Retraites : « On a raté l’occasion de dire des choses simples », confesse Patrick Mignola
La défiance de l’opinion publique à la réforme des retraites tient en une explication simple, selon le patron des députés MoDem : la majorité a manqué de pédagogie. Quant à la suite de la navette parlementaire, le député approuve la demande de report de deux semaines, formulée par Gérard Larcher.

Retraites : « On a raté l’occasion de dire des choses simples », confesse Patrick Mignola

La défiance de l’opinion publique à la réforme des retraites tient en une explication simple, selon le patron des députés MoDem : la majorité a manqué de pédagogie. Quant à la suite de la navette parlementaire, le député approuve la demande de report de deux semaines, formulée par Gérard Larcher.
Public Sénat

Par Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Comment expliquer que l’opposition à la réforme des retraites ait progressé par rapport au mois de février ? À en croire un sondage YouGov, six Français sur dix souhaiteraient le retrait du texte. Pour le député Patrick Mignola, invité des chaînes parlementaires et du Figaro Live, la majorité présidentielle s’y est mal prise, dès le début. « Je pense qu'on a raté l'entrée en matière et, surtout, on a raté une occasion de dire des choses simples », a expliqué le président du groupe MoDem à l’Assemblée nationale. D’après le parlementaire savoyard, les Français ne seraient pas opposés aux différents aspects de la réforme pris séparément : suppression des régimes spéciaux, régime à points ou encore nouveaux droits familiaux.

En d’autres mots, les députés n'auraient pas suffisamment insisté sur les aspects « injustes » et les « angles morts » du système actuel. « On n’a pas dit suffisamment ce qu’était le système d’aujourd’hui. Amenez-moi un Français qui connaît sa situation actuelle, il est en très grande difficulté pour reconstituer sa carrière, en particulier quand il a une carrière hachée », a-t-il affirmé. Selon lui, ce cas de figure concernerait tous les Français qui n’ont pas eu la chance d’avoir une carrière linéaire : environ les « trois quarts ». En réalité, les simulateurs, du site officiel Info-retraite, donnent déjà une sérieuse estimation du montant projeté d’une pension, en fonction du passé professionnel et de la date de liquidation des droits, là où le système universel promis par le gouvernement ne propose qu’un certain nombre de cas types.

Cette prétendue méconnaissance des Français dans le système actuel semble faire partie d’un nouvel élément de langage, mis en avant par la majorité présidentielle. Le 6 mars, dans Parlement hebdo, la députée LREM Marie Lebec affirmait : « Si la réforme des retraites suscite des inquiétudes, des interrogations, peut-être même des oppositions, c'est parce que les Français ne savent pas le système dans lequel ils sont aujourd'hui. »

« L'extrême gauche est en train de nationaliser les élections municipales »

Interrogé sur le calendrier de la réforme, que le gouvernement veut voir adoptée « avant l’été », Patrick Mignola a précisé que ce dernier se justifiait par l’entrée en vigueur dès « le 1er janvier 2021 » de la revalorisation des petites retraites. Des « progrès sociaux » que le gouvernement doit traduire dans les lois de finances de l’automne, et donc les arbitrages budgétaires estivaux. Pour autant, le patron des députés MoDem voit d’un bon œil la demande de Gérard Larcher, président du Sénat, de décaler de deux semaines le début de l’examen au Sénat, afin de tenir compte des résultats de la Conférence de financement, attendus pour la fin du mois d’avril. « Au fond, pourquoi pas. Si ça leur permet d'avancer », a admis le député.

Peu dupe des intentions des oppositions à l’Assemblée nationale, qui ont mené une « opération escargot », selon ses termes, Patrick Mignola a néanmoins reconnu que l’adoption du texte via le 49-3 pourrait avoir un effet sanction sur les listes de la majorité aux municipales. « Oui, ça peut avoir un impact », a-t-il averti, avant d’accuser une frange de la gauche d’instrumentaliser le dossier des retraites au plan local. « Ce que je ressens sur le terrain, c’est une très forte mobilisation de l'extrême gauche qui, au fond, est en train de nationaliser les élections municipales. C’est un peu regrettable. »

Selon un sondage réalisé pour Public Sénat et La Tribune, 43% des électeurs estiment que les municipales seront influencées par la réforme des retraites.

Partager cet article

Dans la même thématique

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
8min

Politique

Avec le retrait du plaider-coupable en matière criminel, « Gérald Darmanin fait de la politique sur le dos des victimes », regrette la rapporteure du texte au Sénat

Suite au rejet du projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes en commission des lois de l’Assemblée nationale mercredi, Gérald Darmanin a annoncé le retrait complet du « plaider-coupable » criminel, l’un des dispositifs les plus polémiques de son texte. Une « déception » pour les rapporteurs du texte au Sénat.

Le

Le Sénat rejette le projet de loi de financement de la Sécurité sociale en nouvelle lecture
9min

Politique

Protection de l’enfance examinée au Sénat en octobre : « Le texte aurait mérité d’être inscrit avant », pointe la sénatrice centriste Dominique Vérien

Face à l’émoi suscité par l’affaire Lyhanna, le gouvernement va profiter de l’examen du texte sur la protection de l’enfance pour ajouter de nouvelles mesures. Le Sénat n’examinera pas le texte avant le 8 octobre. Trop tard, pour la centriste Dominique Vérien. La présidente de la commission des lois, Muriel Jourda, interroge surtout le recours à ce projet de loi. « Réagir par un texte sans lien avec l’affaire Lyhanna revient à faire de la loi un outil de communication », pointe la sénatrice LR.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
6min

Politique

Affaire Lyhanna : la proposition d’une peine de perpétuité pour les violeurs en série, laisse perplexe le monde judiciaire

A l’issue d’une réunion de crise avec plusieurs ministres sur les dysfonctionnements qui ont conduit à l’affaire Lyhanna, le chef du gouvernement Sébastien Lecornu a proposé de renforcer les peines pour les violeurs en série sur mineurs, qui pourront encourir la perpétuité au lieu de 20 ans actuellement. La proposition est difficilement applicable pour les magistrats et avocats.

Le