Mort à 100 ans d’Albin Chalandon, le « dernier des barons gaullistes »
"Dernier des barons gaullistes", Albin Chalandon, ancien garde des Sceaux et ex-PDG d'Elf-Aquitaine, est décédé à l'âge de 100 ans.

Mort à 100 ans d’Albin Chalandon, le « dernier des barons gaullistes »

"Dernier des barons gaullistes", Albin Chalandon, ancien garde des Sceaux et ex-PDG d'Elf-Aquitaine, est décédé à l'âge de 100 ans.
Public Sénat

Par AFP, avec Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

"Dernier des barons gaullistes", Albin Chalandon, ancien garde des Sceaux et ex-PDG d'Elf-Aquitaine, est décédé à l'âge de 100 ans, après avoir mené une double carrière d'homme politique et d'homme d'affaires. Son décès a été annoncé jeudi 31 juillet par son lointain successeur, le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti, qui a salué la mémoire d'un "grand serviteur" de la République.

"Avec le décès d'Albin Chalandon, la France perd un de ses combattants de la Libération, la République un de ses grands serviteurs et le ministère de la Justice un de ses anciens Gardes", a tweeté le ministre. Le président Emmanuel Macron a rendu hommage à une "haute figure qui incarnait un siècle d’histoire française, depuis la geste glorieuse des maquis jusqu’aux heures de maturité de la Ve République."

Rachida Dati émue

L'ex-garde des Sceaux Rachida Dati, dont Albin Chalandon a été l'un des mentors tout au long de sa carrière, a accueilli la nouvelle avec une immense tristesse. "Albin Chalandon a changé ma vie. C'est quelqu'un qui m'a tout donné. Il m'a donné ma liberté, m'a permis de m'émanciper, il m'a aidée quand ma mère était gravement malade... S'il n'avait pas été là, qu'est-ce-que je serais devenue ?", a-t-elle dit à l'AFP, la voix brisée par l'émotion.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a salué de son côté "la vie et la mémoire" du "dernier des "barons" gaullistes"

Albin Chalandon, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, à l'Assemblée nationale, le 27 octobre 1986 à Paris
Albin Chalandon, alos patron d'Elf-Aquitaine, en visite au Gabon en 1979
AFP/Archives

Nicolas Sarkozy : "Un homme aux multiples talents"

D'autres personnalités de droite ont rendu hommage au parcours de celui, qui, à l'instar de Jacques Chaban-Delmas, Maurice Couve de Murville, Pierre Messmer ou Alain Peyrefitte, faisait partie des compagnons politiques historiques du Général de Gaulle.

L'ancien président Nicolas Sarkozy a salué sur Twitter "un homme aux multiples talents qui a fait honneur à la France".

Philippe Bas : "homme loyal, compétent, énergique et créatif"

"Avec Albin Chalandon, une personnalité hors du commun disparaît", a abondé Valérie Pécresse, la présidente (ex-LR) de la Région Ile-de-France.

"Il a servi la France avec élégance à chaque étape de sa vie", met en exergue le maire de Nice (LR) Christian Estrosi. "La Ve République perd un de ses grands serviteurs", s'incline Xavier Bertrand, le président (ex-LR)des Hauts-de-France.

Chez les sénateurs, le président de la commision des Lois, Philippe Bas, a salué ce "chevalier du gaullisme,archétype du grand ministre de la Vème République, tour à tour à l’Equipement et à la Justice, homme loyal, d’une grande élégance morale, compétent, énergique et créatif".

"Albin Chalandon incarnait la noblesse de l’engagement politique. Je lui rends hommage", a-t-il publié sur twitter.

La Résistance et la Libération de Paris

Tous ont également une "pensée" pour son épouse, la journaliste Catherine Nay.

Né le 11 juin 1920 à Reyrieux (Ain), licencié ès-lettres, Albin Chalandon entre dans la Résistance et participe à la Libération de Paris en 1944.

Après l'inspection des Finances, il devient membre du cabinet de Léon Blum, alors président du gouvernement provisoire.

Du RPF au gouvernement de Georges Pompidou

Il s'engage ensuite dans la vie politique et s'inscrit au RPF (gaulliste) en 1948. En 1952, il crée la Banque commerciale de Paris, qu'il présidera de 1964 à 1968.

Revenu à la politique en 1958 avec le général de Gaulle, il devient secrétaire général de l'UNR (1958-59), puis secrétaire général adjoint de l'UDR (1974-75).

Député des Hauts-de-Seine (1968 puis 1973), il est élu député du Nord en 1986 mais renonce à son mandat électoral pour entrer au gouvernement.

Des maisons individuelles bon marché

Ministre de l'Industrie de Georges Pompidou de mai à juillet 1968, il est ministre de l'Equipement et du Logement dans les gouvernements Couve de Murville (1968-69) et Chaban-Delmas (1969-72).

C'est en 1969 qu'il a l'idée de proposer des maisons individuelles bon marché aux ménages les plus modestes. Environ 65.000 "chalandonnettes" sont construites entre 1970 et 1972. Mais certaines rencontrent des problèmes techniques, provoquant le mécontentement de leurs propriétaires.

Une politique sécuritaire

Albin Chalandon devient ensuite président du groupe nationalisé Elf-Aquitaine (1977-83). Il en est écarté après l'arrivée au pouvoir de la gauche, pour avoir voulu s'opposer au plan de restructuration de la chimie lourde française.

Nommé garde des Sceaux en 1986 dans le gouvernement de cohabitation de Jacques Chirac, Chalandon y est le symbole d'une politique sécuritaire.

En 2010, il a été mis en garde à vue dans le cadre de l'affaire Visionex, société soupçonnée de fabriquer des bornes internet permettant des paris clandestins et visée par une enquête dans laquelle son fils a été mis en examen.

Grand'Croix de la Légion d'honneur et Croix-de-guerre 39-45, il s'était marié en 1951 à la princesse Salomé Murat avec qui il a eu trois enfants. Il a plus tard partagé la vie de Catherine Nay qu'il a épousée en 2016.

Partager cet article

Dans la même thématique

Mort à 100 ans d’Albin Chalandon, le « dernier des barons gaullistes »
7min

Politique

Interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans : le Sénat adopte sa propre version quitte à perturber « l’agenda » de l’exécutif

Mardi soir le Sénat a adopté la proposition de loi soutenue par le gouvernement et visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Néanmoins la Haute assemblée est revenue sur le principe d’une interdiction générale prévue dans la version initiale, pointant son risque d’inconstitutionnalité. Une bataille d’arguments juridiques a marqué la séance. De quoi retarder un engagement pris par le chef de l’Etat.

Le

Illustration Echarpe de Maire tricolore
5min

Politique

Violence envers les élus : « Avec la polarisation de la vie politique, le rapport à la violence a beaucoup évolué » 

Les élections municipales et l’installation des nouveaux maires ont été émaillées par des épisodes de violences : huées à Creil et Mantes-la-Jolie, saccage de la mairie de Fresnes, propos racistes à l’encontre du maire de Saint-Denis. Des faits qui interrogent sur la violence en politique. Un phénomène ardu à caractériser et à étudier, de par son caractère à la fois objectif et subjectif, pour le sociologue Michel Wieviorka.

Le

Mort à 100 ans d’Albin Chalandon, le « dernier des barons gaullistes »
6min

Politique

« Education intégrale », non-mixité : Edward Whalley, bras droit de Pierre-Édouard Stérin, défend le modèle éducatif de l’Académie Saint-Louis

Auditionné par la commission d’enquête sur le financement privé de la vie démocratique, Edward Whalley a défendu l’action éducative des fondations de Pierre-Édouard Stérin. Le directeur du Fonds du Bien Commun devrait à nouveau être auditionné par la commission sur les autres activités financées par son organisation.

Le