Consultations à Matignon et réunion à l'Élysée, bataille de communication: l'exécutif s'est activé dimanche pour sauver sa réforme des retraites...
Retraites: bras de fer et derniers arbitrages avant une semaine cruciale
Consultations à Matignon et réunion à l'Élysée, bataille de communication: l'exécutif s'est activé dimanche pour sauver sa réforme des retraites...
Par Elisabeth ROLLAND
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Consultations à Matignon et réunion à l'Élysée, bataille de communication: l'exécutif s'est activé dimanche pour sauver sa réforme des retraites, menacée par un mouvement social qui perturbe très fortement les transports à la SNCF comme à la RATP, où s'annoncent des journées de galère lundi et mardi.
La confrontation a tourné au bras de fer entre le gouvernement et le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez, regonflé par la mobilisation du 5 décembre, qui a fait descendre plus de 800.000 manifestants dans la rue.
"Si on ne fait pas une réforme profonde, sérieuse, progressive aujourd'hui, quelqu'un d'autre en fera une demain brutale, vraiment brutale", a prévenu le Premier ministre Edouard Philippe, "déterminé" à mener "jusqu'à son terme" le projet de système universel de retraite par points.
"Nous tiendrons jusqu'au retrait" de la réforme, dans laquelle "il n'y a rien de bon", a répliqué le dirigeant cégétiste, alors qu'une deuxième grande journée de grèves et manifestations est prévue mardi à l'appel de l'intersyndicale CGT-FO-Solidaires-FSU. Certaines voix évoquent déjà un troisième round jeudi prochain.
Pour tenter de sortir de l'ornière, le calendrier de l'exécutif s'accélère.
Edouard Philippe, à Paris, le 6 décembre 2019
AFP
Tout le week-end, des consultations ont eu lieu à Matignon. Dimanche soir, Emmanuel Macron et Edouard Philippe réuniront à l'Elysée des ministres concernés par le dossier.
Lundi, ils ont convié les dirigeants de la majorité et des ministres à un "déjeuner de calage". Dans l'après-midi, le haut-commissaire aux Retraites Jean-Paul Delevoye présentera aux partenaires sociaux les conclusions de la concertation relancée après l'été. Une plateforme de "participation citoyenne" en ligne pour recueillir les "propositions" des Français clôturait dimanche soir.
Enfin, mercredi, Edouard Philippe détaillera son plan consistant à fusionner les 42 régimes de retraite existants.
"On pourra apporter des réponses extrêmement positives pour beaucoup de gens qui subissent des injustices dans le système actuel: les femmes, les agriculteurs, et ceux qui ont des parcours hachés notamment", assure-t-il.
Mais y aura-t-il matière à éteindre l'incendie? Rien n'est moins sûr, vu la réponse apportée par Philippe Martinez à l'hypothèse d'une transition sur dix ou quinze ans entre les régimes actuels et le futur système: "Ce sera non."
Même refus pour FO: "Il faut arrêter avec ça, on laisse tomber les mauvaises idées, on revient au point de départ, sans préalable", a souhaité le numéro un de Force ouvrière, Yves Veyrier.
- Pas d'amélioration mardi -
Monté au créneau, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a accusé la CGT de "défendre plus ses troupes que les Français". Réponse du leader syndical: le ministre est "encore dans la division", la CGT "défend tous les Français parce que ce projet de loi concerne tous les Français".
La mobilisation s'est d'ores et déjà installée dans la durée. Samedi, de nouveaux défilés ont coagulé les colères (précarité, retraites, "gilets jaunes"...), et les trois premiers syndicats de cheminots (CGT, Unsa et SUD) ont appelé à amplifier la mobilisation.
La quasi-paralysie des transports publics franciliens dimanche provoquait des difficultés sur les axes routiers en soirée, avec 244 km de bouchons en région parisienne peu avant 18h, soit le double d'un dimanche moyen à cette heure.
Lundi, cinquième jour de grève illimitée, s'annonce "extrêmement compliqué" pour les usagers, notamment dans les gares et stations d'Île-de-France.
Le "léger mieux" annoncé à la SNCF ("entre 15% et 20% du trafic" assuré) sera en trompe-l'oeil. "Nous verrons une amélioration, néanmoins il va y avoir beaucoup plus de monde. Il y a donc un risque de saturation sur les gares et sur les quais. Nous invitons tous ceux qui le peuvent à limiter leurs déplacements en train", a souligné dimanche une porte-parole de la SNCF, Agnès Ogier.
Même ton alarmant à la RATP, qui invite "tous les voyageurs qui en ont la possibilité à différer leurs déplacements", compte tenu du "fort risque de saturation du réseau" avec notamment 10 lignes de métro fermées lundi.
Afin de faciliter les trajets, les véhicules pratiquant le covoiturage (avec au moins trois personnes à bord) seront autorisés lundi à circuler sur les voies réservées aux bus et taxis sur les "grands axes qui arrivent sur Paris", selon le gouvernement.
Ni la SNCF ni la RATP n'envisagent d'amélioration mardi, à l'occasion de la nouvelle journée de grèves et de manifestations interprofessionnelles.
Anticipant la journée de mardi dans la capitale, le préfet de police a de nouveau pris un arrêté obligeant à fermer les commerces situés sur le parcours du cortège parisien, entre Invalides et Denfert-Rochereau.
Les commerçants s'inquiètent, eux, des conséquences d'un mouvement potentiellement durable. Bruno Le Maire les recevra "la semaine prochaine".
Et les oppositions de droite comme de gauche sont en embuscade.
Critiquant la "méthode d'amateur" de l'exécutif, le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, "préfère avoir le courage de dire: c'est 64 ans en point d'étape en 2030, parce que à terme, il faudra dans la décennie qui suit certainement aller jusqu'à 65 ans".
La maire PS de Lille, Martine Aubry, dénonce de son côté la "brutalité" des réformes gouvernementales, qui frappent le "pacte social qui lie les Français".
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