Loi antiterroriste: l’Assemblée valide les perquisitions hors état d’urgence
Après le nouveau régime administratif d'assignations à résidence mardi soir, l'Assemblée a adopté mercredi une autre mesure phare...

Loi antiterroriste: l’Assemblée valide les perquisitions hors état d’urgence

Après le nouveau régime administratif d'assignations à résidence mardi soir, l'Assemblée a adopté mercredi une autre mesure phare...
Public Sénat

Par Fabrice RANDOUX, Anne Pascale REBOUL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Après le nouveau régime administratif d'assignations à résidence mardi soir, l'Assemblée a adopté mercredi une autre mesure phare et controversée du projet de loi antiterroriste, qui permet aux préfets d'ordonner des perquisitions, après un aval judiciaire cette fois.

Face au risque de menace terroriste, le texte prévoit que les perquisitions décidées par la seule autorité administrative sous l'état d'urgence seront remplacées par le régime des "visites domiciliaires".

Ces visites, avec possible "saisie des documents, objets ou données qui s’y trouvent", resteront à l'initiative du préfet, à la différence des perquisitions judiciaires. Mais elles devraient avoir l'aval du juge des libertés et de la détention (JLD) du tribunal de grande instance de Paris après un avis du procureur de Paris.

Comme depuis le début des débats lundi, cet article sensible du projet de loi a été pris entre les feux croisés de la gauche de la gauche et des Républicains.

Pour Alexis Corbière (Insoumis), cet article "touche à nos libertés publiques quand on débarque à six heures (du matin) chez nos concitoyens sur la base de faits approximatifs". Pour le communiste Sébastien Jumel, le pouvoir du juge sera "théorique", n'ayant à sa disposition que peu d'informations.

La gauche de la gauche a été soutenue par les trois nationalistes corses, qui craignent que cela "permette de défoncer les portes de militants politiques".

En réponse, la majorité En Marche-Modem a défendu une disposition permettant "de lever un doute rapidement sur la base d'une note de service de renseignement dont la source ne peut être révélée", ni versée dans un dossier judiciaire quand elle est étrangère, selon l'ex-patron du Raid, Jean-Michel Fauvergue (LREM).

La ministre Jacqueline Gourault (MoDem), qui remplace le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb "retenu au sommet franco-italien à Lyon", a fait remarquer aux communistes que d'autres autorités administratives (douanes, autorités de concurrence, inspection du travail...) procédaient à des "visites".

M. Collomb avait souligné en commission que les perquisitions étaient aujourd'hui "beaucoup plus ciblées": moins de 30 depuis juillet contre 3.600 dans les trois mois suivant les attentats de novembre 2015.

- 'Juge de permanence 24h sur 24' -

Opposée à la suppression de l'état d'urgence et réclamant le maintien des perquisitions administratives stricto sensu, la droite considère que l'intervention du juge va "compliquer la procédure".

Lors de leur audition, "le procureur de Paris, la DGSI, les gendarmes ont tous dit que ce dispositif était opérationnel, avec un juge des libertés et de la détention de permanence 24H sur 24", a répondu le rapporteur Raphaël Gauvain (LREM).

Appelant la droite à "l'unité nationale", l'ancien Premier ministre Manuel Valls, siégeant au groupe LREM, a jugé la proposition du gouvernement "la plus équilibrée possible".

La personne dont le lieu est "visité" pourra être retenue pendant quatre heures. La visite ne pourra être commencée avant 06H00 ni après 21H00, sauf autorisation motivée du JLD fondée sur l’urgence de l’opération. Le FN Sébastien Chenu a ironisé "sur le refus de réveiller la nuit les terroristes".

Ces perquisitions ainsi que les assignations à résidence seront soumises à un contrôle parlementaire jusqu'à leur évaluation en 2020, en vertu d'un amendement socialiste qui prévoyait à l'origine un contrôle plus large, mais que la majorité a restreint.

Dans la soirée, les députés ont voté la création d'un nouveau crime pour davantage sanctionner les parents qui inciteraient leurs enfants à commettre des actes de terrorisme ou à partir à l'étranger dans ce but.

Les débats ont ensuite été vifs autour des contrôles d'identité, à la faveur d'amendements des Insoumis pour empêcher ceux "au faciès". Les élus LR ont multiplié les propositions, d'une "cour de sûreté antiterroriste" à des gardes à vue jusqu'à 30 jours. Mais le projet de loi n'a pas évolué.

Les députés doivent achever jeudi l'examen du texte, avec notamment l'extension des possibilités de contrôle temporaire autour des zones frontalières.

Partager cet article

Dans la même thématique

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le

L’Assemblée nationale valide la suspension de la réforme des retraites
4min

Politique

Travail le 1er mai : après son rejet à l’Assemblée, le texte file en commission mixte paritaire où députés et sénateurs devront s’accorder

Les députes macronistes ont fait rejeter vendredi à l’Assemblée une proposition de loi sénatoriale qu’ils soutenaient visant à autoriser les salariés des boulangeries et fleuristes à travailler le 1er mai. Une manière de s’éviter des débats tendus face à une gauche vent debout contre la mesure. Les députés de la majorité espèrent s’accorder avec les sénateurs en commission mixte paritaire dans les prochains jours.

Le