Réforme des retraites : la contestation vue de l’étranger
L’ampleur de la contestation contre la réforme des retraites interroge la presse étrangère. Entre amusements sur le folklore des manifestations, clichés, critiques de fonds et incompréhension, les médias internationaux s’intéressent particulièrement à la mobilisation française.

Réforme des retraites : la contestation vue de l’étranger

L’ampleur de la contestation contre la réforme des retraites interroge la presse étrangère. Entre amusements sur le folklore des manifestations, clichés, critiques de fonds et incompréhension, les médias internationaux s’intéressent particulièrement à la mobilisation française.
Henri Clavier

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Alors qu’Elisabeth Borne a déclaré que l’âge légal de départ n’est « plus négociable », l’intersyndicale a appelé à la reconduction de la grève le 7 février et des manifestations le 11 février. Le mouvement s’intensifie et pousse l’exécutif dans ses retranchements. Une actualité suivie de près par la presse étrangère et ses correspondants.

La presse internationale déplore une France « paralysée par les syndicats »

Les réactions les plus véhémentes sont venues du Royaume-Uni avec notamment le site de droite Reaction qui dénonce une France « paralysée par les syndicats en train de se battre avec Macron. » La contestation sociale apparaît comme un comportement irresponsable, de privilégiés pour le journal britannique. Une profonde incompréhension puisque 70 % de la retraite des Britanniques provient directement de leur épargne. Un comportement capricieux qui serait révélateur de l’esprit français selon le New York Times « des conceptions très ancrées dans les mentalités, où la vie active est considérée comme une corvée, et la retraite comme une libération permettant enfin de profiter de l’existence. »

Un constat partagé par le quotidien allemand Die Welt, incapable de comprendre pourquoi les Français ne sont pas résolus à suivre le modèle de leurs voisins européens qui ont, pour beaucoup, repousser l’âge de départ à la retraite à 67 ans « Les arguments mettant en avant la solidarité intergénérationnelle et l’allongement de la durée de la vie sont balayés du revers de la main. Les comparaisons avec les pays voisins – où l’âge de la retraite est plus élevé – ne valent pas. » Sans rappeler le mécanisme mis en place par la loi Touraine qui devrait mécaniquement amener une partie importante des Français à travailler au-delà de 64 ans.

« Entre 55 et 60 ans, la moitié a déjà arrêté de travailler »

Au-delà des idées reçues, Die tageszeitung, quotidien berlinois de gauche, souligne le bien-fondé de la contestation contre la réforme des retraites « entre 55 et 60 ans, la moitié a déjà arrêté de travailler – et souvent pas volontairement. » Le journal rappelle également que cette réforme ne risque pas d’améliorer le nombre d’actifs sur le marché du travail étant donné que « l’offre d’emploi pour les « seniors » sur le marché du travail est rare. »

Le quotidien espagnol, La Vanguardia, tempère plusieurs critiques sur la paresse des Français en rappelant l’existence d’un contexte social tendu « Dans ce contexte, la volonté d’orthodoxie de Macron d’assainir les finances publiques de la France se heurte à la réalité d’un profond mécontentement et à la peur du déclassement de la majorité de la société française. » L’annonce d’une augmentation de 40 % du budget de la défense prévue par la loi de programmation militaire 2024-2030, revient selon le journal espagnol à « jeter de l’huile sur le feu. »

Une « résignation démocratique » pour l’exécutif

Un peu plus de 3 semaines après la présentation du projet de réforme des retraites, la mobilisation ne faiblit pas et met le gouvernement en difficulté selon La Tribune de Genève qui doit désormais « éviter que la mobilisation déstabilise les députés » alors que « le soutien du Parlement passait pour acquis grâce à l’appui des Républicains. »

Cette éventualité a poussé le gouvernement à recourir à l’article 47-1 de la Constitution, une « résignation démocratique » avec le « passage en force législatif du gouvernement » analyse le média suisse Blick.ch. Une disposition qui permet au gouvernement de faire passer le texte par ordonnance si celui-ci n’a pas été voté par le Parlement dans un délai de 50 jours. Dans le même article, l’auteur s’interroge sur l’absence de recours au référendum, perçu comme un moyen efficace de trancher la question. Malgré les faibles chances de succès, plusieurs motions référendaires ont été déposées à l’Assemblée nationale.

En Belgique, le quotidien Le Soir reconnaît, après la hausse de la participation aux manifestations du 31 janvier, que l’exécutif est dos au mur « Difficile, pour l’exécutif, de ne pas admettre que les opposants à la réforme [des retraites] ont marqué un point. » Une position délicate puisqu’Emmanuel Macron a fait, depuis sa réélection au printemps 2022, de la réforme des retraites « mère de toutes les réformes » comme le souligne El Pais.

Railleries et « folklore » français

En se concentrant sur les cortèges, le New York Times s’amuse du folklore français durant les manifestations « Un homme habillé comme M. Monopoly arbore un chapeau noir et une écharpe blanche, tirant sur un cigare. » Le quotidien américain s’étonne également de l’important soutien au mouvement social, en particulier chez les commerçants « Je ne peux pas me permettre d’aller manifester, […] Mais je suis avec eux en pensée » déclarait mardi 1er février un commerçant du XIIIème arrondissement de Paris.
Outre-Manche, le Daily Telegraph, journal conservateur, loue le service minimum mis en place en 2008 permettant de faire fonctionner les écoles. Un système inexistant au Royaume-Uni. Une absence jugée problématique pour les conservateurs britanniques qui vivent le plus important mouvement social depuis 1979.

Partager cet article

Dans la même thématique

Clashes During Paris Austerity Protests
6min

Politique

Après les pillages du 17 octobre, faut-il couper les réseaux sociaux ?

Gabriel Attal relance l’idée d’un blocage temporaire des plateformes dans les zones touchées par les violences, après le chao du week-end. Elles facilitent les rassemblements et démultiplient les images de casse, mais leur rôle dépasse la seule organisation des émeutes.

Le

Paris France Protests
9min

Politique

Violences du 17 octobre : pourquoi l’état d’urgence est écarté par le gouvernement ?

Après un week-end marqué par des scènes de chaos et de pillages dans plusieurs villes, l’exécutif exclut pour le moment le recours à l’état d’urgence, préférant la mise en place de « couvre-feux localisés ». De quels moyens dispose l’exécutif pour rétablir l’ordre ? Inventaire de la boîte à outils sécuritaire dont dispose le gouvernement pour rétablir l’ordre.

Le

NORD – RASSEMBLEMENT MAIRIE
3min

Politique

Après les violences du 17 octobre, les maires font front devant leurs mairies

Au lendemain d’une mobilisation contre la vie chère qui a dégénéré en pillages et en assauts contre des hôtels de ville, l’Association des maires de France (AMF) appelle à un rassemblement ce lundi 19 octobre, à partir de midi. Les maires de Paris, Lyon et Marseille seront reçus par Sébastien Lecornu, à leur demande.

Le

France: Emmanuel MACRON Addresses The French People After Violent Protests
6min

Politique

Violences du 17 octobre : Macron exprime sa « colère » et sa « honte » et promet « toute la transparence »

Au lendemain des pillages et des dégradations qui ont frappé plusieurs villes françaises, le chef de l’État a promis de tirer « toutes les leçons » de la journée du 17 octobre. Face aux appels de la droite à décréter l’état d’urgence, il a privilégié le renforcement des mesures de protection et tenté de dissocier les violences des revendications contre la vie chère.

Le