L’omniprésence de Mélenchon sur les « gilets jaunes », une stratégie qui ne paie pas
Soutien précoce au mouvement, défense des manifestants face aux accusations de violence, passe d'armes perpétuelle avec LREM,...

L’omniprésence de Mélenchon sur les « gilets jaunes », une stratégie qui ne paie pas

Soutien précoce au mouvement, défense des manifestants face aux accusations de violence, passe d'armes perpétuelle avec LREM,...
Public Sénat

Par Baptiste BECQUART

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Soutien précoce au mouvement, défense des manifestants face aux accusations de violence, passe d'armes perpétuelle avec LREM, rien n'y fait: le chef de file de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon ne semble pas, pour l'instant, profiter politiquement d'un effet "gilets jaunes".

Les sondages, déjà peu encourageants avant les fêtes avec des intentions de vote à peine plus élevées que 10% pour les européennes de mai, continuent à être peu flatteurs en ce début d'année. Jeudi, la cote d'avenir prêtée au patron des députés LFI par Kantar-Sofres pour Le Figaro Magazine a accusé une spectaculaire chute de 6 points, à 23%; sa popularité a aussi enregistré -3 points, à 20%, selon Elabe/Les Echos.

Peut-être plus préoccupant encore pour LFI: elle n'est plus la formation qui "incarne le mieux l'opposition" au chef de l'Etat, selon une enquête publiée mardi par l'Ifop. Seuls 30% des sondés le pensent désormais (-12 points en quatre mois), contre 35% pour le RN de Marine Le Pen. De quoi donner du grain à moudre à Benoît Hamon (Générations), qui a déclaré lundi: "Aujourd'hui Mélenchon parle et c'est Le Pen qui va récolter les voix".

La stratégie d'omniprésence sur les réseaux sociaux, incarnée encore jeudi soir dans un interview en direct à Brut, média en ligne prisé des contestataires, est pour l'heure un échec. La relative indifférence d'Eric Drouet à l'hommage appuyé que lui a adressé le leader des Insoumis est emblématique: "Ce n'est pas un texte de Mélenchon qui va changer notre cause", a lâché cette figure médiatique des "gilets jaunes".

Philippe Raynaud, professeur de sciences politiques à l'université Panthéon-Assas, note auprès de l'AFP que M. Mélenchon pourrait perdre sur les deux tableaux: "Son gain politique est faible auprès des +gilets jaunes+, et il va payer un prix à gauche". Il cède en effet cinq points, dans l'enquête Kantar-Sofres, auprès des sympathisants de gauche.

- "Pieds dans le ciment" -

"LFI ne s'y prend pas si mal, mais il faut aussi apprendre à se taire, comme Marine Le Pen", souligne une figure insoumise, qui observe: "Mélenchon surjoue beaucoup, c'est sa nature, il veut être Robespierre avant, pendant et après. Mais il ne peut pas l'être pour ce mouvement".

La présidente du RN se contente en effet de rares saillies, comme mercredi lorsqu'elle a malicieusement jugé que les "gilets jaunes" avaient "souligné certaines convergences" entre son parti et LFI. "Je prends des risques, car j'écris 30.000 signes par semaine, mais il faut pouvoir parler", s'est défendu jeudi Jean-Luc Mélenchon sur Brut.

Ancien ministre et sénateur, 67 ans, il incarne malgré lui la "caste" que les "gilets jaunes" rejettent, estime de son côté la sénatrice PS et ex-ministre des Familles Laurence Rossignol.

Certains Insoumis relativisent les sondages, à l'image de Manuel Bompard, le directeur opérationnel de la formation: "Rien n'a de valeur en cette période. Mais j'observe avec plaisir que nos thèmes, ceux de justice fiscale et de rénovation démocratique, sont repris". Il lit différemment l'attitude de Jean-Luc Mélenchon: il s'agit pour LFI d'être "des protecteurs" pour ce mouvement qui "n'est pas en recherche de représentation".

La colère de M. Mélenchon en octobre contre les perquisitions, notamment à son domicile et au siège de LFI à Paris, a peut-être joué un rôle. "Il a perdu sa dimension de chef d'Etat auprès de beaucoup de gens alors qu'il aurait pu jouer la carte du recours. Il n'attendait que ça, cette vague, mais elle est arrivée au moment où il a les pieds dans le ciment", analysait pour l'AFP l'ancien porte-parole François Cocq - avant son exclusion de LFI samedi, d'un simple tweet, un épisode qui a jeté le troublé dans les rangs insoumis.

La sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, qui l'automne dernier a quitté le PS avec Emmanuel Maurel pour s'allier à LFI, veut croire au temps long: "Du calme! En politique, certaines choses que l'on fait ne sont pas super sur le moment, mais comptent plus tard."

Partager cet article

Dans la même thématique

L’omniprésence de Mélenchon sur les « gilets jaunes », une stratégie qui ne paie pas
6min

Politique

Discours du pape Léon XIV à l'Élysée : « Il a émis une critique très diplomatique de la loi sur la fin de vie », retient la sénatrice Laure Darcos

À l'Élysée, devant le Président de la République, des membres de la société civile, religieuse, des élus et du corps diplomatique, le pape Léon XIV a dénoncé le « risque » et « les dérives » de « l'offre d'une mort programmée ». De quoi satisfaire la petite dizaine de sénateurs présents dans la salle et opposés à la loi sur la fin de vie, comme Laure Darcos. Le pape a également mis en garde sur les dangers du développement de l’intelligence artificielle et a appelé à développer un « discernement éthique ». Il a également souligné que la laïcité ne consistait pas à exclure la religion de l'espace public.

Le

Pope Leo XIV Welcomed by Emmanuel and Brigitte Macron in Paris
5min

Politique

Visite du pape en France :  Léon XIV est arrivé à Paris, demandez le programme

Top départ ce vendredi pour une visite de quatre jours du pape Léon XIV en France. Accueilli par Emmanuel Macron, ce vendredi matin, le souverain pontife va déambuler au cœur de Paris aujourd’hui, Il célébrera une messe géante place de la Concorde, samedi, avant de se rendre à Lourdes et Metz, dimanche et lundi. Un séjour durant lequel il abordera de multiples thèmes, dont l’intelligence artificielle, la question migratoire ou la lutte contre les violences sexuelles.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
10min

Politique

Sénatoriales : RN, LR, Horizons, PS, LFI… On vous résume les enjeux du scrutin

La moitié des sièges du Sénat sont remis en jeu dimanche. Recul des LR, rapports de force au sein de la majorité sénatoriale, possible groupe RN, PS et écologistes qui veulent limiter la casse et recomposition après 2027… Les enjeux sont multiples pour le dernier scrutin avant la présidentielle.

Le