Macron, une ascension météorique portée par une bonne étoile
Une bonne dose d'intuition, une part de risque et un joli concours de circonstances ont guidé Emmanuel Macron vers l'Elysée en empruntant la...

Macron, une ascension météorique portée par une bonne étoile

Une bonne dose d'intuition, une part de risque et un joli concours de circonstances ont guidé Emmanuel Macron vers l'Elysée en empruntant la...
Public Sénat

Par Jérémy MAROT

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Une bonne dose d'intuition, une part de risque et un joli concours de circonstances ont guidé Emmanuel Macron vers l'Elysée en empruntant la voie express, quelques mois après avoir lancé son parti et chamboulé le paysage politique, à 39 ans seulement.

Elu dimanche huitième président de la République française, Emmanuel Macron a suivi la trajectoire météorique d'un objet politique longtemps non identifié, à la fois pur produit du système mais "anti-système" revendiqué, conformiste et audacieux, "ni de droite, ni de gauche". Le voilà brutalement entré dans l'atmosphère pour sa première élection, à la tête d'un grand mouvement du centre et face à d'immenses chantiers.

"Je pense qu'on ne se prépare jamais à cette fonction. On ne peut pas se représenter ce que c'est, en générosité, en violence", a admis cette semaine cet ancien banquier d'affaires chez Rothschild, inconnu du grand public il y a trois ans encore.

Emmanuel Macron : l'ascension éclair d'un surdoué
Emmanuel Macron : l'ascension éclair d'un surdoué
AFP

Education bourgeoise chez les jésuites à Amiens, nez dans les livres auprès de sa grand-mère directrice de collège, c'est un élève modèle mais aussi rebelle. Qu'il s'agisse de décider, seul, de se faire baptiser à l'âge de 12 ans, ou qu'il s'agisse de défier les conventions pour épouser Brigitte Trogneux, sa professeure de français au lycée, de 24 ans son aînée.

Avec Sciences-Po Paris, un diplôme de philosophie, l'ENA promotion Sedar-Senghor puis l'Inspection générale des finances, il a attiré l'oeil de ses premiers mentors politiques: Jacques Attali en 2007; puis François Hollande, qui le nomma secrétaire général adjoint de l'Elysée en 2012 et le propulsa à Bercy à l'été 2014.

Mais c'est autant son cursus que ses "intuitions" qui impressionnent dans son premier cercle comme chez ses adversaires.

"Je pense que Macron a eu l'intuition, précisément parce qu'il était extérieur à la vie politique traditionnelle, que les partis de gouvernement avaient créé leurs propres faiblesses, avaient perdu leur propre attractivité, étaient, pour reprendre un vieux mot, usés, fatigués, vieillis", confiait récemment François Hollande.

Emmanuel Macron, le 6  septembre 2017  à Saint-Jean-De-Maurienne
Emmanuel Macron, le 6 septembre 2017 à Saint-Jean-De-Maurienne
AFP/Archives

Et "il a eu cette intuition de créer En Marche! quand il a élaboré sa loi" adoptée par 49-3 à l'été 2015, se souvient le député PS Richard Ferrand.

C'est en défendant ce texte fourre-tout, qui va de l'extension du travail du dimanche à la libéralisation du transport en autocar, qu'"il a constaté les scléroses du pays", souligne ce soutien de la première heure, secrétaire général du mouvement lancé le 6 avril 2016.

A la tête de sa petite entreprise politique, siglée de ses initiales, qui revendique aujourd'hui 270.000 adhérents, Emmanuel Macron a affiché de plus en plus ostensiblement ses ambitions, avec un fervent meeting fondateur à La Mutualité le 12 juillet 2016, devant 3.000 personnes.

- Alignement des planètes -

Il a su ensuite "prendre son risque", comme il aime à le dire, en démissionnant de Bercy pour se lancer vers l'Elysée avec une petite poignée de soutiens autour de lui.

Emmanuel Macron, le plus jeune des présidents de la République
Emmanuel Macron, le plus jeune des présidents de la République
AFP

Mais les planètes se sont ensuite parfaitement alignées. La primaire de la droite puis celle de la gauche lui ont dégagé un boulevard au centre et l'affaire Fillon a entamé les chances de son concurrent potentiellement le plus dangereux.

Et comme il l'avait pressenti, François Hollande, dont il est autant l'héritier que le parricide, s'est entre-temps retrouvé dans l'incapacité de se présenter.

A mesure de son ascension dans les sondages, Emmanuel Macron, regard bleu et sourire accroché au visage, s'est laissé gagner par la ferveur des réunions publiques, s'attardant sur scène, se délectant des "Macron président!", au point que ses adversaires ont parfois moqué des attitudes "christiques".

Emmanuel Macron, le 8  février 2017  à Angers
Emmanuel Macron, le 8 février 2017 à Angers
AFP/Archives

Lui a répondu en prônant la "bienveillance", refusant de faire siffler ses concurrents en meeting pour préparer le rassemblement qui suivrait inévitablement son élection.

Son talent a aussi été d'éviter les faux pas majeurs, malgré quelques déclarations polémiques, des "erreurs" qu'il "assume", comme lorsqu'il avait jugé en février que la colonisation avait été un "crime contre l'humanité".

Désormais, il revendique de porter avec lui "une part irréductible de la colère du peuple français", fruit d'une campagne "au contact" sur le terrain où il a défendu pied à pied son projet axé sur deux piliers: "libérer" l'économie et en même temps "protéger" les moins armés.

Emmanuel Macron, le 16 novembre 2016 à Bobigny
Emmanuel Macron, le 16 novembre 2016 à Bobigny
AFP/Archives

Il devra désormais l'appliquer dans un contexte difficile et un environnement nouveau pour lui.

"Beaucoup de gens parlent, j'écoute, j'entends mais je suis frappé de voir qu'à mesure qu'on avance sur ce chemin, on est de plus en plus seul", soulignait-il il y a une semaine.

Partager cet article

Dans la même thématique

Glucksmann
6min

Politique

Le sénateur Place Publique Bernard Jomier appelle à créer « un intergroupe » rassemblant les pro-Glucksmann au Sénat

« Il va y avoir un travail en commun des sénateurs qui soutiennent Raphaël Glucksmann », soutient le sénateur de Paris, après la victoire écrasante de Raphaël Glucksmann à la primaire de la gauche sociale-démocrate. Il tend notamment « la main » aux sénateurs écologistes, qu’il a rejoints. Mais du côté du groupe PS, l’initiative laisse pour l’heure plus dubitatif.

Le

Bram: Raphael Glucksmann at Les Rencontres de la Gauche
8min

Politique

Présidentielle : de quels moyens va bénéficier Raphaël Glucksmann, désormais candidat du PS, pour faire campagne ?

Officiellement investi pour la campagne présidentielle, Raphaël Glucksmann va pouvoir bénéficier de l’expertise technique et militante du Parti socialiste pour la course à l’Elysée. Du fait de son poids politique, le parti à la rose devrait également être le premier contributeur financier de sa campagne. Le Canard enchaîné évoque un plafond à 2,4 millions d’euros, loin toutefois de ce qui avait été déboursé pour Anne Hidalgo ou Benoît Hamon.

Le

Paris: Weekly session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Modernisation de la radio : la proposition de loi de Laurent Lafon pour assouplir la réglementation et soutenir le secteur

Déposée le 16 juin 2026 à l’initiative du sénateur Laurent Lafon, la proposition de loi relative à la modernisation de la radio sera débattue demain en séance publique. Adoptée largement par la Commission de la culture le 7 octobre 2026 et soutenue par les acteurs de la radio, la proposition de loi vise à assouplir la règlementation et favoriser le développement de la radio numérique terrestre dans un contexte de relatif déclin de la radio française.

Le

Paris Students and Police face to face
6min

Politique

Mobilisation lycéenne : le recours aux gardes à vue est-il justifié ?

Depuis le début du mouvement, 6 877 personnes ont été placées en garde à vue, dont une très grande majorité de mineurs. Une mesure de contrainte injustifiée selon plusieurs avocats, qui y voient plutôt une volonté de la part des forces de l’ordre de sanctionner les manifestants.

Le