Fidèle de la première heure, il était le stratège d'Emmanuel Macron. Ismaël Emelien a annoncé sa démission, évacuant tout lien avec l'affaire Benalla dans laquelle il est pourtant directement impliqué.
Son départ, annoncé dans un entretien au magazine Le Point, sera effectif fin mars-début avril.
Il a justifié sa démission par la promotion d'un livre qu'il va publier sur le progressisme, le chef de l'Etat ayant interdit à ses conseillers de publier pendant qu'ils sont en poste à l'Elysée.
"Par éthique personnelle, je me suis astreint en tant que conseiller spécial du président à un silence absolu qui n'est pas compatible avec la parution d'un tel ouvrage" a-t-il déclaré au Point.
Ce trentenaire très secret, l'un des plus proches collaborateurs d'Emmanuel Macron, qui fournissait aux députés et aux ministres les "éléments de langage" sur les sujets d'actualité, est le second membre de la garde rapprochée du président à quitter l'Elysée depuis le début de l'année.
Avant lui Sylvain Fort, directeur de la communication et plume du président, autre pilier des débuts de la "Macronie", a annoncé début janvier son départ "pour raisons personnelles".
"Ce n'est pas une démission mais un départ", qui est "vu en totale intelligence avec le président de la République", a affirmé Ismaël Emelien à l'AFP.
"Toute autre interprétation qui sera faite de mon départ, et il y en aura, sera fausse", a-t-il affirmé, ajoutant qu'il ne sera "bien sûr candidat à rien".
- "Isma" -
Ismaël Emelien a été mis en cause dans l'affaire Benalla depuis que l'ex-chargé de mission du président a affirmé aux enquêteurs lui avoir transmis des vidéos obtenues illégalement auprès de la police, destinées à le disculper dans le déroulé des violences du 1er mai. Ces images s'étaient retrouvées sur des comptes Twitter pro-Macron.
Ismaël Emelien, le "conseiller spécial" d'Emmanuel Macron (g), parle avec le secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler, le 17 janvier 2018 à l'Elysée
AFP/Archives
Le Monde a récemment révélé que les enquêteurs soupçonnaient le conseiller spécial d'avoir effectivement récupéré ces vidéos illicites. En juillet, dans une conversation dont l'enregistrement a été publié par Médiapart, Alexandre Benalla se targue d'avoir le soutien dans l'affaire du 1er mai d'"Isma" qui le "conseille sur les médias et compagnie".
Un lien embarrassant d'autant que, selon Médiapart, Alexandre Benalla est au coeur d'un contrat signé avec un oligarque russe, proche du président Vladimir Poutine, alors qu'il était encore en fonction à l'Elysée.
Le départ d'Ismaël Emelien va priver Emmanuel Macron d'un élément essentiel de sa communication officieuse, un partisan des messages disruptifs et de l'utilisation des réseaux sociaux.
Emelien avait connu Emmanuel Macron fin 2008, à la Fondation Jean-Jaurès, avant de devenir son conseiller à Bercy en 2014. Avec Benjamin Griveaux, Sylvain Fort, Sibeth Ndiaye et Stéphane Séjourné, Ismaël Emelien fait partie de ce petit groupe que les Marcheurs appellent "les Mormons" de la "Macronie historique", qui avaient arpenté fièrement la tapis rouge de l'Elysée le jour de l'investiture de leur candidat.
Alors que le président a vu sa popularité s'effondrer en 18 mois, n'a pu retenir ses ministres-clés, Nicolas Hulot et Gérard Collomb et subi la crise des gilets jaunes avec ses manifestations violentes, ce départ coïncide avec un désir de renouvellement à l'Elysée.
Le chef de l'Etat, qui a repris la main avec le grand débat, espère en effet passer à "l'acte II" du quinquennat après avoir apporté une réponse politique à la crise, qui pourrait être un référendum.
D'ailleurs, si Emelien part un nouveau "conseiller spécial" s'est installé la semaine dernière au Palais : Philippe Grangeon, 62 ans, jusqu'ici conseiller officieux du chef de l'Etat, issu d'un autre cercle et d'une autre génération.
Ismaël Emelien (d) à Paris, le 13 mai 2017
AFP/Archives
"Quand on signe un livre sur le progressisme, c'est aussi une autre manière de continuer le combat. Pour moi cela n'a aucun lien avec l'affaire Benalla", a défendu sur BFMTV Ilana Cicurel, membre du bureau exécutif LREM.
Les oppositions ont aussitôt interprété ce départ comme un signe de faiblesse du chef de l'Etat.
"La Macronie est en crise profonde. En zone de turbulences. Moment ou jamais d’accentuer la pression", a tweeté Florian Philippot.
"C'est la bérézina à l'Elysée ! Après le départ de ses fidèles soutiens @gerardcollomb et Sylvain Fort (...) Le quinquennat s'écrase !", a renchéri Nicolas Dupont-Aignan.
Marie-Pierre de la Gontrie, sénatrice de Paris et membre de la commission d'enquête du Sénat sur Benalla, a affirmé : "Ça sent la mise en examen en vue ou je m’y connais pas...."
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