Municipales: abstention record, le pari raté du premier tour, interrogations sur le second
Le pari du maintien d'un premier tour des municipales en pleine crise du coronavirus est manqué dimanche, avec une abstention record pour ce...

Municipales: abstention record, le pari raté du premier tour, interrogations sur le second

Le pari du maintien d'un premier tour des municipales en pleine crise du coronavirus est manqué dimanche, avec une abstention record pour ce...
Public Sénat

Par Eric LAGNEAU

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Le pari du maintien d'un premier tour des municipales en pleine crise du coronavirus est manqué dimanche, avec une abstention record pour ce type de scrutin de 53,5% à 56% (selon les instituts de sondage), qui interroge sur la tenue du second tour prévu la semaine prochaine si la situation sanitaire s'aggrave.

Avec près de 20 points de plus que le précédent scrutin de 2014 (36,5%), ce nouveau record pour des municipales, jusqu'alors deuxièmes élections préférées des Français après la présidentielle, est "absolument phénoménal", juge Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos sur France 2.

"Cela veut dire que dans les grandes villes, on est à 60% voire davantage. C'est un pays qui a voté avec une inquiétude qui a flambé au cours des 2-3 derniers jours. Le Covid 19 a donc pulvérisé ce scrutin", ajoute-t-il.

Selon un sondage Ipsos-Sopra-Steria pour France Télévision et Radio France, 39% des personnes interrogées ayant renoncé à se rendre aux urnes avancent le coronavirus comme la raison principale de leur abstention. "Très clairement, c’est le scrutin de la peur", résume sur Cnews Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop.

- "Situation exceptionnelle" -

Une personne quitte un bureau de vote lors du premier tour des électiosn municipales, le 15 mars 2020 à Reigneville-Bocage  (Manche)
Une personne quitte un bureau de vote lors du premier tour des électiosn municipales, le 15 mars 2020 à Reigneville-Bocage (Manche)
AFP

"Ça dit la situation exceptionnelle que traverse le pays et la façon dont les Français ont été bouleversés par les trois jours qui se sont écoulés, avec l'intervention du président Macron jeudi soir, qui fait prendre conscience au pays de la gravité de la situation et vendredi et samedi, de nouvelles mesures très fortes annoncées", abonde sur TF1 Jérôme Jaffré, le président du Cecop.

Le politologue insiste néanmoins sur le verre à moitié plein: "21 millions de Français sont quand même allés aux urnes, ça veut dire un attachement à la vie démocratique du pays, parce que toutes les conditions étaient réunies pour se dire que ces municipales n'avaient plus leur place à ce moment-là".

Ce chiffre historique de l'abstention pour les municipales masque de fortes disparités régionales, mais aussi selon la taille des villes, avec des pointes dans les grandes agglomérations. Elle devrait par exemple atteindre les 60% à Rennes, les 62% à Rouen et dépasser les 67% à Lille.

Le président Emmanuel Macron après avoir voté au premier tour des elections municipales, le 15 mars 2020 au Touquet
Le président Emmanuel Macron après avoir voté au premier tour des elections municipales, le 15 mars 2020 au Touquet
AFP

Il relance inévitablement les questions sur le choix de maintenir ce premier tour, voire le second. Mais aussi sur la "sincérité" du scrutin si moins d'un Français sur deux aura voté pour son prochain maire.

- "Casse-tête juridique" -

Alors que des élus, dont six présidents de région, avaient plaidé samedi soir pour un report du 1er tour, le président Emmanuel Macron, a souligné dimanche qu'il était "important de voter dans ces moments-là", après avoir accompli son devoir électoral avec son épouse Brigitte au Touquet.

"Quand je vois les images du canal Saint-Martin à Paris aujourd'hui, du parc Montsouris, et quand j'entends dans le même temps, qu'il y a de la crainte pour aller voter là où il y a des mesures sanitaires qui sont extrêmement strictes qui sont mises en place, je vois effectivement qu'on a là une vraie difficulté", a plaidé dimanche soir la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye.

Avec l'hypothèse d'un prochain confinement du pays, une forte interrogation pèse en tout cas sur la possibilité de tenir le second tour, dimanche prochain.

Un votant passe devant une affiche dans un bureau de vote pour le premier tour des élections municipales, le 15 mars 2020 à Paris
Un votant passe devant une affiche dans un bureau de vote pour le premier tour des élections municipales, le 15 mars 2020 à Paris
AFP

Dès 19h sur Twitter, le député LFI François Ruffin a demandé le report du second tour. Selon lui, "le maintenir serait mauvais pour la santé des citoyens, mais aussi pour celle de la démocratie". Yannick Jadot (EELV) a fait la même demande.

Mais selon le constitutionnaliste Didier Maus, interrogé par l'AFP, un report du second tour conduirait ispo facto à annuler le résultat du premier tour car la loi électorale prévoit de tenir le second tour la semaine suivante. Cela obligerait donc les électeurs à revoter pour les deux tours.

Face à une situation qui ne s'est encore jamais présentée, l'incertitude des experts demeure pour le cas des nombreuses communes, notamment les plus petites, qui auront élu leur conseil municipal dès le premier tour ce dimanche (à condition de dépasser les 25% des inscrits).

"C'est un vrai casse-tête juridique", estime Anne Jadot, maître de conférence en science politique à l'université de Lorraine. "Que fait-on pour ceux qui ont été élus après le 1er tour. Est-ce qu'on rejoue tout, même pour eux? ou on se retrouve avec deux catégories d'élus", résume-t-elle, en soulignant que "dans tous les cas, il y a un fort risque de contentieux électoral".

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