La primaire de la gauche sociale-démocrate passée, le PS a maintenant un candidat, Raphaël Glucksmann. Mais le parti va-t-il se ranger comme un seul homme derrière le leader de Place Publique ? Entre l’absence d’un candidat encarté PS, et la déception des perdants, Olivier Faure en tête, l’appareil socialiste va-t-il bien se ranger et pousser en faveur du vainqueur de la primaire ?
La menace de l’extrême droite « fout la frousse à tout le monde » et pousse au rassemblement
Du côté du groupe PS du Sénat, ce mardi, où les sénateurs socialistes se sont retrouvés pour la traditionnelle réunion de groupe, on était plutôt confiant sur ce plan. « C’est tout à fait normal qu’il reste des traces après la bataille », reconnaît le sénateur des Landes, Eric Kerrouche, qui a soutenu Raphaël Glucksmann, « mais je vois surtout la volonté de ne pas se diviser face à l’extrême droite ». Pour le sénateur des Landes, rester uni, « c’est même existentiel », au moment où le pays pourrait basculer aux mains du RN. « Ça fout la frousse à tout le monde », confie le sénateur. De quoi pousser à serrer les rangs et oublier l’amertume laissée par la défaite. Colombe Brossel, sénatrice PS de Paris, n’a pas de doute non plus que les « socialistes seront à la hauteur de l’enjeu ».
« C’est trop tôt pour savoir si tout le groupe sera derrière Raphaël Glucksmann », tempère le sénateur de la Moselle, Michaël Weber, mais il « pense qu’il serait irresponsable de jouer le jeu de la division ». Face au « risque d’arrivée du RN au pouvoir », il ajoute :
« J’espère que les militants seront mobilisés, que le financement sera mobilisé, que l’appareil du PS, partout sur le territoire, sera mobilisé », affirme Patrick Kanner
Pour Patrick Kanner, président du groupe PS, il n’y a pas de doute : « Tous les sénateurs socialistes doivent être au service, non pas de Raphaël Glucksmann, mais de la campagne », soutient le sénateur du Nord, qui a voté pour le leader de Place Publique à la primaire. D’ailleurs, Patrick Kanner « compte prochainement inviter Raphaël Glucksmann au groupe. Il était déjà venu comme candidat aux européennes. Je le ferai venir comme candidat à la présidentielle », annonce l’ancien ministre de François Hollande.
Le parti, ou ses éléphants, a pourtant déjà montré sa capacité à, non pas torpiller une campagne, mais du moins ne pas jouer le jeu à fond. Ségolène Royal, qui avait remporté la primaire au nez de DSK et de Laurent Fabius, en a fait l’amère expérience en 2007, comme Anne Hidalgo, en 2022, qui n’a pas vu l’appareil derrière elle comme espéré. « Mais 2022, ça sert de leçon », veut croire le sénateur de Paris, Rémi Féraud, qui était proche de l’ex-maire de Paris. « Et en 2022, il y avait un vote d’investiture beaucoup plus formel. Ce n’est ni la même année, ni le même processus, ni le même candidat », ajoute le socialiste. « J’espère que les militants seront mobilisés, que le financement sera mobilisé, que l’appareil du PS, partout sur le territoire, sera mobilisé », affirme de son côté Patrick Kanner.
« On verra s’il se tourne vers la gauche ou vers le centre », affirme Jean-Claude Tissot
Du côté des fauristes du Sénat, la sénatrice Sylvie Robert assure qu’« il n’y a pas de sujet. Maintenant, Raphaël Glucksmann est notre candidat », assure la sénatrice d’Ille-et-Vilaine, mais « maintenant, il doit rassembler tout le monde ».
« Après la primaire, il y a une loyauté. Mais la loyauté doit être dans les deux sens », avance Jean-Claude Tissot, autre soutien du premier secrétaire, qui attend que « la frange de gauche » du PS soit entendue. Le nouveau vice-président du Sénat se fiera aux actes du candidat. « On verra s’il se tourne vers la gauche ou vers le centre », souligne Jean-Claude Tissot, qui attend des actes concrets sur le rassemblement, au-delà des mots. « Il doit montrer des signes », espère le sénateur de la Loire. Patrick Kanner aussi « pense qu’il faut que tout le monde se sente associé à la campagne ».
« Il y a des soutiens d’Olivier Faure qui nous appellent depuis la victoire pour demander comment ils peuvent être utiles », soutient Alexandre Ouizille
Sur ce plan, le sénateur de l’Oise, Alexandre Ouizille, se montre rassurant. « Nous travaillons à un organigramme de rassemblement », explique celui qui est directeur de la communication de Raphaël Glucksmann pour la campagne. « Le combat a été rugueux, il est vrai. Il faut que les particules retombent. Il faut nous laisser travailler sereinement mais tout se passe bien », assure Alexandre Ouizille, qui en veut pour preuve les fauristes qui montrent leur bonne volonté. « Il y a des soutiens d’Olivier Faure qui nous appellent depuis la victoire pour demander comment ils peuvent être utiles », confie ce proche du candidat. Bref, « ça joue le jeu ».
Pour Eric Kerrouche, qui fait partie comme Alexandre Ouizille du courant de Boris Vallaud au sein du PS, il faut que davantage de « socialistes rentrent dans l’équipe, et que l’équipe de campagne représente toutes les tendances ».
« Le groupe a été unanime pour décider de ne pas participer à l’intergroupe politique proposé par Bernard Jomier »
Si Raphaël Glucksmann réussit bien à rassembler tout le PS – et ses moyens – derrière lui pour la campagne, il devra aussi élargir le cercle de ses partisans. C’est tout l’objet de la proposition d’« intergroupe », formulée lundi par le sénateur Place Publique, Bernard Jomier, sur publicsenat.fr. Le sénateur de Paris explique que tous les sénateurs partisans de Raphaël Glucksmann, issus de différents groupes, devraient se retrouver pour échanger et s’organiser. Une initiative reçue froidement par les socialistes. Pire, elle est même rejetée.
« Dès le début de la réunion, le groupe a été unanime pour décider de ne pas participer à l’intergroupe politique proposé par Bernard Jomier, qui n’a aucune autorité pour le faire », confie un cadre du groupe, qui ajoute que « le principal groupe de soutien, en nombre, à Raphaël Glucksmann, c’est le groupe PS. C’est au groupe de coordonner les choses, par son poids, lié à la primaire ».
Et maintenant, quelles seront les prochaines étapes pour le candidat Glucksmann ? « La suite, c’est d’être président de la République », lâche dans un sourire la sénatrice PS Laurence Rossignol, l’une des premières socialistes à avoir rejoint le candidat. Mais il reste encore quelques obstacles de tailles, sur le chemin de Raphaël Glucksmann, avant d’espérer entrer à l’Elysée.