Parmi les députés « marcheurs », des ferments de division
Hausse de CSG, accueil des réfugiés: des députés "marcheurs" tentent de faire prévaloir leurs points de vue. Et même s'ils récusent toute ...

Parmi les députés « marcheurs », des ferments de division

Hausse de CSG, accueil des réfugiés: des députés "marcheurs" tentent de faire prévaloir leurs points de vue. Et même s'ils récusent toute ...
Public Sénat

Par Anne Pascale REBOUL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Hausse de CSG, accueil des réfugiés: des députés "marcheurs" tentent de faire prévaloir leurs points de vue. Et même s'ils récusent toute "fronde", leur démarche provoque des tensions inédites au sein de la majorité.

"A la République en marche, on ne marche pas au sifflet, ni au fouet", a lancé le président du groupe LREM Gilles Le Gendre, jeudi soir dans l'hémicycle.

Un ton inhabituel pour cet élu plutôt placide et alors que les quelque 300 "marcheurs", pour une bonne part issus de la société civile, ont souvent été qualifiés de "godillots".

Une quarantaine au total, de l'aile gauche, ont signé deux amendements au projet de budget 2019 de la Sécu pour une modulation des taux de CSG des retraités en fonction des revenus, ou pour un taux réduit pour les plus modestes, en soutien à leur pouvoir d'achat.

"Une erreur politique" et même "une forme de trahison" du programme présidentiel, a fermement condamné le nouveau patron du groupe majoritaire avec une rare virulence.

Le député Frédéric Barbier, le 10 février 2015 à l'Assemblée Nationale
Le député Frédéric Barbier, le 10 février 2015 à l'Assemblée Nationale
AFP/Archives

"Nous sommes en pleine cohérence avec le programme du président de la République", avec "un peu plus de justice sociale", s'est défendu Jean-François Cesarini (ex-PS). "Il faut savoir faire ce geste" pour les plus modestes qui est "véritablement attendu sur le terrain", d'après Frédéric Barbier (ex-PS).

Sans surprise, leurs propositions ont été rejetées, mais dans un climat houleux où l'opposition a critiqué le "mandat impératif" des "marcheurs" qui les "dispense de toute espèce de discernement et d'écoute des Français".

Le gouvernement voulait éviter que soit rouverte la boîte de Pandore autour de la hausse du taux de CSG, validée dès l'année dernière, en contrepartie d'une baisse des cotisations salariales afin de "récompenser le travail".

- "Conciliation" -

La semaine dernière, dans le cadre du projet de budget de l'Etat, c'est Aurélien Taché, appuyé par une soixantaine de députés du groupe LREM, qui avait fait adopter, contre l'avis du gouvernement, un crédit d'impôt pour les particuliers hébergeant des réfugiés.

Le député LREM Aurélien Taché en septembre 2018 à Tours
Le député LREM Aurélien Taché en septembre 2018 à Tours
AFP/Archives

Le Premier ministre est venu resserrer les boulons, mardi lors de la réunion hebdomadaire des députés LREM où il a insisté sur le "collectif", au moment où le mouvement La République en Marche cherche un successeur à Christophe Castaner.

La numéro deux du groupe, Amélie de Montchalin, a grincé contre "des petits tours de piste" médiatisés de certains qui n'apportent pas "des solutions".

Les règles internes, en train d'être révisées pour permettre davantage de "débat politique", pourraient donc être durcies ou a minima prévoir des "espaces de conciliation", indique pour sa part une source parlementaire LREM.

"Notre diversité est notre force. Elle crée non pas des courants mais des nuages qui ont parfois du mal à s’agréger", reconnaît un responsable, au sein du groupe.

La députée des Hauts-de-Seine Frédérique Dumas sur les bancs de l'Assemblée nationale. Photo prise le 28 novembre 2017.
La députée des Hauts-de-Seine Frédérique Dumas sur les bancs de l'Assemblée nationale. Photo prise le 28 novembre 2017.
AFP

Seuls quatre élus mécontents ont quitté le groupe à ce jour: Jean-Michel Clément en avril, Frédérique Dumas en septembre, Paul Molac et François-Michel Lambert la semaine dernière.

Un membre du gouvernement relativise les derniers épisodes: "La pugnacité" d'une frange s'est vue "depuis le début" et notamment sur les projets de loi asile-immigration ou agriculture.

Reste que les textes budgétaires, porteurs des grandes orientations économiques et sociales, sont des moments clés. C'est sur ces choix que s'était cristallisée la fronde au sein des socialistes sous le précédent quinquennat.

Les trublions de LREM ne sont pas des "frondeurs" comme ces anciens députés PS car, actuellement, "en aucun cas il y a volonté de faire chuter ou échouer le gouvernement", assure Gilles Le Gendre.

M. Cesarini évoque une "loyauté constructive", M. Taché "des parlementaires exigeants", aguerris par un an et demi de pratique. Ils n'hésitent plus à étaler leurs divergences au grand jour, via notamment des échanges musclés sur Twitter.

Désormais, ces députés osent davantage et veulent peser face à l'exécutif. Cela promet pour des débats à venir tel celui sur la révision des lois de bioéthique, où leurs convictions ne manqueront pas de s'exprimer.

Partager cet article

Dans la même thématique

Green party leaders attend Stephane Baly campaign rally in Lille
7min

Politique

Municipales 2026 : l’heure est à « l’introspection » chez les écologistes au lendemain de la perte de plusieurs grandes villes  

Bordeaux, Strasbourg, Poitiers, Annecy… les écologistes ont subi de nombreuses pertes aux élections municipales après leur percée de 2020. Le signe d’un parti qui peine, à l’inverse d’il y a six ans, à apparaitre comme une force motrice à gauche, à l’heure où les propositions écologiques locales sont reprises par ses adversaires, y compris à droite.

Le

Gregory Doucet,Municipal and metropolitan elections in Lyon Vote
6min

Politique

Municipales à Lyon : victoire à la Pyrrhus pour les écologistes, qui perdent la Métropole

La victoire de Grégory Doucet à Lyon a médiatiquement éclipsé la défaite des écologistes à la Métropole, alors que celle-ci dispose d’un budget et de compétences bien plus importantes. La droite conduite par Véronique Sarselli dispose d’une majorité confortable, si la coalition formée autour de Jean-Michel Aulas se maintient telle quelle.

Le

« Un parti déjà solide et bien implanté » : malgré la perte de Nice, Horizons consolide son assise dans les villes et met le cap vers 2027
7min

Politique

« Un parti déjà solide et bien implanté » : malgré la perte de Nice, Horizons consolide son assise dans les villes et met le cap vers 2027

Le parti fondé par l’ancien Premier ministre Édouard Philippe à l’automne 2021 a remporté 17 villes de plus de 30 000 habitants aux élections municipales. Sa présence dans la France très urbaine est globalement stable, bien que marquée par la perte brutale de Nice, cinquième ville de France. Grâce à son maillage de petites villes, Horizons revendique une progression territoriale.

Le

Paris : Rachida Dati after the results of the first round of France s  2026 municipal elections of Paris
11min

Politique

« On a fait tout ce qu’il fallait faire pour perdre » : Rachida Dati, anatomie d’une cuisante défaite à Paris

ANALYSE – Rachida Dati a perdu son pari électoral dans la capitale, même si elle reste maire du 7e arrondissement. Entre les effets de bord de la loi PLM, qu'elle a elle-même soutenue, et les tensions locales avec Horizons et Renaissance malgré un passage au gouvernement, retour sur une campagne où la cheffe de file de la droite parisienne, réputée pour son franc-parler et sa détermination, semble avoir fini par se couper d’une partie de son électorat.

Le