Priscillia Ludosky, la force tranquille des « gilets jaunes »
Discrète, imperturbable et tenace : dans un mouvement des "gilets jaunes" qui suscite débats houleux et débordements, le flegme...

Priscillia Ludosky, la force tranquille des « gilets jaunes »

Discrète, imperturbable et tenace : dans un mouvement des "gilets jaunes" qui suscite débats houleux et débordements, le flegme...
Public Sénat

Par Simon VALMARY

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Discrète, imperturbable et tenace : dans un mouvement des "gilets jaunes" qui suscite débats houleux et débordements, le flegme de Priscillia Ludosky, une des initiatrices de la mobilisation, détonne et constitue pour beaucoup de sympathisants un gage de crédibilité.

Pour la première fois en deux mois, cette auto-entrepreneuse de 33 ans de Savigny-le-Temple (Seine-et-Marne) a laissé paraître son exaspération lundi en annonçant qu'elle prenait ses distances avec Eric Drouet, avec qui elle avait lancé le mouvement.

"Depuis des semaines, nous subissons son comportement, nous recevons ses menaces et aujourd'hui je suis personnellement attaquée et ça je ne l'accepte pas.(...) Je suis enfin libre de pouvoir dire que je ne travaille plus avec Eric Drouet depuis des semaines en raison de son comportement et je compte quand tout sera terminé expliquer tout ce qu'il a pu faire pour nuire au mouvement", a-t-elle écrit sur Facebook.

Avec ce chauffeur routier originaire du même département qui appelait à bloquer la France le 17 novembre, elle a oeuvré au succès de cet acte fondateur, puis à entretenir la contestation. Ces deux "historiques" se sont posés en garants de l'indépendance du mouvement, écartant des figures émergentes comme Jacline Mouraud et Benjamin Cauchy, accusés d'ambitions personnelles ou politiques.

L'ancienne salariée dans la banque reconvertie dans la vente par correspondance de produits cosmétiques bio affirme être un simple "porte-parole", tirant sa légitimité des 1,19 million de signataires de sa pétition.

Elle a exprimé la colère des "gilets jaunes" bien avant qu'ils se baptisent ainsi, bien avant que la contestation secoue l'ensemble du territoire jusqu'à la Martinique, île d'origine de ses parents.

Dès mai, elle a lancé une pétition "pour une baisse du prix des carburants à la pompe", dont le nombre de signature a explosé à l'automne pour devenir un des textes les plus populaires du site change.org.

"Ce sujet (des carburants) pose des questions sur d'autres par ricochet. C'est un mode opératoire qui est dangereux. Si à chaque fois, on s'acharne sur le citoyen lambda pour régler les problèmes de trésorerie (de l'Etat) ...", expliquait-elle à l'AFP avant la première journée de mobilisation.

- "Elle paye pas de mine" -

Depuis le 17 novembre, Priscillia Ludosky tient le cap des revendications. "Lorsqu'on lance un mouvement et qu'on reçoit autant de propositions, on ne peut pas les laisser sans réponse. On transmet ces messages mais on n'est pas leaders", expliquait-elle le 27 novembre, après un rendez-vous avec Eric Drouet au ministère de la Transition écologique.

En décembre, elle a taclé Emmanuel Macron, qui lui avait écrit sur le site de sa pétition. "Sept mois après avoir lancé cette pétition, je reçois votre réponse. Il est bien dommage qu'après tant de temps, elle soit si peu constructive", commentait-elle dans sa réponse.

"Elle paye pas de mine avec ses tresses mais elle peut rembarrer des ministres ou le président. Elle connaît son sujet, elle sait argumenter", estime un "gilet jaune" de région parisienne qui veut rester anonyme.

"C'est de loin celle qui tient le mieux la route. Elle est calme, posée, elle fait attention à sa communication. Elle a parfaitement compris la machine", estime Sylvain, "gilet jaune" de l'Indre.

Une de ses interventions a toutefois fait débat quand, au lendemain de "l'acte 2" marqué par les premières barricades sur les Champs-Elysées, elle avait affirmé que les forces de l'ordre avaient laissé faire. "J'ai posé la question au responsable des CRS, il m'a fait comprendre que les décisions venaient d'en haut", déclarait-elle.

Elle a ensuite choisi de disparaître des médias, s'évitant des polémiques comme Eric Drouet, qui avait déclaré vouloir "rentrer dans l'Elysée", et Maxime Nicolle, qui avait mis en doute le caractère terroriste de l'attentat de Strasbourg.

Partisane d'une contestation ancrée sur l'ensemble du territoire, elle a arpenté la France, du péage frontalier du Boulou (22 décembre) à Bourges (12 janvier) en passant par Marseille (29 décembre). Non sans susciter des divergences stratégiques avec Eric Drouet, favorable à concentrer les actions à Paris.

Le divorce est désormais acté. "Il faut avancer sur le fond", affirme celle qui, dans un sondage pour Paris-Match en décembre, était désignée comme femme de l'année, à égalité avec Angela Merkel.

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