Municipales: les jeunes maires, une espèce en voie de disparition ?
Les jeunes maires sont de moins en moins nombreux à la tête des communes de France et ont le plus grand mal à se faire une place...

Municipales: les jeunes maires, une espèce en voie de disparition ?

Les jeunes maires sont de moins en moins nombreux à la tête des communes de France et ont le plus grand mal à se faire une place...
Public Sénat

Par Dominique CHABROL

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Publié le

Les jeunes maires sont de moins en moins nombreux à la tête des communes de France et ont le plus grand mal à se faire une place au sein d'une population d'élus vieillissants. Etat des lieux à un mois des municipales.

"Pourquoi t'irais pas ! Tu n'es pas plus incompétente qu'eux": Aurélie Corbineau a décidé de s'engager sur les conseils d'un ami.

Maire de Verdun-sur-Garonne (Tarn-et-Garonne, 5.000 habitants) depuis 2014, elle a connu les galères des élus débutants: 70 heures de travail par semaine, des menaces de mort et une situation financière qui se dégrade avec la faiblesse des indemnités d'élus.

A 37 ans, elle ne se représentera pas en mars prochain: "Je m'arrête parce que je n'en peux plus. Mais c'est une expérience très riche que je conseille à énormément de personnes".

Depuis le début des années 1980, le pourcentage des maires de moins de 40 ans a fondu de 12,16% en 1983 à 3,8% en 2014, selon les chiffres de l'Association des maires de France (AMF). Dans le même temps, la proportion de ceux de 60 ans et plus a bondi de 30,4% à 49,7%. Un sur deux. Et plus de 40% de l'ensemble des maires sont retraités.

- Dégringolade -

A l'origine de cette dégringolade, les jeunes qui constituaient un vivier d'élus, notamment chez les enseignants, boudent désormais la politique locale.

Qu'est-ce qui dans ces conditions pousse certains à s'engager ?

"L'univers familial joue un rôle essentiel dans l'accès au mandat", note Laurent Lardeux, chercheur à l'INJEP (Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire), co-auteur d'une enquête sur la question. 34% des maires de 18-35 ans élus en 2014 avaient un père ou une mère élus municipaux et 74% étaient membres d'une association.

Autre facteur déterminant, l'appartenance à un parti, où l'on peut être repéré et intégrer des réseaux politiques.

Mais si 51% des jeunes élus municipaux étaient membres d'un parti en 2014 dans les communes de plus de 10.000 habitants, ils n'étaient guère que 4% dans celles de moins de 500 habitants.

"La faiblesse des jeunes en politique est aussi le reflet du vieillissement considérable des adhérents aux partis politiques", relève le politologue Rémi Lefebvre (CERAPS-CNRS).

Le niveau d'étude distingue également les candidats en ville, souvent diplômés, et ceux des zones rurales où la difficulté de trouver des candidats les pousse parfois à s'engager.

- "Vendre un peu la fonction" -

Une fois élus, les plus jeunes prennent de plein fouet la rapidité de l'entrée en fonction, une semaine maximum après le second tour de scrutin. Et la première épreuve est le vote du budget.

"Les maires ne sont ni épaulés, ni formés, par les services de l'Etat", déplore Pierre-Emmanuel Bégny, élu maire de Saâcy-sur-Marne (Seine-et-Marne, 1.500 habitants) à l'âge de 30 ans, qui ne se représentera pas non plus.

Moins désabusés que leurs aînés, les jeunes élus de 2014 ne sont toutefois que 21% à vouloir abandonner tout mandat électif, contre environ 30% pour l'ensemble des maires de France.

La sauvegarde de la vie familiale est la première motivation de retrait à un âge où certains ne sont pas encore établis dans leur vie personnelle ou ont des enfants en bas âge. Le besoin de s'engager plus fortement dans leur carrière professionnelle ou de se protéger de la violence d'un mandat est également déterminant.

Au-delà des jeunes, c'est la part des actifs parmi les élus qui dévisse: les maires âgés de 40 à 59 ans représentaient 57,4% de l'ensemble en 1983, mais plus que 46,5% en 2014.

Parmi les solutions, l'étude de l'INJEP ("Y a-t-il un âge en politique ?") préconise notamment l'allongement du délai entre l'élection et la prise de fonction de maire, avec "une formation initiale intensive". L'augmentation de l'indemnité des élus des petites communes est une autre piste pour permettre aux plus jeunes de s'en sortir.

"Si on veut susciter des volontés, il va falloir qu'on aille vendre un peu la fonction, sinon il n'y aura pas beaucoup de vocations", avance Pierre-Emmanuel Bégny.

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