Réformes sociales, procès de la voiture brûlée : les « antis » d’extrême gauche veulent rebondir
Régulièrement dans la rue depuis deux ans, les militants anticapitalistes, "antifascistes" et autres autonomes d'extrême gauche veulent profiter...

Réformes sociales, procès de la voiture brûlée : les « antis » d’extrême gauche veulent rebondir

Régulièrement dans la rue depuis deux ans, les militants anticapitalistes, "antifascistes" et autres autonomes d'extrême gauche veulent profiter...
Public Sénat

Par Emmanuel DUPARCQ et Simon VALMARY

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Régulièrement dans la rue depuis deux ans, les militants anticapitalistes, "antifascistes" et autres autonomes d'extrême gauche veulent profiter de la semaine, entre manifestations contre les réformes sociales et jugement dans l'affaire de la voiture de police brûlée à Paris en 2016, pour rebondir.

Après une pause estivale, les autonomes, déjà mobilisés au moment de l'élection présidentielle aux cris de "Ni le Pen, ni Macron", sont revenus battre le pavé en septembre contre la réforme du code du travail.

Affrontements entre des manifestants cagoulés et la police pendant une manifestation contre les réformes du droit du travail à Paris le 21 septembre 2017
Affrontements entre des manifestants cagoulés et la police pendant une manifestation contre les réformes du droit du travail à Paris le 21 septembre 2017
AFP/Archives

Plusieurs milliers d'entre eux, plus ou moins radicaux - des mouvements lycéens aux quelques centaines de "black blocs" masqués, vêtus de noir et régulièrement accusés d'être des casseurs – y ont reformé le "cortège de tête" défilant en amont de la manifestation, hors des contingents syndicaux traditionnels qu'ils considèrent comme trop timorés face aux autorités.

Alors que leur mobilisation a faibli par rapport à 2016, certains se joindront mardi à la manifestation parisienne du secteur public. Mais ils cibleront également la "répression policière" contre le mouvement social, à la veille du jugement dans l'affaire de la voiture de police brûlée le 18 mai 2016 quai de Valmy à Paris.

Une voiture de police incendiée par des manifestants d'extrême gauche lors d'une manifestation non autorisée le 18 mai 2016 à Paris
Une voiture de police incendiée par des manifestants d'extrême gauche lors d'une manifestation non autorisée le 18 mai 2016 à Paris
AFP/Archives

"On y sera pour sensibiliser les gens au jugement du lendemain", a indiqué à l'AFP un militant d'un groupe antifasciste parisien.

Deux rassemblements sont prévus dans la capitale mercredi, devant le palais de justice le matin et dans le quartier de Ménilmontant (est parisien) le soir, en soutien aux neuf prévenus contre lesquels des peines de prison de douze mois avec sursis à huit ans ferme ont été requises.

Ces derniers sont soutenus par divers mouvements autonomes, anarchistes, antifascistes, jeunes, certains militants syndicaux, mais aussi quelques intellectuels comme Frédéric Lordon ou la députée de La France Insoumise Danièle Obono, qui redoutent des condamnations "disproportionnées" et "pour l'exemple" dans un procès, symbole pour eux, de la "répression sans précédent" de la contestation sociale.

Un policier prend feu après avoir reçu un projectile de manifestants à Paris le 1er mai 2017
Un policier prend feu après avoir reçu un projectile de manifestants à Paris le 1er mai 2017
AFP/Archives

La voiture de police avait été incendiée en plein Paris en marge d'un rassemblement à l'appel de syndicats de police contre la "haine anti-flics", après plusieurs mois de manifestations et d'affrontements entre forces de l'ordre et manifestants anti-loi Travail.

Les autonomes avaient alors organisé une contre-manifestation et certains, masqués, avaient incendié le véhicule et s'en étaient violemment pris à deux policiers.

- Dissuasion et 'loups solitaires' -

Mi-septembre, plusieurs incendies volontaires, revendiqués sur un site alternatif d'extrême gauche comme des gestes de solidarité avec les prévenus, ont contribué à faire monter la pression : des voitures en partage Autolib’ aux Lilas (Seine-Saint-Denis), cinq fourgons et bus de gendarmerie à Limoges, et au moins 30 véhicules de gendarmerie mobile et 2.000 m2 de locaux détruits dans une caserne de Grenoble.

L'affaire du quai de Valmy "est très symbolique et il y a aussi des groupes radicaux qui l'utilisent comme symbole. Nous, on voit ça de loin", relativise toutefois un membre du collectif de soutien "Libérons-les".

Un manifestant lance un projectile pendant une manifestation à Paris contre la réforme du code du travail le 12 septembre 2017
Un manifestant lance un projectile pendant une manifestation à Paris contre la réforme du code du travail le 12 septembre 2017
AFP/Archives

Le mouvement de solidarité avec les inculpés du quai de Valmy est "décentralisé", "avec les mêmes éléments de la mouvance autonome qu'on retrouve dans la mobilisation contre la loi Travail, y compris en province", explique le chercheur indépendant Jacques Leclercq, spécialiste des mouvements autonomes.

Un membre du collectif de soutien l'assure : "s'il devait y avoir des condamnations lourdes, c'est-à-dire conformes aux réquisitions, il y aurait certainement un embrasement social et politique" qui "relancerait les mobilisations sociales sur les violences policières".

D'autant qu'aujourd'hui, "il y a peut-être plus d'espoir de rassembler les jeunes autonomes contre les violences policières que sur les ordonnances, qui sont de toutes façon passées", souligne le militant antifasciste. Voire mobiliser au-delà, ajoute-t-il, comme dans certaines banlieues où les cas de présumées bavures policières mortelles du type Adama Traoré donnent, eux, très rarement lieu à des procès.

En cas de lourdes condamnations mercredi, la réplique "sera au maximum clandestine" car elles pourraient avoir un "effet dissuasif", estime Jacques Leclercq. Tout en prévenant qu'"il y a un risque que ça aboutisse à des dérapages, à des phénomènes plus sérieux de loups solitaires".

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Conseil des Ministres Elysee
3min

Politique

Sondage : la présidentielle a déjà commencé pour une majorité de Français, qui approuvent l’organisation de primaires pour désigner les candidats

70% des Français estiment que la campagne en vue de la présidentielle 2027 est déjà lancée, d’après le baromètre Odoxa réalisé avec Mascaret pour Public Sénat. Une large majorité, tous bords politiques confondus, juge aussi positivement l’organisation de primaires pour départager les concurrents d’un même camp, tandis que leur choix se fera en « priorité » sur la base du programme et de la personnalité des candidats.

Le

FRA – RN – LEGISLATIVES – CONF DE PRESSE BARDELLA
4min

Politique

Popularité : Jordan Bardella en baisse, mais toujours en tête, Bally Bagayoko fait jeu égal avec Jean-Luc Mélenchon, selon notre sondage Odoxa

La patron du Rassemblement national perd trois points dans le dernier baromètre d’Odoxa pour Public Sénat, mais domine toujours le classement de popularité des personnalités politiques devant Marine le Pen. Un palmarès au sein duquel le nouveau maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko fait une entrée remarquée, à égalité avec Jean-Luc Mélenchon. De leur côté, Gabriel Attal et Bruno Retailleau enregistrent la meilleure percée du mois d’avril et se rapprochent d’Édouard Philippe.

Le

Prix du carburant jusqu a 2,74 euros sur l autoroute entre Nice et Cannes
8min

Politique

Carburants : la France se dirige-t-elle vers une « ère de pénurie énergétique » ?

Ce week-end, le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a estimé que la France allait entrer « dans une ère de pénurie énergétique » si le blocage du détroit d’Ormuz se prolongeait encore deux mois. Un diagnostic que le chef de l’Etat a fermement contesté. Pour les experts, le risque de pénurie n’est pourtant pas à écarter et pourrait surtout se traduire par une hausse des prix.

Le