Le Sénat au chevet des maires victimes de violences en tout genre
Incivilités, injures, menaces, agressions physiques: 92% des élus municipaux qui ont répondu à la consultation lancée par le...

Le Sénat au chevet des maires victimes de violences en tout genre

Incivilités, injures, menaces, agressions physiques: 92% des élus municipaux qui ont répondu à la consultation lancée par le...
Public Sénat

Par Véronique MARTINACHE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Incivilités, injures, menaces, agressions physiques: 92% des élus municipaux qui ont répondu à la consultation lancée par le Sénat après la mort du maire de Signes rapportent avoir été victimes de ce type de violences, auxquelles la Chambre haute entend "donner un coup d'arrêt".

"Les maires, parce qu'ils détiennent une parcelle de l'autorité publique, sont exposés à des risques. La réalité du phénomène est incontestable", a déclaré mercredi à la presse le président de la commission des Lois du Sénat, Philippe Bas (LR).

La commission des Lois a proposé mercredi "un plan d’action" pour "renforcer l’autorité des maires, conforter leurs moyens d’action et mieux les protéger dans l’exercice de leurs fonctions".

Certaines de ces mesures seront intégrées par voie d'amendements au projet de loi "Engagement et proximité" qui sera examiné dans l'hémicycle à partir de mardi prochain. Pour les autres, une lettre a été envoyée au gouvernement.

Plus de 45% des élus ayant répondu ont été victimes d'agissements malveillants alors qu'ils exerçaient leurs pouvoirs de police (gestion des troubles de voisinage, des autorisations d'urbanisme, des stationnements gênants, des dépôts sauvages de déchets, occupations illégales de terrains, etc.)

Le questionnaire du Sénat, mis en ligne du 13 août au 15 septembre, ne prétend pas avoir valeur de sondage, mais il donne "la mesure d'un phénomène que nous connaissons bien, nous sénateurs", a souligné M. Bas.

Les femmes apparaissent autant exposées que les hommes, même si elles sont moins concernées par les agressions physiques.

Sur les 3.812 réponses recueillies, soit 10,9% des édiles, 14% font état d'attaques physiques (soit 543 agressions). 16,4% des répondants déclarent que leur famille et leurs proches ont également été victimes de comportements malveillants.

Seuls 37% des élus ayant répondu ont saisi la justice à la suite d’une attaque physique ou verbale et seules 21% des plaintes déposées ont abouti à une condamnation pénale. Les maires ne "croient plus" en la justice, déplore M. Bas.

86% déclarent en outre ne pas avoir suffisamment de moyens de contrainte pour faire respecter leurs arrêtés de police administrative. Un chiffre qui passe à 91% dans les petites communes.

Enfin pour 59%, les agissements malveillants sont devenus plus fréquents depuis leur élection en 2014, les réseaux sociaux constituant une préoccupation croissante pour les maires. Selon le questionnaire, 19% des élus ont déjà fait l'objet d'attaques en ligne.

- "Pas des shérifs" -

"Nous ne pouvons pas laisser les maires dans cette solitude", a souligné Philippe Bas.

"Les maires sont des gens d'équilibre, ils ne veulent pas devenir des shérifs, mais ils sont nombreux à se sentir seuls, abandonnés et sans moyens pour lutter contre les violences", a affirmé M. Bas. "Il faut leur donner un coup d'arrêt".

Il s'agit notamment de garantir une protection juridique pour les maires et leurs adjoints, diffuser à l'ensemble des parquets "des orientations fermes de politique pénale" en cas d'agressions d'élus locaux, élargir la possibilité pour les agents de police municipale de dresser des amendes forfaitaires, ou encore augmenter le montant maximal de l’amende encourue en cas d’infraction à un arrêté de police.

Le 5 août 2019, le maire de Signes (Var), Jean-Mathieu Michel, a perdu la vie dans l’exercice de ses fonctions, renversé par une camionnette après être intervenu pour mettre fin à un dépôt sauvage de gravats.

Selon les chiffres communiqués par le gouvernement, 361 agressions verbales ou physiques ont été recensées chez des élus de la République en 2018, en augmentation de 4% par rapport à 2017. 145 maires et maires adjoints ont été victimes d'une agression physique.

Des chiffres officiels "qui ne reflètent qu'une part infime de la réalité du phénomène", selon M. Bas, la majorité des agressions n'étant pas signalées.

"S'il n'y a pas de respect du maire, c'est la démocratie qui est affaiblie", a-t-il plaidé.

Partager cet article

Dans la même thématique

EU Summit, Europa-Gebäude, Br%FCssel, Belgium – 15 Oct 2026
7min

Politique

Union européenne : comment est abondé le budget et que finance-t-il ?

Les dirigeants européens ont entamé jeudi à Bruxelles les négociations autour du prochain budget de l’UE sur la période 2028-2034. La Commission aimerait trouver un accord d’ici la fin de l’année, avant la tenue des élections dans plusieurs États membres, dont la France. La favorite des sondages, Marine Le Pen, plaide pour une baisse de la contribution française au budget de l’Union. Comment fonctionne le budget de l’Union européenne ? Explications.

Le

Le Sénat au chevet des maires victimes de violences en tout genre
5min

Politique

Désindexation des retraites au-delà de 1260 euros : « Il faut que tout le monde contribue », insiste le ministre Jean-Pierre Farandou

Comme ses collègues de Bercy, le ministre du Travail et des Solidarités a défendu la proposition initiale du budget de la Sécurité sociale de n’indexer sur l’inflation que les petites pensions allant jusqu’à 1260 euros. Il s’agit d’une dérogation à la règle habituelle. Il suggère à l’avenir d’aborder cette question de l’évolution annuelle des retraites, sur le modèle des complémentaires de l’Agirc-Arrco.

Le

Illustrations – SUPERMARCHE – CARREFOUR EXPRESS
7min

Politique

Des produits sains vendus sans marge en grande surface : Que contient la proposition de loi de la sénatrice écologiste Antoinette Guhl ?

Face à la hausse du carburant et de l’inflation, les Français font des économies. Mais « la seule variable d’ajustement est aujourd’hui l’alimentation », alerte la directrice de Famille Rurale, Nadia Ziane. Pour lutter contre la précarité alimentaire, la sénatrice écologiste Antoinette Guhl propose une loi visant à garantir l’accès de denrées alimentaires saines à prix coutant, soit sans marge des distributeurs.

Le

Paris : French far-right Rassemblement National (RN) parliamentary session
3min

Politique

Sondage : Marine Le Pen creuse l'écart et s'installe en grande favorite à quelques mois de la présidentielle

Selon le dernier baromètre Odoxa-Backbone et Public Sénat, la candidate du Rassemblement national recueille 37 % des intentions de vote au premier tour, soit près de deux fois plus que ses deux poursuivants, Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe. Au second tour, elle l’emporterait largement face au leader insoumis (68 %) et plus modestement face à Édouard Philippe (53 %).

Le