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Le président des Républicains a appuyé son ancien collègue garde des Sceaux, dans l'affaire Lyhanna. Ce drame met en lumière, selon lui, « un problème systémique » dans la justice.
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Un drame qui révèle des failles profondes. La mort de Lyhanna, 11 ans, dans le Gers, a bouleversé le pays. Mais au-delà du crime lui-même, ce sont les révélations qui entourent le parcours judiciaire du principal suspect qui ont suscité l’incompréhension. Jérôme Barella, mis en examen pour enlèvement et séquestration avant d’être incarcéré, faisait déjà l’objet de plusieurs signalements. Deux plaintes pour viol sur mineur avaient été déposées en 2022 et 2025. La première avait été classée sans suite. La seconde faisait encore l’objet d’une enquête. Un autre signalement concernait un « comportement inapproprié » envers une lycéenne. Pourtant, selon les éléments connus à ce stade, l’homme n’avait jamais été auditionné.
Pour beaucoup, cette affaire symbolise un dysfonctionnement plus large. « Comment des signaux d’alerte aussi forts ont-ils pu ne pas conduire à une évaluation du danger ? », interroge Denis Roth-Fichet, secrétaire général de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise). « Ça interroge sur notre capacité collective à repérer, à évaluer le risque et à traiter des situations à risque. »
Face à l’émotion, le garde des Sceaux Gérald Darmanin a annoncé la révision de plus de 70 000 dossiers concernant des mineurs d’ici le 14 juillet. « On a l’impression que les responsables découvrent le dysfonctionnement », observe Denis Roth-Fichet. « Pourtant, tous les points qui sont aujourd’hui soulignés figuraient déjà dans le rapport de la Ciivise de 2023. »
Les chiffres sont connus depuis longtemps. Dans son rapport final publié en 2023, la Ciivise estimait que 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France, soit un enfant toutes les trois minutes. Au total, 5,4 millions d’adultes, soit une personne sur dix, déclarent avoir subi des violences sexuelles durant leur enfance. « Cela représente trois enfants par classe », rappelle Denis Roth-Fichet. « Si l’on élargit à l’ensemble des violences faites aux enfants, on monte à cinq enfants par classe. » Les auteurs sont très majoritairement des hommes.
Les auteurs sont très majoritairement des hommes. Dans 97 % des cas, l’agresseur est masculin. Souvent un proche : père, frère, oncle, ami de la famille ou voisin. La violence commence tôt. En moyenne, les premières agressions surviennent à l’âge de 8 ans et demi. Elles sont répétées dans 86 % des cas et durent plus d’un an une fois sur deux.
Pourtant, malgré l’ampleur du phénomène, peu de victimes parlent. Seuls 13 % des enfants révèlent les faits au moment où ils se produisent. Plus de six victimes sur dix ne parleront qu’au-delà de dix ans après les violences.
Pour Arnaud Gallais, président de l’association Mouv’Enfants et ancien membre de la Ciivise, ces données ne constituent pas une découverte. « La commission a permis de créer un consensus là où il existait encore du dissensus. Nous sommes venus officialiser un sujet que l’on connaissait déjà. »
Pour Édouard Durand, ancien coprésident de la Ciivise, l’affaire Lyhanna renvoie à une réalité plus profonde. « Nous tous, groupes humains, nous ne prenons pas suffisamment au sérieux la parole des enfants qui dénoncent des violences », affirme ce matin au micro de France Inter le magistrat.
Les témoignages recueillis par la commission sont accablants. Selon la Ciivise, lorsqu’un enfant révèle des violences sexuelles, il ne reçoit pas de réponse de soutien adaptée dans 92 % des cas. Même lorsqu’il parle, l’enfant n’est pas toujours protégé. Près d’un enfant sur deux (45 %) n’est pas mis en sécurité après avoir révélé les faits. Dans 27 % des situations, le professionnel ou l’adulte qui reçoit sa parole lui demande de ne pas en parler. Dans 22 % des cas, il le rend responsable de ce qu’il a subi.
« C’est un discrédit qui est porté encore aujourd’hui sur la parole de l’enfant », estime Denis Roth-Fichet. «. On continue trop souvent à considérer qu’il peut être manipulé ou instrumentalisé. » Un constat partagé par Arnaud Gallais. « Ce qui est invisible aujourd’hui, ce sont les actions qui devraient suivre. »
La difficulté se poursuit souvent devant la justice. Selon la Ciivise, seule une plainte sur cinq est déposée après des violences sexuelles subies durant l’enfance. Et lorsqu’une plainte existe, le parcours judiciaire demeure semé d’obstacles.
Les statistiques du ministère de la justice montrent que plus de sept personnes mises en cause sur dix dans des affaires de violences sexuelles voient leur dossier classé sans suite. La principale raison invoquée est l’insuffisance de preuves permettant de caractériser l’infraction. « Nous ne classons pas parce que nous pensons que l’enfant ment », souligne Manon Lefebvre, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature. « On a classé des gens ou on savait que les propos étaient vrais mais c’était parole contre parole. On classe car on ne sait pas quelle version on retient » La magistrate insiste sur un point : davantage d’investigations permettraient parfois de dépasser cette impasse. « Avec des auditions approfondies et des enquêtes plus poussées, on peut sortir du simple face-à-face entre deux récits. Mais l’absence de moyens ne nous donne pas toujours ce temps. »
Pour Denis Roth-Fichet, la question de la preuve mérite également d’être reposée. « Les magistrats sont encore très focalisés sur la preuve matérielle. Pourtant, il existe d’autres formes de preuves. Il faut arriver à dépasser cette règle presque sacrée de la preuve matérielle, même si j’ai conscience que c’est extrêmement difficile. »
Le ministère de la justice reconnaît lui-même que, dans près de deux dossiers de viol sur mineur sur cinq, les poursuites sont impossibles faute d’infraction suffisamment caractérisée. Alors le résultat est que seule une plainte sur six pour viol ou agression sexuelle sur mineur aboutit à la condamnation de l’auteur présumé. En matière d’inceste, cette proportion tombe à une sur dix.
La question des moyens est devenue centrale dans le débat. Selon le ministère de la Justice, entre 2020 et 2024, le nombre de personnes mises en cause dans des affaires de violences sexuelles traitées par les parquets, est passé de 18 800 à 29 000, soit une hausse de 56 % en quatre ans.
Pour Denis Roth-Fichet, le constat est ancien. « Nous sommes dans un contentieux de masse. Depuis des années, nous demandons davantage d’enquêteurs spécialisés, davantage de coordination et davantage de formation.
La question ne serait toutefois pas uniquement budgétaire. « C’est aussi un choix politique », estime Manon Lefebvre. « Lorsqu’un sujet devient une priorité nationale, les moyens suivent. Nous ne l’avons pas vu avec la protection de l’enfance. »
Pour les associations comme pour de nombreux magistrats, le drame de Lyhanna ne doit pas être réduit à un simple fait divers. « Nous avons connu six réformes législatives en vingt ans. Les textes existent. Ce qu’il manque aujourd’hui, c’est le passage de la parole aux actes », s’insurge Arnaud Gallais. De son coté, Denis Roth-Fiche, secrétaire général de la Ciivise appelle à une mobilisation comparable à celle provoquée par le mouvement #MeToo. « Il faut un choc sociétal. Il faut un MeToo des enfants. Notre société en a besoin. »