Municipales: des logiciels de prospection électorale pour cibler les messages politiques
Identifier les endroits où il y a des votes à gagner et cibler les messages politiques: pour remporter les élections municipales, les candidats...

Municipales: des logiciels de prospection électorale pour cibler les messages politiques

Identifier les endroits où il y a des votes à gagner et cibler les messages politiques: pour remporter les élections municipales, les candidats...
Public Sénat

Par Jules BONNARD

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Identifier les endroits où il y a des votes à gagner et cibler les messages politiques: pour remporter les élections municipales, les candidats n'hésitent plus à s'équiper de logiciels d'analyse de données, mais la pratique est étroitement encadrée.

"Organiser une campagne avant, c'était avoir du flair, du pif politique. Il y avait un certain artisanat, des feuilles volantes dans les permanences", rappelle Vincent Moncenis, fondateur de DigitalBox.

Son logiciel permet au candidat "d'organiser ses contacts, de gérer les invitations pour des réunions publiques et de structurer son équipe", bref de rendre la campagne "un peu plus intelligente".

Chiffres et dates clés des municipales
Chiffres clés et calendrier des municipales 2020
AFP/Archives

"Le projet ne varie pas, il est gravé dans le marbre", explique M. Moncenis, mais "si vous avez 10 points dans votre programme et 10 groupes d'électeurs, il s'agit de leur envoyer le bon message, celui sur la petite enfance aux parents d'élèves par exemple."

Auparavant, la première tâche d'un candidat est de glaner les contacts de potentiels électeurs. Plusieurs entreprises d'analyse de données veulent faciliter ce travail.

"La question est: où sont les gens à qui je dois parler?", explique Laure Vaugeois, en charge des relations commerciales de la société Explain (ex-LMP). Ensuite, "la meilleure organisation de campagne, c'est le porte-à-porte."

La méthode statistique pour identifier les bureaux de vote les plus favorables repose sur "l'inférence écologique", qui n'a rien à voir avec des engagements environnementaux mais permet de prédire le comportement de différents groupes sociaux en fonction de données agrégées, par exemple les précédents résultats électoraux et des données démographiques.

Barack Obama lors d'un meeting électoral à la Virginia Commonwealth University le 5 mai 2012
Barack Obama lors d'un meeting électoral à la Virginia Commonwealth University le 5 mai 2012
GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives

"Le porte-à-porte ciblé a un vrai impact sur les résultats", assène Laure Vaugeois, qui s'appuie sur une expérience avec groupe témoin lors de la campagne de François Hollande en 2012.

Depuis l'utilisation de l'outil Blue State Digital par Barack Obama en 2008 puis en 2012, ou de NationBuilder par Donald Trump (et 3 des 4 autres candidats à l'élection présidentielle américaine) en 2016, il n'y a plus d'ambition politique sans volonté de maîtriser techniquement les données.

"Chez les écologistes, la première fois c'était pendant les européennes (en 2019)", explique Léa Balage, en charge des mobilisations pour EELV et candidat sur la liste écologiste dans le 18e arrondissement parisien.

- Cinq procédures de contrôle en cours -

"L'outil permettait aux militants de pouvoir recevoir une alerte pour aller faire du porte-à-porte. Ça nous permettait de récupérer les adresses e-mails des gens qui s'intéressaient à la campagne des écologistes", continue-t-elle.

Devant des panneaux d'affichage pour les élections européennes de 2019, le 16 mai 2019 à Paris
Devant des panneaux d'affichage pour les élections européennes de 2019, le 16 mai 2019 à Paris
AFP/Archives

Pour les municipales, la militante utilise désormais Quorum, le dernier arrivé parmi la dizaine de solutions disponibles en France.

"Beaucoup d'outils sont arrivés en voulant copier les Etats-Unis", explique à l'AFP l'un de ses fondateurs Florent Barre. "Mais en France, le maillage des données disponibles est limité aux bureaux de vote pour les résultats et aux Iris (Ilots regroupés pour l'information statistique, NDLR) pour les données Insee". Résultat, "la dynamique de prédiction est moins précise qu'aux Etats-Unis", continue-t-il.

Quorum se veut donc surtout une interface pour "équiper et autonomiser le bénévole" et faire remonter aux équipes de campagne les réponses à des questionnaires proposés aux électeurs rencontrés.

Les logiciels de stratégie électorale utilisés aujourd'hui en France "font moins que ce qu'on peut imaginer", veut rassurer la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) qui surveille néanmoins de près le secteur.

Inscriptions sur les listes électorales à Paris, le 27 décembre 2011
Inscriptions sur les listes électorales à Paris, le 27 décembre 2011
AFP/Archives

Interrogé par l'AFP, son directeur de la protection des droits et des sanctions Mathias Moulin affirme que cinq procédures de contrôle sont en cours dont deux dossiers posent question, notamment sur "les conditions de réutilisation des listes électorales".

Celles-ci ne peuvent être utilisées à des fins commerciales, mais certains éditeurs encouragent leurs clients à les chercher eux-mêmes auprès de leur mairie, puis les aident à les charger dans le logiciel.

Autre protection, les publicités politiques sont interdites en France six mois avant le scrutin et les réseaux sociaux deviennent plus transparents sur les campagnes publicitaires auxquelles sont exposés leurs utilisateurs.

"Or, profiler des individus ne sert à rien si on ne peut pas les contacter", explique M. Moulin. Enfin, le coût de ces logiciels (de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers d'euros mensuels) n'est pas négligeable et "les plafonds de dépenses dans le cadre des campagnes locales ne permettent pas de faire les traitements les plus intrusifs."

Partager cet article

Dans la même thématique

Marine Le Pen Convicted in National Rally Appeal Trial
4min

Politique

Marine Le Pen peut-elle vraiment faire campagne sous bracelet électronique si elle décide d'être candidate ?

Dans l'affaire de détournement de fonds publics des assistants parlementaires européens du FN, la cour d'appel de Paris a pris en compte « la liberté des candidatures » et « la liberté de choix de l'électeur » en condamnant Marine Le Pen à quinze mois ferme d'inéligibilité. Les juges ont aussi condamné la députée RN à un an de prison aménageable sous bracelet électronique. Une peine qui pourrait être suspendue si Marine Le Pen décidait de se lancer dans la course à la présidentielle.

Le

« Matignon, we are dans la mouise », réagit le rapporteur général du budget au Sénat à l’issue du comité d’alerte des finances publiques
6min

Politique

« Matignon, we are dans la mouise », réagit le rapporteur général du budget au Sénat à l’issue du comité d’alerte des finances publiques

Le sénateur (LR) Jean-François Husson ressort mécontent d’une réunion sur les perspectives des finances publiques, à laquelle a participé le gouvernement, des parlementaires, des représentants des collectivités locales ou encore de la Sécurité sociale. « Beaucoup de communication et très peu d’action », déplore le sénateur. Bercy annonce des mesures supplémentaires de freinage de la dépense, à hauteur de 3 milliards d’euros.

Le

LIEVIN : fete champetre du RN – RN party event « La fete champetre » in Lievin
2min

Politique

Marine Le Pen condamnée à 1 an ferme sous bracelet, mais éligible en 2027, elle pourrait être candidate à la présidentielle

Coup de théâtre dans l’affaire de détournement de fonds publics des assistants parlementaires européens du FN, la Cour d’appel n’a pas suivi les réquisitions du parquet et a réduit la peine d’inéligibilité de Marine Le Pen de 5 ans à 45 mois dont 30 mois avec sursis et à une peine de trois ans de prison ferme dont un an sous bracelet électronique. Elle pourrait donc être candidate à l’élection présidentielle.

Le

Paris : Session of questions to the government at the National Assembly
11min

Politique

Marine Le Pen condamnée à 1 an ferme sous bracelet électronique, et à 45 mois d'inéligibilité, dont 30 mois avec sursis : le fil de la journée et les réactions politiques

A l’issue du délibéré, dans l’affaire de détournement de fonds publics des assistants parlementaires européens du FN, la cour d’appel de Paris a revu à la baisse la condamnation de la députée RN. Condamnée à 45 mois d'inéligibilité, dont 30 avec sursis, elle peut en théorie être candidate à la présidentielle de 2027, mais la cour d'appel de Paris l'a aussi condamnée à un an de prison aménageable sous bracelet électronique. Or, Marine Le Pen a d’ores et déjà estimé qu’il ne lui serait « pas possible » de faire campagne dans ces conditions. La décision d’être candidate lui revient.

Le