« Jamais rien ne mérite un tel déferlement de violence ». À l’Assemblée nationale, Laurent Marcangeli, président du groupe Horizons et indépendants, a appelé au retour au calme dans les établissements scolaires. « Si oui, le dialogue doit exister, si oui, les lycéens ont le droit de demander davantage de moyens, jamais rien ne mérite un tel déferlement de violence », a-t-il déclaré. Le député a également demandé que les auteurs des dégradations assument les conséquences de leurs actes. « C’est ceux qui cassent qui devront payer », a-t-il lancé. Il a enfin demandé au Premier ministre de clarifier ses précédentes déclarations sur une éventuelle instrumentalisation politique du mouvement : « La représentation nationale veut savoir. »
« Nous n’avons pas le droit d’abandonner les agents du service public »
Face à cette interpellation, le Premier ministre sort du silence et a commencé son intervention en dressant le bilan humain des violences enregistrées depuis le début de la mobilisation. « 215 élèves blessés » et « 85 personnels éducatifs dont 34 proviseurs et adjoints », a-t-il annoncé, évoquant « le bilan le plus lourd depuis des décennies dans l’Éducation nationale ». « Une banalisation de cette violence contre les personnels de l’Éducation nationale n’est pas acceptable », a martelé le Premier ministre. Il a également fait état de « 715 policiers et gendarmes blessés », avant d’élargir son propos aux fonctionnaires confrontés aux insultes et aux intimidations. « Nous n’avons pas le droit d’abandonner les agents du service public, quel que soit leur ministère », a-t-il insisté.
Lecornu accuse LFI de vouloir « semer le chaos »
Le ton est ensuite monté d’un cran lors de l’intervention de Mathilde Panot, présidente du groupe La France insoumise qui a vivement attaqué le gouvernement sur sa gestion du mouvement et sur l’action des forces de l’ordre. Sébastien Lecornu lui a répondu frontalement : « La réalité, c’est que vous êtes ambigus avec la violence, car la violence fait partie de votre projet politique de bordélisation du pays entre maintenant et l’élection présidentielle », a lancé le Premier ministre avant d’ajouter « Vous organisez un chaos à des fins électoralistes » Poursuivant son attaque contre les Insoumis, il a ajouté : « Mentir sur les intentions du gouvernement ne vous sauvera pas électoralement. Semer le chaos comme vous le faites depuis le début du mouvement lycéen est un scandale » et « nous ne vous laisserons pas faire ». Des accusations auxquelles Mathilde Panot oppose une critique de la réponse gouvernementale, notamment sur le maintien de l’ordre et les moyens accordés à l’Éducation nationale.
Sébastien Lecornu s’en prend aux « mensonges » sur les forces de l’ordre
Le Premier ministre a ensuite défendu l’action de la police et de la gendarmerie, alors que les conditions du maintien de l’ordre sont vivement contestées par une partie de l’opposition. « Des instructions de proportionnalité ont été données aux forces de l’ordre », a-t-il assuré, rejetant l’idée d’une volonté politique de répression. S’il reconnaît que « des accidents peuvent arriver », il demande que ceux-ci donnent lieu à des enquêtes : « Il doit y avoir transparence, il doit y avoir la recherche de la responsabilité. »
Sébastien Lecornu a surtout appelé à « faire taire les mensonges qui divisent la société » et a dénoncé l’idée que les forces de l’ordre seraient animées par une intention volontaire de violence.
« Enfin, nous avons un cadre légal »
Malgré les tensions, le Premier ministre a dit accueillir les manifestations de mardi « avec beaucoup de respect » mais aussi « avec soulagement ». « Enfin, nous avons un cadre légal, déclaré, démocratique, dans lequel l’expression des désaccords peut se faire », a-t-il déclaré. Pour Sébastien Lecornu, la contestation doit désormais pouvoir s’exprimer « par la démocratie parlementaire » ou « par la démocratie sociale », à travers les grèves et les manifestations. Répondre à « une angoisse lycéenne » réelle
Le chef du gouvernement a également voulu répondre aux revendications qui ont fait émerger la mobilisation. Il a rappelé les cinq chantiers ouverts par l’exécutif : remplacement des enseignants, bâtiments scolaires, orientation, organisation du temps scolaire et démocratie lycéenne. « Il faut qu’on l’entende, nous, à Paris, avec beaucoup d’humilité et de sens pratique », a-t-il déclaré. Des temps de discussion doivent notamment être organisés dans les établissements afin de permettre aux élèves de faire remonter leurs revendications.
Car derrière les violences, le Premier ministre reconnaît une colère qu’il juge légitime : « Il y a un beau sujet politique qu’il faut traiter », a-t-il estimé, évoquant « une angoisse lycéenne » qui, selon lui, « est réelle et que nous devons entendre avec beaucoup d’humilité ».