Mélenchon cible numéro 1 : « Ces attaques nous renforcent »
Le « tout sauf Mélenchon » semble à l’œuvre. Fillon, Macron, Le Pen et même Hollande s’en prennent au candidat de la France insoumise. Les éditorialistes ne le ménagent pas non plus. « A partir du moment où on est en capacité de l’emporter, c’est normal que le système réagisse » selon l’entourage du candidat.

Mélenchon cible numéro 1 : « Ces attaques nous renforcent »

Le « tout sauf Mélenchon » semble à l’œuvre. Fillon, Macron, Le Pen et même Hollande s’en prennent au candidat de la France insoumise. Les éditorialistes ne le ménagent pas non plus. « A partir du moment où on est en capacité de l’emporter, c’est normal que le système réagisse » selon l’entourage du candidat.
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Haro sur Mélenchon. Le candidat de la France insoumise est quasiment devenu en quelques jours l’ennemi public numéro 1 de la campagne présidentielle. En cause, sa montée dans l’opinion. A l’approche de la date fatidique du premier tour, Jean-Luc Mélenchon affole les sondages… et les équipes de campagnes de ses concurrents. Et si la surprise de l’élection, c’était lui ? Dans les meetings, les salles sont pleines et deviennent trop petites. Sur le terrain, les retours sont bons. On cite volontiers le nom de Mélenchon.

« Cataclysme » 

Dans la presse, on voit se multiplier les Unes ou articles peu amènes à l’égard du candidat. « Mélenchon, le délirant projet du Chavez français » titrait ainsi mercredi Le Figaro, pointant « l’explosion des dépenses publiques » et « une collectivisation massive de l'économie ». Dans  son éditorial, Paul-Henri du Limbert l’appelle « Maximilien Ilitch Mélenchon », en référence à Robespierre et Lénine.

Dans un article intitulé « Mélenchon, le nouveau "risque" français », Les Echos soulignent que « la montée de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages inquiète les investisseurs autant que le risque Le Pen » sur fond d’augmentation du « spread » entre la France et l’Allemagne, c'est-à-dire l’écart des taux à 10 ans entre les deux pays. Dans le même état d’esprit, Le Parisien écrit que « les banquiers prédisent un "cataclysme" ».

« Mystique du révolutionnaire égorgeur »

Certains éditorialistes s’en donnent aussi à cœur joie. « Personne ne crachera du sang si François Fillon ou Emmanuel Macron sont élus » a assuré jeudi matin Christophe Barbier, éditorialiste sur BFM TV, en référence aux propos tenus la veille à Lille par Jean-Luc Mélenchon. Le journaliste préfère parler de méthodes de gouvernement différentes. En revanche, par sa rhétorique anti-patron, « dans la mystique du révolutionnaire égorgeur, (Jean-Luc Mélenchon) a un train d’avance » lance Christophe Barbier.

Marianne relève de son côté les propos de Catherine Nay, d’Europe 1, invitée sur le plateau de « C à vous », sur France 5. Elle pense que les électeurs de Mélenchon passeraient à côté de la réalité de son programme. A Marseille, « il y avait beaucoup de jeunes. Quand on leur parle de la paix, on est dans le Bisounours, aussi. Les enfants, euh, les jeunes, ils applaudissent à tout rompre ! » soutient Catherine Nay.

« Péril », « programme communiste », « vision assez totalitaire »

C’est l’argument employé par François Hollande. Le Président est sorti de sa réserve sur la présidentielle, non pas pour attaquer Marine Le Pen, mais mettre en garde contre « le péril » qui existe « face aux simplifications, face aux falsifications, qui fait que l'on regarde le spectacle du tribun plutôt que le contenu de son texte ».

Emmanuel Macron a lui ironisé sur son âge. « Le révolutionnaire communiste, il était sénateur socialiste quand j’étais encore au collège, que veut-il nous faire croire ? » a-t-il demandé. En meeting à Marseille, François Fillon l’a mis sur le même plan que la candidate FN : « Croyez-moi, ça n’est pas avec le programme communiste de M. Mélenchon et le retour au franc de Mme Le Pen que l’économie française va redémarrer ». Même Laurent Berger, numéro un de la CFDT, est y allé de son attaque. Il a mis en garde jeudi contre la « vision assez totalitaire » que porterait Jean-Luc Mélenchon se disant « choqué » par des propos de son équipe sur le Venezuela.

A Lille, mercredi soir, Jean-Luc Mélenchon a répondu à ses détracteurs. « Pourquoi font-ils ça ? Pour faire peur, pour impressionner, pour que le bruit se répande qu'il y aurait une catastrophe à l'horizon », estime le candidat, qui ironise sur « les chars de l'armée rouge », « l'hiver nucléaire » ou « la pluie de grenouilles » qui arriveraient immanquablement s’il était élu.

« C’était un peu prévisible »

Les soutiens de Jean-Luc Mélenchon ne s’étonnent pas de ces attaques venant de toutes parts. « C’était un peu prévisible. A partir du moment où on est en capacité de l’emporter, c’est un peu normal que le système réagisse » selon Eric Coquerel, coordinateur politique du Parti de gauche. « J’accueille ça avec un vaste éclat de rire, tellement tout ça et grossier et caricatural. Tous s’allient contre nous. C’est une forme d’hommage du vice à la vertu » nous expliquait hier Alexis Corbière, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon. « Il y a une dynamique populaire telle autour de Jean-Luc Mélenchon que tous les défenseurs de l’ordre actuel sont terrorisés. Ils racontent n’importe quoi. C’était les mêmes qui expliquaient en 1981 que les chars russes allaient défiler sur les Champs-Elysées » ajoute le porte-parole.

Alexis Corbière voit dans ces attaques un bon signe : « François Hollande était silencieux et sort de sa boîte pour nous injurier. Mais plus ils grognent et plus ça veut dire que nous avons raison ». « Je pense que ces attaques nous renforcent. Ça veut dire qu’on touche à des choses essentielles au néolibéralisme et pour tous ceux qui s’en réfèrent » ajoute Eric Coquerel.

« C’est comme lors du référendum de 2005, les "élites" ne comprennent pas ce qui se passe »

Eric Coquerel voit un parallèle avec le référendum sur le traité constitutionnel européen. La plupart des éditorialistes suivaient alors le camp du « oui ». Et le « non » l’a emporté. « En terme de décalage, c’est comme en 2005. Les prétendues "élites" institutionnelles, ou ce qu’on a appelé la médiacratie, la demi-douzaine d’éditorialistes qui font tous les médias et estiment que le seul système viable sont les politiques qu’on subit depuis 30 ans, ne comprennent pas ce qui se passe, à un moment donné. Ils pensent que les Français disent « non » à autre chose, ne s’intéressent qu’à la forme, pas au fond. Ils font la même erreur. Sur le terrain, on voit que c’est le programme de Jean-Luc Mélenchon qui leur parle » analyse Eric Coquerel.

Pour l’heure, les attaques ont peut-être porté leur fruit. Dans le sondage quotidien d’Opinion way pour Les Echos et Sud Radio, Jean-Luc Mélenchon perd jeudi un point, à 17%.

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