EdouardBalladur

L’ancien Premier ministre Édouard Balladur est mort à l’âge de 97 ans 

Edouard Balladur, Premier ministre de mars 1993 à mai 1995, est décédé lundi à Paris à l'âge de 97 ans. Secrétaire général de l’Elysée sous Pompidou, député, ministre de l’Economie et des finances, c’est surtout son passage à Matignon lors de la deuxième cohabitation qu’Édouard Balladur affirmera son statut d’homme d’Etat. Après son échec au premier tour de la présidentielle de 1995 sur fond de division de la droite, il ne parviendra jamais à revenir au premier plan du paysage politique, mais demeurera une personnalité incontournable de la Vème République.
Simon Barbarit

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« Je vous demande de vous arrêter ! » Cette injonction d’Édouard Balladur à ses militants huant le nom de Jacques Chirac, le soir du premier tour de l’élection présidentielle de 1995, restera dans les esprits comme le symbole d’une lourde défaite électorale et le mitan de la division de la droite française de la fin de ce siècle.

Trente ans après cet épisode dont il ne s’est jamais remis politiquement, Édouard Balladur s’est éteint à l’âge de… Né en 1929 à Izmir en Turquie, d’origine arménienne, élève de Sciences Po et l’ENA, Édouard Balladur commence sa vie politique au cabinet du Premier ministre, Georges Pompidou. Il fut longtemps perçu comme un homme de dossiers. Ce profil technique participera d’ailleurs à la rédaction des accords de Grenelle en 1968 avant de suivre son mentor à l’Elysée en tant Secrétaire général adjoint.

Suite au décès de Georges Pompidou, Édouard Balladur, devenu Secrétaire général de l’Elysée, va avoir la charge de gérer les affaires courantes jusqu’à l’élection de Valéry Giscard d’Estaing. Mais à la différence de Jacques Chirac, autre protégé de Georges Pompidou, Édouard Balladur n’est pas un animal politique. Alors que Jacques Chirac est nommé à Matignon en 1974, Édouard Balladur choisi lui de retourner dans son corps d’origine, le Conseil d’Etat, puis entame une carrière dans le privé, notamment à la compagnie générale d’électronique.

Son lent retour sur le devant de la scène politique

Mais Édouard Balladur garde un pied dans la politique et reste proche de Jacques Chirac, lequel a claqué la porte de Matignon pour fonder le RPR en 1976. Un parti dont Édouard Balladur est membre de droit. Au début de la décennie 1980, Édouard Balladur devient un proche conseiller du maire de Paris et fini par le convaincre d’adopter une ligne résolument libérale et européenne. L’appel de Cochin de 1978 dans lequel Jacques Chirac qualifiait l’UDF de Giscard de « parti de l’étranger » s’était soldé par une déroute électorale aux élections européennes, un an plus tard.

Plutôt austère et peu à l’aise en public, la personnalité d’Édouard Balladur détonne au milieu des barons du RPR. Charles Pasqua l’affublera du qualificatif de « fameux casse-couilles », comme le rapporte le journaliste, Guillaume Tabard, dans son livre « La malédiction de la droite ; de De Gaulle à Macron : 60 ans de rendez-vous manqués (éd. Perrin) ».

Sa fidélité sera récompensée aux législatives de 1986 où Jacques Chirac lui réserve la circonscription confortable du 15e arrondissement de Paris. La droite, majoritaire à l’Assemblée, revient au pouvoir dans une configuration inédite sous la Ve République : Une cohabitation avec un président de la République socialiste. Trois ans plus tôt, dans une tribune publiée dans le journal Le Monde, Édouard Balladur avait défendu ce qu’il nommait « la minute de vérité de nos institutions ». « Celle où devraient cohabiter un président d’une tendance et une assemblée d’une autre » […] « Ce qui suppose que chacun accepte d’être quelque peu empêché dans la liberté de ses mouvements et de ses choix, de ne pas appliquer tout de suite tous ses projets ».

Le duel des amis de « trente ans »

Nommé ministre de l’Economie, des Finances et des privatisations du gouvernement Chirac, Édouard Balladur a le rang de ministre d’Etat. Deux ans plus tard, Jacques Chirac échoue une nouvelle fois à l’élection présidentielle face à François Mitterrand. Il en retient une leçon. Si la droite l’emporte aux législatives de 1993, il déclinera Matignon pour se consacrer à sa campagne. La charge incombera à Édouard Balladur.

De là, va naître un duel fratricide entre ces amis « de trente ans » faisant le bonheur des Guignols de l’info tous les soirs. Et pourtant, si Édouard Balladur considérait en 1990 qu’un Premier ministre ne pouvait être candidat à l’élection présidentielle, une fois nommé à Matignon en 1993, il se laissera griser par les sondages et des résultats, au départ, encourageants, avec notamment une réduction du déficit de 341 à 275 millions de francs en 1993.

Jacques Chirac sentant le vent tourner, décide de lui damner le pion en annonçant sa candidature en novembre 1994. Édouard Balladur prend, lui, son temps et attend le 18 janvier 1995 pour sortir de l’ambiguïté. Il reçoit le soutien de chiraquiens historiques, Charles Pasqua et Nicolas Sarkozy. Alors que le maire de Paris multiplie les meetings et bénéficie d’une image sympathique grâce notamment à sa caricature des Guignols, Édouard Balladur peine à fendre l’armure. Il pâtit également de l’échec de deux réformes qui mettront la jeunesse et les syndicats dans la rue, la révision de la loi Falloux sur l’enseignement et de la mise en place du contrat d’insertion professionnelle (CIP).

Rattrapé par l’affaire Karachi

Arrivé troisième de l’élection présidentielle de 1995, derrière Jacques Chirac et Lionel Jospin, Édouard Balladur verra lentement mais sûrement son étoile pâlir. Il sera de nouveau élu député après la dissolution de 1997 mais échoue à l’élection de la présidence de la chambre basse face au chiraquien, Jean-Louis Debré, soutenu officieusement par l’Elysée. Il prendra néanmoins la présidence de la commission des affaires étrangères. En arrivant à l’Elysée Nicolas Sarkozy le nomme à la tête d’un comité chargé de mener une réflexion sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions. Les propositions de « la commission Balladur » serviront d’inspiration à la révision de la Constitution de 2008.

En retrait de la vie politique à l’aube des années 2010, Édouard Balladur sera rattrapé par l’affaire Karachi. Soupçonné de financement occulte de sa campagne présidentielle de 1995, par le biais de rétrocommissions illégales en marge d’importants contrats d’armement, il sera blanchi en 2021 par la Cour de Justice de la République.

Ces dernières années, Édouard Balladur continuera de distiller son analyse politique dans différents médias. En mai 2024, dans les colonnes du JDD, l’ancien Premier ministre appelait la France à retrouver une « souveraineté nationale en matière de contrôle de l’immigration ».

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