Quarante ans après la mort de Robert Boulin, la famille toujours en quête de « vérité »
"Il n'y a plus de temps à perdre": quarante ans après la mort de Robert Boulin, la justice enquête toujours sur le décès du...

Quarante ans après la mort de Robert Boulin, la famille toujours en quête de « vérité »

"Il n'y a plus de temps à perdre": quarante ans après la mort de Robert Boulin, la justice enquête toujours sur le décès du...
Public Sénat

Par Anne LEC'HVIEN

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"Il n'y a plus de temps à perdre": quarante ans après la mort de Robert Boulin, la justice enquête toujours sur le décès du ministre. Des investigations que sa famille, qui ne croit pas à un suicide mais à un assassinat, juge trop lentes.

Dans la forêt de Rambouillet, au bord de l'étang Rompu, un petit groupe observe un homme en costume-cravate entrer lentement dans l'eau froide, guidé par les instructions d'un témoin.

Ce lundi matin, la fille du ministre et son avocate ont décidé d'organiser, quatre décennie après les faits, une "reconstitution citoyenne", là même où a été retrouvé, le 30 octobre 1979, le corps du ministre du Travail.

"Si on attend octobre 2020, il n’y aura peut–être plus personne pour expliquer ce qu’il a vu ce jour là", explique Me Marie Dosé, l'avocate de Fabienne Boulin.

"On ne peut plus insulter notre chance. Ce sont les dernières années, les gens vont disparaître les uns après les autres", dit-elle. "Il y a plus de temps à perdre".

En 1979, la mort du ministre gaulliste de 59 ans au sein du gouvernement de Raymond Barre avait été classée comme un suicide par noyade, après ingestion de barbituriques. Cette année-là, il avait en effet été mis en cause à travers des articles de presse dans une affaire immobilière à Ramatuelle (Var).

Doutant de cette version, sa famille a porté plainte en 1983: l'enquête, ouverte pour meurtre, s'est soldée par un non-lieu en 1991. Convaincue que le ministre a été assassiné parce qu'il détenait des informations sur un financement occulte de sa famille politique, sa fille a demandé, en 2002 et 2010, la réouverture du dossier, sans succès.

En 2015, une nouvelle plainte a cependant abouti à l'ouverture d'une nouvelle information judiciaire contre X, pour "enlèvement" et "assassinat".

Depuis, plusieurs personnes, qui n'avaient jamais été entendues par la justice, ont témoigné à Versailles.

C'est le cas d'un médecin urgentiste arrivé parmi les premiers sur les lieux, qui a participé à la reconstitution lundi et qui estime que la position du corps ne correspondait pas à celle d'une personne noyée. Un médecin légiste, qui avait participé à la deuxième autopsie en 1983 et qualifie la première autopsie de "bâclée", a aussi été entendu.

- "Juste la vérité" -

En janvier, une deuxième juge a été co-saisie du dossier afin d’accélérer les investigations et, en septembre, une expertise médico-légale visant à déterminer les causes de la mort a été confiée à quatre experts, selon une source proche du dossier, confirmée par le parquet de Versailles.

Un expert automobile a aussi été chargé de vérifier la crédibilité des déclarations d'un témoin, qui affirme avoir vu le ministre dans une Peugeot à Monfort-l'Amaury, la veille de sa mort, accompagné de deux personnes. Les conclusions doivent être rendues au plus tard le 1er mars 2020.

La partie civile, qui avait demandé ces actes, s'en félicite mais regrette que les choses n'aillent "pas assez vite".

"Tout ça est extrêmement lent", estime Me Dosé, qui souhaite l'audition d'une "quinzaine" d'autres témoins.

"Les gens meurent, perdent la mémoire, donc il faut absolument faire cela rapidement", abonde Fabienne Boulin, qui cite l'exemple de Philippe Mestre, directeur de cabinet du Premier ministre Raymond Barre, décédé en 2017 sans avoir été entendu.

Après "40 ans" de "catastrophe judiciaire", "que la justice se donne les moyens d'avancer vite, bien et sereinement !" lance-t-elle. "Je demande juste la vérité, cela me semble légitime".

Le 15 octobre, le conseil municipal de Libourne, dont Robert Boulin fut maire de 1959 à 1979, a voté à l'unanimité une subvention de 3.000 euros pour financer la reconstitution.

"Le 30 octobre 1979, les Français perdaient un ministre, et les Libournais perdaient leur maire. Depuis 40 ans, ils sont au côté de la famille dans leur quête de vérité", a déclaré à l'AFP le maire PS Philippe Buisson.

Mercredi, pour la 4e fois, la municipalité organisera un hommage à l'hôtel de ville ouvert aux habitants. Une gerbe sera déposée au pied du buste de Robert Boulin.

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