Présidentielle: quand les artistes désertent la campagne
Les artistes, des déçus de la politique comme les autres ? A moins d'un mois de la présidentielle, peu d'acteurs, de chanteurs ou d'écrivains se...

Présidentielle: quand les artistes désertent la campagne

Les artistes, des déçus de la politique comme les autres ? A moins d'un mois de la présidentielle, peu d'acteurs, de chanteurs ou d'écrivains se...
Public Sénat

Par Nicolas PRATVIEL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Les artistes, des déçus de la politique comme les autres ? A moins d'un mois de la présidentielle, peu d'acteurs, de chanteurs ou d'écrivains se sont prononcés en faveur d'un des onze candidats en lice, signe d'une réelle désaffection par rapport aux précédentes campagnes.

"Il y a clairement un désengagement. De moins en moins d'artistes souhaitent s'afficher en soutien des politiques", constate Arnaud Mercier, professeur en communication politique à l'université Paris 2 Panthéon-Assas.

"Ils sont aussi des citoyens. Eux aussi expriment leur désamour de la classe politique, ils sont déçus sur le mode +ils ne tiennent pas leurs promesses+... Pourquoi s'engager pour des gens en qui on ne croit pas ?", ajoute-t-il.

Le dramaturge Olivier Py, directeur du festival d'Avignon, confirme: "Je crois qu'on n'a pas envie d'être récupéré, on veut rester libre, il y a toujours un danger d'être instrumentalisé".

En écho, le rappeur Akhenathon, leader d'IAM, cite les rimes d'une chanson encore inédite: "On nous supplie de nous rassembler/Mais où sont ceux qui nous ressemblent à l'assemblée?/Devant tant de vaines défiances/Nos affaires se referment en silence".

Pour Jamil Dakhlia, professeur en sciences de l’information à l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle, "les artistes sont aussi dans l'incertitude", d'autant que soutenir publiquement un candidat est "quelque chose de très engageant, de déterminant même pour leur carrière".

Certains payent encore leurs choix, comme le chanteur Faudel qui avait soutenu Nicolas Sarkozy en 2007 et subi les foudres d'une partie de son public.

- Contre-productif -

Autre facteur: ces appuis peuvent même être sans effet pour un candidat voire même contre-productifs, comme l'a montré la récente élection américaine où Hillary Clinton pouvait compter sur le soutien de Springsteen, Beyoncé ou Clooney.

"Plus Clinton mobilisait Hollywood ou les rappeurs, plus ça a renforcé la position de Donald Trump qui clamait défendre le peuple contre ces gens-là", explique Arnaud Mercier, ajoutant que "Nicolas Sarkozy avait eu ce type de discours en 2007 avec deux mots cibles: +Mai-68+ et +bobo+",

Alors que Ségolène Royal avait l'appui de Jeanne Moreau, Michel Piccoli, Cali ou Benabar, lui exhibait des stars populaires, Johnny Hallyday, Michel Sardou, Jean-Marie Bigard, Enrico Macias.

Ségolène Royal (c) entourée des chanteurs Yannick Noah (g) et Renaud, le 1er mai 2007 lors d'un meeting à Paris
Ségolène Royal (c) entourée des chanteurs Yannick Noah (g) et Renaud, le 1er mai 2007 lors d'un meeting à Paris
AFP/Archives

Les candidats "donneraient l'impression d'être dans un cadre jet-set du plus mauvais effet dans le contexte actuel", appuie Jamil Dakhlia. "On n'est plus à l'époque mitterrandienne, où Jack Lang était le ministre des artistes, lesquels tiraient profit d'un vrai mécénat culturel."

Les artistes, traditionnellement plus marqués à gauche, peuvent encore se mobiliser, comme en novembre quand plusieurs ont dit "stop au Hollande-bashing !" dans une tribune. Catherine Deneuve, Juliette Binoche ou Benjamin Biolay y défendaient le président, espérant encore qu'il briguerait sa propre succession.

"Ce dont témoignait cette tribune, c'est aussi une forme de désespoir. C'est donc moins pour défendre Hollande, que ce qui reste de la gauche", estime Jamil Dakhlia.

- Mélenchon le plus soutenu -

Dans ce silence global des artistes, une se distingue: Christine Angot, qui avait exhorté il y a un mois le président à se représenter pour ne pas laisser la France aller "dans le mur". Invitée jeudi soir à débattre avec François Fillon sur France 2, la romancière s'est de nouveau illustrée en accusant le candidat LR de faire un "chantage au suicide" en évoquant Pierre Bérégovoy.

Pour espérer que les candidats s'intéressent à la culture, "il faut peser, y aller, faire du lobbying", conseille Arnaud Mercier, alors que des artistes ont récemment déploré dans une tribune "le silence pesant sur la culture" dans la campagne.

Ils sont encore quelques uns, malgré tout, à soutenir des candidats ou se montrer en meeting à leurs côtés. C'est le cas de Juliette Binoche et Valérie Donzelli pour Benoît Hamon ou d'Erik Orsenna ou François Berléand pour Emmanuel Macron.

Mais celui qui semble rassembler le plus de soutiens est Jean-Luc Mélenchon, avec entre autres Jacques Weber, Philippe Caubère, Bernard Lavilliers, Edouard Baer, l'écrivain Laurent Binet.

Contrairement à Marine Le Pen, avec le comédien Franck de La Personne, François Fillon ne s'affiche avec aucun artiste. Après avoir évoqué l'an passé l'idée de voter pour lui, Renaud, lui aussi grand déçu de la politique, s'est sèchement rétracté en février en lançant lors d'un concert: "François et sa Penelope, dehors !".

Partager cet article

Dans la même thématique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés
7min

Politique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés

Le candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle remet dans le débat sa proposition d’effacement des 20 % de la dette publique logée dans la Banque de France. Une solution en apparence miracle, qui en réalité rencontrerait plusieurs difficultés. Risques inflationnistes, mise au ban de l’Europe, perte de confiance : des obstacles comme des dangers barrent la route.

Le

SIPA_01234434_000029
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Philippe et Attal font de l’école un nouveau terrain de bataille, au risque d’éreinter le bilan Macron

À quelques jours de la rentrée scolaire, Édouard Philippe et Gabriel Attal font de l’éducation l’un des premiers terrains de la présidentielle de 2027. Les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron partagent un constat : niveau scolaire insuffisant, recrutement difficile, rémunération trop faible des enseignants, problèmes d’autorité, mais divergent sur les réponses à apporter. Une bataille programmatique qui les oblige aussi à se confronter à leur propre bilan au sein de la majorité depuis la présidentielle de 2017.

Le

Montreuil: Les rencontres de Montreuil pour rassembler la gauche
4min

Politique

Primaire PS/Place publique : comment va-t-elle se passer ?

Le bloc social-démocrate s’organise pour trouver son candidat à la présidentielle. Le Parti socialiste et Place publique organisent une primaire destinée à leurs adhérents et sympathisants. Ses modalités ont été longuement débattues : la question du prix de la participation ainsi que l’engagement à ne pas s’allier avec LFI aux législatives ont agité les négociateurs. L’accord trouvé doit être validé par les organes décisionnels des deux partis ce mardi soir.

Le

Capture d’écran du documentaire « Montand est à nous » d’Yves Jeuland
5min

Politique

Les « docus de l’été » : Du communisme à l’Aveu de Costa-Gavras, la vie d’Yves Montand racontée par Yves Jeuland

Fasciné depuis son enfance par la vie d’Yves Montand, dans son film Montand est à nous, Yves Jeuland nous propose un voyage dans la vie de la star française. Une forme d’inventaire affectif du réalisateur pour celui qui fut tour à tour un chanteur et un comédien engagé aux côtés du parti communiste avant d’en dénoncer les errements, dans l’un de ses rôles les plus célèbres, dans le film de Costa Gavras l’Aveu. "Montand est à nous", un documentaire d’Yves Jeuland à voir cet été sur Public Sénat.

Le