...
Ingrid Levavasseur, des « gilets jaunes » aux municipales, en douceur
Son engagement politique est né au sein des "gilets jaunes". Ingrid Levavasseur a beau avoir subi l'an passé insultes et humiliations, l'aide...
Par Chloé COUPEAU
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Publié le
Son engagement politique est né au sein des "gilets jaunes". Ingrid Levavasseur a beau avoir subi l'an passé insultes et humiliations, l'aide-soignante aux 170 plateaux télés est candidate aux municipales à Louviers (Eure), en deuxième position sur une liste soutenue par EELV, LFI, le PCF.
"Je ne dis pas que le négatif ne m'impacte pas mais je préfère retenir le positif. J'ai reçu des milliers et des milliers de messages de personnes qui me disaient +on a besoin de vous+ (...) des invisibles qui comptaient sur moi pour dire à quel point c'est injuste de vivre dans ces conditions-là. Et j'ai eu un soutien énorme de mes proches. Pour moi c'est beau", explique la jeune femme rousse de 32 ans, le regard lumineux, la voix douce et posée.
"Tu es un rayon de soleil dans notre vie", "tu as une rectitude que personne ne peut ébranler": Sur la page facebook de l'"ex-gilet jaune" qui élève seule ses deux enfants, les commentaires récents feraient presque oublier les "collabo" et autres insultes dont le sexisme a souvent redoublé la violence.
Pour sa tête de liste Philippe Brun, un magistrat de 28 ans, Ingrid Levavasseur est "un miracle républicain: en ayant arrêté l'école à 16 ans, c'est quelqu'un qui lit un roman par semaine, ne fait jamais de faute d'orthographe".
"C'est un leader politique en devenir, avec une capacité d'entraînement très forte", assure cet énarque qui a quitté le PS en 2015.
Cette admiratrice de Pierre Mendes France, dont Louviers était le fief, pense même déjà aux législatives. "La naïveté ne fait pas de moi une personne idiote", précise cette femme de gauche qui "fonctionne à l'instinct", selon Philippe Brun.
Avec "le mouvement des +gilets jaunes+, j'ai pris goût à la politique. J'ai encore beaucoup à apprendre mais je vais continuer encore et encore à avaler cette culture politique pour servir l'intérêt général", explique la jeune femme.
Très demandée par les médias, Ingrid Levavasseur s'était progressivement mis à dos une bonne partie du mouvement.
Ingrid Levavasseur, ex-"gilet jaune", candidate aux municipales à Louviers (Eure), fait campagne le 8 février 2020 sur le marché à Louviers
AFP
- Projet avorté avec BFM -
Elle paya cher sa volonté de dialogue avec le gouvernement, ses projets (avortés) de liste aux européennes (avec notamment un ancien membre de la LREM) et de chronique sur BFM.
Le 17 février 2019, lors d'une manifestation à Paris, celle qui dans son livre "Rester digne" dénonce les violences policières, se retrouve prise dans un étau de manifestants hostiles, "croit mourir", avant d'être exfiltrée. Le lendemain, elle est "humiliée" devant son fils lors d'une manifestation à Bernay (Eure). Elle range alors au placard sa veste jaune bardée de slogans pour le peuple et la planète et ne manifestera plus.
"Ce que j'ai subi depuis toute petite fait qu'aujourd'hui je suis aussi forte", avance celle qui a connu des accès de violences de la part de son père, son beau-père puis son mari.
Aujourd'hui face à cinq listes (celle du maire sortant Modem, une LREM, une PRG, une RN et une DVG), l'ex-"gilet jaune" promet notamment des référendums locaux pour tout projet d'investissement de plus d'un million d'euros, une baisse de 30% des indemnités des élus, une augmentation de 10% du budget des écoles, sans hausse d'impôts.
Ingrid Levavasseur, ex-"gilet jaune", candidate aux municipales à Louviers (Eure), fait campagne le 8 février 2020 sur le marché à Louviers
AFP
Certains regrettent que cette liste de gauche "s'éloigne du pluralisme d'origine des +gilets jaunes+", même si 27 des 33 candidats sont novices en politique.
La jeune femme est en froid avec le porte-parole des "gilets jaunes" rouennais, l'avocat François Boulo.
Mais elle a gardé contact avec certaines figures du mouvement comme Jérôme Rodrigues.
"J'apprécie beaucoup cette femme. Elle a trimé toute sa vie mais elle a une force de vie", estime le plombier devenu symbole des violences policières après avoir perdu un œil lors d'une manifestation. "Le seul truc où elle a +merdé+ c'est ce contrat avec BFM: elle aurait commencé à bouffer dans la même gamelle que ceux qu'on dénonce. Mais on peut l'excuser. On n'est pas de ce monde là; on peut vite se faire rattraper", ajoute-t-il.
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