L'exécutif se réunit en séminaire mercredi pour faire avancer ses priorités de 2020, dont l'écologie et la lutte contre le communautarisme, jusqu'à présent éclipsées par l'interminable crise de la réforme des retraites, dont le gouvernement espère tourner la page.
"Bien évidemment", le gouvernement "doit bien continuer d'expliquer, de clarifier et aussi de discuter" pour faire passer la réforme sociale clé du quinquennat, a déclaré Emmanuel Macron mardi à Pau.
Mais ce dossier, qui écrase tous les autres depuis plusieurs mois, ne sera pas le seul sur la table du séminaire, qui rassemble le gouvernement au grand complet au début de chaque trimestre.
Organisée dans la foulée du conseil des ministres, cette réunion vise en effet à "aborder en profondeur à la fois le calendrier et l'action du gouvernement pour les mois à venir, ainsi que les prochaines réformes", selon la porte-parole Sibeth Ndiaye.
L'exécutif espère avoir "clos un chapitre important de la réforme des retraites" ce week-end, dixit un conseiller, en parvenant à un compromis avec les syndicats réformistes, désormais revenus à la table des discussions. "On peut reprendre un cours plus normal de l'activité gouvernementale", poursuit la même source, en misant par ailleurs sur l'épuisement de la grève.
Les retraites continueront cependant à scander les prochains mois: présentation des projets de loi en Conseil des ministres le 24 janvier, début de l'examen au Parlement le 17 février, conclusion prévue de la "conférence de financement" fin avril puis adoption "avant l'été", selon le calendrier fixé par Edouard Philippe. En parallèle, des discussions catégorielles continueront de se tenir avec les enseignants, les fonctionnaires etc.
Les mouvements de grève les plus longs en France depuis 1985
AFP
Mais d'autres réformes, bloquées dans l'entonnoir, doivent reprendre leur cheminement, et le séminaire vise à fixer leur cadencement.
"Il faut bien se mettre d'accord sur ce qu'on met à l'ordre du jour en 2020", souligne une ministre. Car 2021, qui verra l'application des mesures votées l'année précédente, sera "la dernière année où l'on pourra mesurer les effets avant l'élection présidentielle" de 2022, embraye-t-elle.
En clair: l'année doit être utile afin de se prévaloir d'un bilan devant les électeurs, une préoccupation de plus en plus prégnante au sein de la majorité.
- Voeux à la presse -
Manifestation contre la réforme des retraites, le 14 janvier 2020 à Nantes
AFP
Lors de ses voeux télévisés le 31 décembre, Emmanuel Macron avait insisté sur le déploiement d'un "nouveau modèle écologique". Il a promis des "décisions fortes" et ouvert la porte à un référendum sur les propositions que feront les 150 Français de la Convention citoyenne sur le climat.
Des mesures sont également attendues, probablement en février soit avant les municipales de mars, sur la lutte contre le communautarisme, érigée parmi les "grands enjeux de 2020" par le président. Les ministères, dont celui de l'Intérieur, doivent faire remonter des propositions à l'Elysée sur la question d'ici fin janvier.
Actualité oblige, Emmanuel Macron a demandé mardi au gouvernement "des propositions claires pour améliorer la déontologie" des forces de l'ordre, confrontées à de nouvelles accusations de violences au cours des manifestations des dernières semaines.
Face à ces critiques, le gouvernement a infléchi depuis quelques jours sa rhétorique en appelant les forces de l'ordre à "l'exemplarité" avec un "usage juste et proportionné de la force".
Le président Emmanuel Maron lors d'un sommet du G5 Sahel, le 13 janvier 2020 à Pau
POOL/AFP
Dans les prochains mois, sont également attendus la loi de programmation pluriannuelle de la recherche, et le lancement de celle sur la dépendance, initialement attendue avant la fin 2019 et qui vise à lever plus de neuf milliards d'euros par an d'ici 2030 afin de financer la prise en charge des personnes âgées. Le texte "n'est pas encore prêt, il faut qu'on puisse en discuter avec les organisations syndicales", elles-mêmes sur-sollicitées sur la réforme des retraites, relève une ministre.
Après le séminaire, Emmanuel Macron présentera ses vœux à la presse devant des centaines de représentants des médias invités à l’Elysée. Renouant en 2018 avec cette tradition délaissée par François Hollande, il avait alors plaidé pour "une saine distance" entre le pouvoir et la presse, et annoncé une loi contre la "manipulation de l’information" en période électorale et une réforme de l’audiovisuel public.
Jeudi, le chef de l'Etat présentera ses vœux aux armées sur la base aérienne d'Orléans.
Le samedi 31 octobre s’annonce comme une journée sous haute tension en France. Après la mobilisation du 24 octobre qui s’est déroulée relativement dans le calme, la coordination des gilets jaunes et les organisations syndicales des lycéens et des étudiants ont appelé à « un acte III », une nouvelle journée de mobilisation sociale contre la vie chère. Face au risque « très élevé » de débordements, le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez prévoit de mobiliser 70 000 forces de l’ordre.
Ancienne figure du mouvement étudiant contre la loi Devaquet, en 1986, David Assouline fait aujourd’hui partie de ceux qui œuvrent au succès de la campagne de Raphaël Glucksmann. Formé à l’école trotskiste, cet ancien de la LCR a rejoint le PS dans les années 90, avant de passer 19 ans comme sénateur. « Tacticien et stratège », ce natif d’une famille juive marocaine, naturalisé à l’âge de 13 ans, sait ferrailler dans l’appareil socialiste. Il met aujourd’hui son expérience au profit de Raphaël Glucksmann, prédisant une « recomposition » et « un moment de dépassement » pour le PS.
Interviewé ce mercredi sur la chaîne YouTube Hugo Décrypte, Emmanuel Macron s’est dit « dans le soutien et la compassion » des élèves blessés lors des manifestations et blocus. De son côté, ce jeudi, Edouard Geffray, ministre de l’Education, reconnaît que le gouvernement aurait « dû être plus rapide » dans sa gestion de la crise. A l’approche de la rentrée scolaire, la communication du gouvernement semble vouloir donner des signes d’apaisement.
En proposant une « grande primaire des démocrates », Gabriel Attal ne fait qu’un « exercice de communication » pour avoir un « prétexte » pour se maintenir, dénonce-t-on dans l’équipe de campagne d’Edouard Philippe. « Ce ne sont pas les ego qui doivent parler mais bien le sens de la responsabilité », soutient la députée Prisca Thévenot, proche du candidat Renaissance.