L'éventuelle participation de Sens commun à un gouvernement en cas de victoire de François Fillon et la place croissante prise par cette...
La place de Sens commun fait grincer quelques dents à droite
L'éventuelle participation de Sens commun à un gouvernement en cas de victoire de François Fillon et la place croissante prise par cette...
Par Déborah CLAUDE, Benoît FAUCHET
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Publié le
L'éventuelle participation de Sens commun à un gouvernement en cas de victoire de François Fillon et la place croissante prise par cette émanation de la Manif pour tous à droite inquiètent certains ténors LR.
"Pourquoi pas?". François Fillon n'a pas fermé la porte ce week-end à des ministres issus de ce mouvement, s'il était élu président. Issu de la +Manif pour tous+, qui a contesté la loi autorisant le mariage et l'adoption aux couples de même sexe en 2013, Sens commun revendique actuellement quelque 10.000 adhérents.
Jean-Pierre Raffarin, ex-Premier ministre et ancien soutien d'Alain Juppé à la primaire, a laissé percer son inquiétude mercredi: "Je veille à ce que les principes républicains soient respectés, c'est pour ça que, comme Alain Juppé, je ne souhaiterais pas que Sens commun dicte sa ligne au gouvernement".
Et d'ajouter: "Je souhaite que personne ne dicte une ligne autre que celle du projet de François Fillon pour lequel je vote", "pas plus les cathos ou les francs-maçons".
Le candidat de la droite à la présidentielle a précisé qu'il voulait une majorité allant de Sens commun au chiraquien François Baroin. "Cette façon qu'ont une partie des commentateurs et des élites politiques de classer les Français et de jeter une forme de discrédit sur certains d'entre eux est insupportable", a protesté François Fillon.
Souvent cité comme Premier ministrable, François Baroin a mis en avant ses engagements "pour une laïcité d'égal niveau" mais aussi déclaré n'avoir "aucun a priori" sur Sens Commun. Les critiques, "c'est un peu de la caricature et de la surpondération du rôle et du poids de Sens Commun", a plaidé un élu LR pas filloniste historique, selon lequel "il n'y a pas de malaise".
- Pas une "menace des fondements de la République"-
Pour le juppéiste et ancien ministre Dominique Bussereau, la pilule Sens commun ne passe cependant pas: "L'arrivée de Sens commun au sein du parti LR a été une erreur, sa présence dans un gouvernement serait une faute".
Madeleine de Jessey, co-fondatrice des Veilleurs et porte-parole de Sens commun, lors d'une séance photo à Paris, le 19 avril 2017
AFP/Archives
Porte-parole du mouvement, Madeleine de Jessey, co-fondatrice des Veilleurs, figure dans les "orateurs nationaux" pour la campagne présidentielle et fait des réunions publiques partout en France.
Début mars, lors du rassemblement au Trocadéro où François Fillon a sauvé sa candidature, Sens commun était déjà montré du doigt.
"Non, Sens commun n'est pas un groupuscule identitaire et religieux qui menace les fondements de la République", avait protesté Christophe Billan, président du mouvement, quelques jours plus tard.
"Ce rassemblement a fait l'objet d'une double instrumentalisation: une instrumentalisation par les centristes, juppéistes, lemairistes pour délégitimer Fillon. Et une instrumentalisation de la part des responsables de Sens commun eux-mêmes: ils ont sans doute été très actifs dans cette mobilisation, en tout cas ils l'ont utilisée pour dire +à droite, rien n'est possible sans nous+", décrypte Yann Raison du Cleuziou, chercheur en sciences politiques, spécialiste du catholicisme.
Il considère que ce ne sont pas "des traditionalistes", mais les représentants d'une "droite conservatrice relativement modérée".
Entre les deux tours de la primaire de la droite, Alain Juppé avait, lui, lancé: "Moi je me sens plus proche du Pape François que de la +Manif pour tous+", visant clairement Sens commun.
Et depuis, plusieurs sources LR s'étonnent et se lâchent en coulisses sur le poids pris par ce mouvement.
"Il y a toujours eu des catholiques pratiquants adhérents et militants UMP, sauf que, jusqu'à la Manif pour tous, ils ne demandaient rien en échange de leur soutien", explique Yann Raison du Cleuziou.
Des militants du mouvement ont été élus sur des listes LR aux dernières régionales, comme Anne Lorne à Lyon ou Sébastien Pilard ex-président du mouvement dans les Pays-de-la Loire.
"Ils sont dans une stratégie d'entrisme, de lobbying interne et de compromis, avec l'idée de faire alliance avec ceux qui sont en capacité de gagner, tout en sachant parfaitement qu'ils ne pourront pas appliquer de A à Z leur programme et qu'il faudra mettre de l'eau dans leur vin", selon Yann Raison du Cleuziou.
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