Les sénatoriales du dimanche 27 septembre ne sont pas encore passées, que déjà un autre enjeu, avec là aussi ses votes, se prépare au Sénat. Celui des postes à responsabilité. Comme après chaque renouvellement par moitié de la Haute assemblée, les instances dirigeantes du Sénat sont aussi remises en jeu. On parle ici des présidences de commissions, de délégations, ainsi que du bureau du Sénat, composé des vice-présidents, questeurs et secrétaires du Sénat, où les groupes sont représentés selon leur poids.
Pour la présidence du Sénat, pas de faux suspens : Gérard Larcher devrait retrouver le Plateau comme en 2008, 2014, 2017, 2020 et 2023. En 2011, le socialiste Jean-Pierre Bel l’avait emporté. Le sénateur LR des Yvelines vient d’ailleurs d’officialiser sa candidature à sa propre succession.
Pour la présidence de la commission des finances, commission importante car c’est elle qui examine le budget chaque année, elle revient au premier groupe d’opposition, soit le groupe PS. Pour succéder à Claude Raynal, c’est le sénateur PS de la Sarthe, Thierry Cozic, qui est sur les rangs. Il est renouvelable. Jusqu’ici, il est le seul candidat. Thierry Cozic était déjà le chef de file des sénateurs socialistes sur le budget.
Christine Lavarde contre Stéphane Sautarel, deux profils différents pour le poste de rapporteur du budget
Pour le poste essentiel de rapporteur général de la commission des finances, il faudra succéder au sénateur LR Jean-François Husson. Le sénateur de la Meurthe-et-Moselle a fait deux fois trois ans, soit le maximum prévu dans le règlement interne du groupe LR. Il doit donc passer la main, et c’est la sénatrice LR des Hauts-de-Seine, Christine Lavarde, qui est officiellement candidate. Elle pourrait se retrouver face au sénateur LR du Cantal, Stéphane Sautarel, qui ne cache pas son intérêt pour le poste. Il doit d’abord être réélu dans son département.
Dans son document de présentation, Christine Lavarde, explique vouloir faire du budget « un document que chacun d’entre nous puisse comprendre », soulignant que le Sénat « a une responsabilité singulière dans la défense des collectivités ».
« Si les sénateurs sont très sensibles au CV, ils le sont aussi aux qualités politiques et humaines des candidats »
Ce sont deux profils différents, comme le décrypte un sénateur LR : « Christine Lavarde, sa compétence est unanimement reconnue. Stéphane aussi. Mais ils sont sur deux positionnements différents. Stephane Sautarel est un rural et ça compte », quand la sénatrice vient de l’Ile-de-France, pas forcément un atout au Sénat. « Stéphane Sautarel est un très bon connaisseur des finances publiques locales, mais certains lui reprochent, de façon injuste, le dispositif fiscal du dilico, qui a abouti à faire payer certains départements ou communes qui avaient bien géré. Mais les gens oublient que le dilico a permis d’éviter une ponction sur les collectivités beaucoup plus forte. Au lieu de 5 ou 6 milliards d’euros, on n’a eu que 2 milliards », relève un sénateur LR.
« Christine Lavarde a aussi un côté techno, mais elle s’est un peu arrondie », remarque un membre du groupe LR, qui ajoute que « c’est une jeune femme, ça compte quand même. On a besoin de renouvellement et de féminisation ».
En tant que whip, c’est-à-dire coordinatrice du groupe LR sur le budget, la sénatrice des Hauts-de-Seine paraît être la successeure naturelle de Jean-François Husson, avec qui elle a travaillé étroitement. « Elle a très bien fait le job », salue un collègue. Mais attention à l’image du favori. « En 2020, il y avait quatre candidats, dont déjà Christine Lavarde. Philippe Dallier faisait figure de favori. Mais c’était Jean-François Husson qui l’avait emporté », rappelle un sénateur LR, qui ajoute que « si les sénateurs sont très sensibles au CV, ils le sont aussi aux qualités politiques et humaines des candidats ». S’il y a bien deux candidats, les sénateurs LR les départageront lors d’un vote interne au groupe, le lundi 5 octobre, à 16 heures.
Autre poste important : celui de rapporteur général de la commission des affaires sociales, autrement dit rapporteur du budget de la Sécu. Dans la répartition des postes au sein de la majorité sénatoriale, entre LR et groupe Union centriste, la fonction revient à un centriste. Après cinq ans au poste, Elisabeth Doineau va passer la main. C’est le sénateur UDI du Nord, Olivier Henno, qui est candidat pour lui succéder. Il était déjà rapporteur de la branche famille. Pour la présidence de la commission des affaires sociales en revanche, pas de changement : le sénateur LR Philippe Mouiller, en place depuis 3 ans, sera reconduit.
Pas de changement aux lois, ni aux affaires étrangères
Pour la commission des lois, même chose. La sénatrice LR du Morbihan, Muriel Jourda, une fidèle de Bruno Retailleau, pourra à nouveau être reconduite pour trois ans supplémentaires, ainsi que le sénateur LR du Territoire de Belfort, Cédric Perrin, à la présidence de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées.
Pour la commission des affaires économiques, ce sera à nouveau la sénatrice LR Dominique Estrosi Sassone, en poste depuis 2023, qui sera reconduite, à condition d’être réélue dans les Alpes-Maritimes. Or le scrutin s’annonce, de tous les avis, difficile pour la sénatrice sortante, qui fait face à la poussée de l’extrême droite dans son département.
Une nouvelle présidence est attendue pour la commission de la culture, de l’éducation, de la communication et du sport, qui revient aussi aux centristes. Laurent Lafon, qui a fait six ans, va passer la main. Pour lui succéder, deux centristes sont sur les rangs : Sonia de la Provôté (Calvados) et Pierre-Antoine Levi (Tarn-et-Garonne).
Nouveau visage aussi à la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable, qui est aussi dans l’escarcelle des centristes. Le sénateur du Doubs, Jean-François Longeot, devrait transmettre le flambeau au sénateur de Seine-Maritime, Pascal Martin, qui doit au préalable être reconduit en Seine-Maritime.
« Suspens » pour la commission des affaires européennes
Pour la commission des affaires européennes, Jean-François Rapin est contraint de passer les commandes, étant en place depuis six ans. On cite plusieurs noms, chez les LR, pour lui succéder, dont le sénateur des Français établis hors de France, Ronan le Gleut. Né à Berlin, il est « polyglotte et bon connaisseur de la Mitteleuropa », selon un de ses collègues. Il entend « faire descendre suffisamment tôt l’information européenne vers le Sénat », selon sa lettre de candidature. Sont aussi candidates, la sénatrice de l’Aisne Pascale Gruny, qui a déjà été députée européenne, et la sénatrice des Yvelines, Marta de Cidrac. Un quatrième nom pourrait sortir du chapeau, avec le sénateur des Côtes-d’Armor, Alain Cadec, qui a été député européen. « C’est un beau plateau, il y a du suspens », selon un sénateur LR.
Encore un centriste pour la délégation aux collectivités territoriales et à la décentralisation, qui ne devrait pas changer de tête, avec le sénateur Bernard Delcros. Il est pour l’heure en campagne pour sa réélection dans le Cantal. A la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, la centriste Dominique Vérien, qui est en poste depuis 2023, peut prolonger. A la présidence de la délégation aux entreprises, le sénateur LR Olivier Rietmann est attendu pour continuer.
Trois noms en concurrence pour la première vice-présidence LR
Pour les principaux postes du bureau, chez les LR, on compte trois candidats au poste de premier vice-président du Sénat, pour succéder à Didier Mandelli : le sénateur de l’Oise, Olivier Paccaud, le sénateur du Maine-et-Loire, Stéphane Piednoir, qui était jusqu’ici président de l’Opecst (Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques), et le sénateur des Hauts-de-Seine, Roger Karoutchi, ancien ministre des Relations avec le Parlement. Là aussi il y aura un vote interne. Selon un sénateur du groupe LR, « Bruno Retailleau ne soutient personne, tout comme Mathieu Darnaud et Gérard Larcher ». Reste à voir si les sénateurs LR préféreront l’expérience d’un Roger Karoutchi, qui a déjà été premier vice-président de 2020 à 2023, ou s’ils voudront « faire tourner » le poste, comme dit un sénateur.
Pour le poste de vice-présidente femme des LR, c’est le nom de Laurence Garnier, sénatrice de Loire-Atlantique, et proche de Bruno Retailleau, qui revient, pour succéder à Anne Chain-Larché. Elle a d’ailleurs été désignée comme l’une des porte-parole du candidat LR à la présidentielle.
Du côté des vice-présidences centristes, le sénateur de la Haute-Savoie, Loic Hervé, compte continuer. Ce devrait aussi être le cas de sa collègue du Jura, Sylvie Vermeillet.
Au poste de questeur, le groupe LR autorise d’exercer la fonction deux fois trois ans. Le sénateur de l’Aisne, Antoine Lefèvre, pourra ainsi à nouveau occuper le poste. Le questeur centriste Olivier Cigolotti pourrait aussi continuer. Du côté du poste de questeur socialiste, il faudra voir si Marie-Arlette Carlotti prolonge. Le règlement intérieur a été modifié en avril dernier, permettant maintenant d’occuper le poste pendant six ans. Le vice-président PS est, comme chez les LR, limité à trois ans en revanche. La sénatrice PS d’Ille-et-Vilaine, Sylvie Robert, devra donc passer la main.