Rupture du contrat du siècle : « Un camouflet brutal aux conséquences lourdes », réagit le Sénat
Le premier ministre Australien a confirmé ce jeudi la rupture d’un contrat de 56 milliards d’euros qui le liait avec La France pour la construction de 12 sous-marins. L’Australie décide de privilégier des technologies américaines et britanniques. Une façon de renforcer les stratégies de défense dans la région indopacifique, où les tensions avec la Chine vont croissantes.

Rupture du contrat du siècle : « Un camouflet brutal aux conséquences lourdes », réagit le Sénat

Le premier ministre Australien a confirmé ce jeudi la rupture d’un contrat de 56 milliards d’euros qui le liait avec La France pour la construction de 12 sous-marins. L’Australie décide de privilégier des technologies américaines et britanniques. Une façon de renforcer les stratégies de défense dans la région indopacifique, où les tensions avec la Chine vont croissantes.
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Par Marion Vigreux

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Les réactions sont unanimes en France. C’est la déception qui domine. Et les mots sont durs. Comme ceux de Jean-Yves Le Drian, ministre des affaires étrangères, ce matin au micro de France-Info : « Je suis en colère, ça ne se fait pas entre alliés. C’est vraiment un coup dans le dos. On avait construit avec l’Australie une relation de confiance, cette confiance est trahie. »

 

La déception est à la hauteur du contrat. Qualifié lors de sa signature de « contrat du siècle », il liait les deux pays pour 50 ans avec la construction par l’industriel Naval Group de 12 sous-marins à propulsion conventionnelle. Il avait été conclu en 2016, à l’issue de deux années de négociations. « C’est une énorme déception d’autant que cela fait plus de 5 ans que toutes les équipes travaillent d’arrache-pied pour la bonne mise en œuvre de ce contrat d’ampleur », rappelait ce matin Florence Parly, la ministre des armées, à l’occasion d’une conférence de presse.
Dans un communiqué, Christian Cambon, président de la commission des affaires étrangères et de la défense au Sénat, se dit profondément choqué par cette nouvelle et par les conditions dans lesquelles la France l’apprend.
« Cela remet en cause bien des certitudes. Il va nous falloir examiner toutes les conséquences de cette décision, et je pense d’abord aux salariés de Naval Group. Plus généralement, nous allons devoir nous interroger sur l’attitude récurrente de certains de nos alliés, qui se comportent plus comme des adversaires que comme des concurrents loyaux ».

« Ce n’est pas un changement d’avis, c’est un changement de besoins »

 

La décision australienne a été officialisée mercredi en fin d’après-midi, lors d’une vidéoconférence réunissant Joe Biden, le premier ministre australien Scott Morrison et le Britannique Boris Johnson.
L’Australie justifie ce retournement par l’évolution de leur stratégie de défense.
« La décision que nous avons prise de ne pas continuer avec les sous-marins de classe Attack et de prendre un autre chemin, ce n’est pas un changement d’avis », explique Scott Morrison. « C’est un changement de besoins. »
Un changement de besoins lié à l’évolution de la situation dans la zone indopacifique.
En décidant de privilégier des sous-marins à
propulsion nucléaires américains, l’Australie donne des gages au pacte de sécurité et de défense (AUKUS) qui lie désormais Cambera, Washington et Londres dans la région. Une zone où les tensions avec la Chine sont vives et où la France avait elle aussi entamé un renforcement de sa présence, comme le rappelle le sénateur, André Gattolin, vice-président de la commission des affaires étrangères et de la défense. « Depuis 2017, les partenariats et les accords avec l’Australie, mais aussi avec l’Inde étaient au cœur de nos politiques. Et les relations étaient aux beaux fixes. Mais il faut le reconnaître. La France a beau être un allié politique important, elle n’a pas les capacités tactiques sur zone. Ce n’est pas un acteur à la hauteur. »
Pour le sénateur RDPI (LREM) des Hauts-de-Seine, cette affaire dépasse l’achat des seuls sous-marins et s’inscrit dans une perspective américaine d’une confrontation inéducable avec la Chine, qui pourrait intervenir plus tôt que prévu.
« On est face à une réorganisation de la stratégie américaine. Ils ont quitté l’Afghanistan, ils délaissent le front russe pour concentrer l’essentiel de leurs capacités en vue d’un éventuel conflit autour de Taïwan. Car pour les stratèges américains, la Chine devrait passer à l’offensive dans moins de 5 ans. »


 

Une méthode qui ne passe pas

 

Au-delà de la rupture du contrat, ce qui ne passe pas, c’est la méthode choisie. « Cette décision unilatérale, brutale, imprévisible, ressemble beaucoup à ce que faisait M.Trump », évoquait ce matin Jean-Yves Le Drian.
Ebruitée par voie de presse, cette volte-face relève pour la commission des affaires étrangères, d’une attitude cavalière. La ministre des armées, Florence Parly, évoque une très mauvaise nouvelle sur le plan diplomatique. « C’est une remise en cause de la parole donnée. Son respect est à la base des relations internationales. Cette parole n’a pas été tenue alors que nous ne sommes pas sur une simple prospection commerciale mais sur un contrat passé d’Etat à Etat ». La ministre des armées qui se dit également lucide sur la façon dont les Etats-Unis traitent leurs alliés.
Pour André Gattolin, cette mésaventure montre les limites de l’autonomie stratégique de l’Union Européenne sans partenariat fort. « On se rend compte que la politique mise en place par Joe Biden n’est pas là pour construire l’Europe, mais pour garantir le maintien de la prééminence des Etats-Unis dans le monde. »
Christian Cambon appelle quant à lui à une prise de conscience.
« Ces dernières années, pour faire avancer les projets, nous avons accepté beaucoup de compromis, nous avons beaucoup tendu la main. Peut-être avons-nous été un peu innocents dans un monde qui ne l’est guère, et qui le sera encore moins demainCet événement doit marquer le début d’une prise de conscience pour la défense résolue de nos intérêts. »

 

Le temps des compensations

 

L’industriel français Naval Group, perd donc un gros contrat. Ce matin, sur son compte Twitter le sénateur de la Manche, Philippe Bas apportait son soutien à la société.
« Naval Group reste un site majeur de la construction navale. Son savoir-faire est mondialement reconnu. L’Australie ne peut se retirer sans compensations. Des négociations doivent s’engager. Les énergies doivent se fédérer autour de nouvelles ambitions ».
L’impact sur l’emploi devrait néanmoins être modéré, car le contrat n’était pas assez avancé, selon la CGT Naval Group à Cherbourg.

 

La ministre des armées annonce que l’Etat va se pencher sur les clauses contractuelles et les compensations à réclamer. « Il est hors de question de ne pas préserver nos intérêts. Nous devons veiller à ce que l’industrie française qui était engagée dans la bonne marche de ce contrat puisse être la moins pénalisée possible, » a précisé Florence Parly. « Nous allons étudier toutes les hypothèses, nous protégerons nos intérêts et nous les défendrons. »

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