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Credit : Xavier Francolon

Présidentielle 2027 : que proposent les candidats pour l’école ?

À quelques heures de la rentrée scolaire, l’éducation s’impose déjà comme l’un des thèmes de la campagne présidentielle. Salaires des enseignants, autorité, réduction des effectifs, autonomie des établissements, lutte contre les inégalités : de la droite à la gauche, les candidats avancent des réponses très différentes à une même préoccupation, celle d’une école jugée en difficulté.
Emma Bador-Fritche

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Demain, des 11,6 millions d’élèves retrouveront le chemin des écoles, collèges et lycées. Plus de 850 000 enseignants, eux, ont déjà effectué leur rentrée ce lundi 31 août. Mais les candidats à l’élection présidentielle n’ont pas attendu le retour en classe pour se saisir du sujet. L’école pourrait bien s’imposer comme l’un des thèmes structurants de la campagne présidentielle. Pilier de la République et lieu de formation des citoyens de demain, elle constitue aussi un puissant terrain d’affrontement idéologique : quelle place accorder à l’autorité ? Faut-il privilégier la transmission des savoirs ou davantage d’autonomie pédagogique ? Comment lutter contre les inégalités scolaires ? Et surtout, comment rendre le métier d’enseignant à nouveau attractif ?

Sur un point au moins, les candidats semblent se rejoindre, la nécessité de mieux rémunérer les professeurs. Leurs salaires se situent autour de la moyenne de l’OCDE en début de carrière, mais décrochent nettement en milieu et en fin de parcours. Ils restent également inférieurs à ceux de plusieurs pays européens, notamment l’Allemagne, le Danemark ou l’Espagne.

Édouard Philippe : salaires en hausse et établissements plus autonomes

Pour le candidat Horizons, Édouard Philippe, l’école doit retrouver une place centrale dans l’action publique. « L’intérêt de nos enfants sera la boussole du quinquennat d’Édouard Philippe », promet son programme. L’ancien Premier ministre entend d’abord s’attaquer à l’attractivité du métier d’enseignant. Il propose une augmentation de 20 % de la rémunération moyenne des enseignants sur l’ensemble du quinquennat, afin de « redonner de la dignité à leur métier ». Mais le projet ne s’arrête pas aux salaires. Édouard Philippe souhaite également donner davantage de liberté aux établissements scolaires. Ceux-ci pourraient adapter leurs méthodes d’enseignement et leurs horaires, mais aussi, dans certaines conditions, imposer l’uniforme, fixer leurs règles disciplinaires ou encore participer au choix et à l’évaluation des enseignants.

Cette autonomie accrue aurait toutefois une contrepartie, les résultats des établissements seraient rendus publics. L’actuel maire du Havre souhaite par ailleurs renforcer la formation des enseignants et mieux encadrer l’utilisation de l’intelligence artificielle à l’école. Il propose également la création d’une « amende de responsabilisation scolaire » visant certains parents d’enfants harceleurs, absentéistes ou particulièrement perturbateurs.

Gabriel Attal : réduire les classes et rétablir un examen à l’entrée en 6e

Ancien ministre de l’Éducation nationale, Gabriel Attal fait de l’école l’un de ses « chantiers capitaux ». Pour le candidat, le constat est sans détour, le niveau scolaire s’est dégradé et l’école de la République doit retrouver sa capacité à transmettre. « Je veux mettre fin au doute français sur l’école de la République », déclarait-il dans un entretien au Monde. Sa priorité est notamment de profiter de la baisse démographique pour réduire les effectifs, avec l’objectif de passer sous la barre des 20 élèves par classe en primaire.

Au collège, Gabriel Attal veut renforcer les exigences à l’entrée en sixième, avec le rétablissement d’un certificat d’études destiné à vérifier que les élèves maîtrisent les connaissances fondamentales. Sur le front des salaires, il propose une revalorisation allant de 200 euros net par mois jusqu’à 500 euros net en milieu de carrière, pour un coût évalué par son équipe à 2,5 milliards d’euros.

Le candidat souhaite également mettre fin à l’instabilité au ministère de l’Éducation nationale en garantissant la présence du ministre pendant cinq ans. Une mesure qui prend une résonance particulière alors que Gabriel Attal lui-même n’est resté que quelques mois rue de Grenelle.

Marine Le Pen : l’autorité et le « récit national » au cœur du projet

Le programme présidentiel de Marine Le Pen n’est pas encore publié dans son intégralité. Les propositions portées par le Rassemblement national lors des élections législatives de 2024 permettent toutefois de dessiner les contours de sa politique éducative. Le parti avait alors placé le rétablissement de l’autorité au cœur de son projet. Les élèves perturbateurs faisant l’objet de deux exclusions de leur établissement auraient ainsi vocation à être orientés vers des structures spécialisées.

Le RN entend également renforcer la place de l’histoire dans les programmes, notamment à travers l’affichage obligatoire dans les classes d’une carte de France et d’une frise chronologique retraçant le « récit national », de Vercingétorix ou Clovis à nos jours. Le baccalauréat ferait lui aussi l’objet d’une réforme, avec le retour des séries et un durcissement des règles de notation. Le parti souhaite par ailleurs « rénover l’enseignement des mathématiques ». Enfin, le Rassemblement national avait promis d’abroger le Pacte enseignant lancé en 2023 et de rendre obligatoire le remplacement des enseignants absents.

Bruno Retailleau : « refonder l’école » autour des savoirs et de l’autorité

« Refonder l’école » est l’un des mots d’ordre du programme de Bruno Retailleau. Pour le sénateur Max Brisson, qui a participé à son élaboration, cette réforme est un préalable à celle du pays. Le projet repose sur quatre piliers : les enseignants, la transmission des savoirs, l’autonomie des établissements et l’autorité.

Bruno Retailleau propose de rapprocher les salaires des enseignants de la moyenne européenne, tout en réformant leur affectation et leur évolution de carrière, encore largement fondées sur l’ancienneté. Sur le plan pédagogique, il revendique une rupture avec le « pédagogisme » et un retour au professeur comme « passeur de savoir ».

Le programme prévoit notamment un examen d’entrée en sixième, le développement des groupes de niveau et la fin du passage automatique d’une classe à l’autre. Il prévoit aussi davantage d’autonomie pour les établissements, avec la création de 1 000 établissements publics « libres », autorisés à adapter programmes, rythmes scolaires ou calendrier. Enfin, le candidat LR veut renforcer l’autorité des chefs d’établissement et des conseils de discipline, créer des établissements de réinsertion scolaire pour les élèves de moins de 16 ans exclus à répétition et instaurer un « contrat d’engagement des parents » rappelant les droits et devoirs des familles.

Raphaël Glucksmann : un « plan de sauvetage » pour l’école publique

À gauche, Raphaël Glucksmann place lui aussi la question des rémunérations au premier plan. Le candidat de Place publique a annoncé vouloir augmenter tous les enseignants de 10 %, avec une progression pouvant atteindre 25 % en fonction de la carrière, afin de « rattraper les moyennes européennes ». Le coût annoncé est annoncé à six milliards d’euros. Il propose également un « plan de sauvetage de l’école publique » sur cinq ans. Celui-ci comprendrait une réduction du nombre d’élèves par classe dans le primaire ainsi qu’un vaste programme de rénovation du bâti scolaire.

Pour Raphaël Glucksmann, l’école doit surtout redevenir un outil de réduction des inégalités. Il dénonce une institution qui, selon lui, « reproduit le plus les inégalités en Europe » et qui « maltraite le plus les enseignants ».

Jean-Luc Mélenchon : réduire les effectifs et renforcer l’école publique

Le tribun de La France insoumise défend une vision à rebours des projets de la droite sur l’autonomie des établissements. Après les annonces d’Édouard Philippe et de Gabriel Attal la semaine dernière, le candidat insoumis les a accusés de vouloir « dynamiter l’école publique » et d’instaurer un « marché de la concurrence ». En l’absence, à ce stade, d’un programme présidentiel détaillé, ses propositions peuvent notamment être retrouvées dans « L’Avenir en commun ». Son objectif affiché : faire de l’école un véritable levier de réduction des inégalités.

Parmi ses principales propositions figure la réduction du nombre d’élèves par classe, avec l’objectif d’atteindre 19 élèves en moyenne à la fin du quinquennat. Pour y parvenir, Jean-Luc Mélenchon prévoit le recrutement de 160 000 enseignants. Il propose également de rendre la cantine gratuite et de porter à 100 % la part des produits issus de l’agriculture paysanne et biologique, en privilégiant autant que possible les produits locaux.

La lutte contre le harcèlement scolaire constitue également l’une de ses priorités. Elle passerait notamment par une meilleure formation des personnels éducatifs et par des actions de sensibilisation destinées aux élèves.

Olivier Faure veut donner « la même chance » à tous les enfants

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, qui a annoncé sa candidature à la primaire socialiste dimanche 30 août, place la lutte contre les inégalités au cœur de son projet éducatif. « Je veux une France dans laquelle chaque enfant puisse commencer à étudier le ventre plein », affirme-t-il. Parmi ses propositions : instaurer un petit-déjeuner gratuit pour chaque enfant à l’école.

Le candidat socialiste souhaite également renforcer l’accompagnement des élèves en situation de handicap, notamment en améliorant la rémunération et la formation des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). La santé des enfants constitue une autre priorité de son programme. Olivier Faure propose de garantir à chaque élève un accès à des psychologues et à des infirmiers scolaires.

Il défend enfin la généralisation des classes de découverte, alors que, selon lui, « cinq millions d’enfants » ne partent pas en vacances. Son premier déplacement de campagne doit d’ailleurs avoir lieu mardi 1er septembre, consacré au thème de la rentrée scolaire.

Marine Tondelier : « un pays à hauteur d’enfant »

Marine Tondelier, candidate Les Écologistes entend faire de l’enfance une priorité de la campagne. Ce lundi, lors de sa conférence de presse de rentrée consacrée à l’éducation, elle a défendu l’idée d’un « pays à hauteur d’enfant ». « On a tôt mis l’enfance au cœur de notre campagne présidentielle, c’est une priorité nette des écologistes », affirme-t-elle, dénonçant un pays qui « n’est pas bienveillant envers les enfants et ne les a pas placés au centre ».

Son projet repose notamment sur une école primaire érigée en priorité absolue. Les écologistes proposent de réduire la taille des classes à 19 élèves d’ici 2032 et à 12 élèves dans les établissements REP et REP + Marine Tondelier veut également augmenter les salaires des enseignants de 15 % en cinq ans, en plus de l’inflation, et créer une filière de catégorie B pour les AESH. Le projet écologiste mise aussi sur une école davantage ouverte sur son environnement, avec des temps d’apprentissage « hors les murs » pour tous les élèves avec des classes découvertes, des sorties, ou des classes en extérieur. Enfin, les écologistes souhaitent transformer les établissements en « refuges climatiques », grâce à un investissement de deux milliards d’euros par an consacré notamment à leur isolation.

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