Sous le feu des critiques depuis la tuerie de la préfecture de police, Christophe Castaner a admis des "failles" dans le suivi de l'assaillant, qui avait montré des signes de "radicalisation" en 2015 et dont l'épouse a été libérée dimanche après trois jours de garde à vue.
Tuerie de la préfecture: Castaner admet des « failles », l’épouse de l’assaillant libérée
Sous le feu des critiques depuis la tuerie de la préfecture de police, Christophe Castaner a admis des "failles" dans le suivi de l'assaillant, qui avait montré des signes de "radicalisation" en 2015 et dont l'épouse a été libérée dimanche après trois jours de garde à vue.
Par Grégory DANEL et Eléonore DERMY
Temps de lecture :
4 min
Publié le
Mis à jour le
Sous le feu des critiques depuis la tuerie de la préfecture de police, Christophe Castaner a admis des "failles" dans le suivi de l'assaillant, qui avait montré des signes de "radicalisation" en 2015 et dont l'épouse a été libérée dimanche après trois jours de garde à vue.
Arrêtée jeudi après l'attaque meurtrière perpétrée par son mari Mickaël Harpon, cette femme de 38 ans a été relâchée dans la soirée sans être poursuivie à ce stade, a-t-on appris de source judiciaire.
Les enquêteurs cherchaient d'éventuels éléments incriminants chez cette mère de deux enfants qui s'était inquiétée "du comportement inhabituel et agité" de son époux la veille de l'attaque et avait échangé avec lui 33 SMS le matin des faits.
Selon les premiers enseignements de l'enquête, cet informaticien de 45 ans, qui a poignardé à mort quatre fonctionnaires avant d'être abattu, a pu adhérer à l'islam radical et fréquenter des personnes proches des milieux salafistes alors qu'il était employé dans la prestigieuse Direction du service de renseignement de la préfecture(DRPP), chargée précisément de détecter la radicalisation .
Photo non datée de Mickael Harpon, l'informaticien qui a assassiné 4 personnes au sein de la préfecture de police de Paris le 3 octobre 2019 avant d'être tué
AFP
"Évidemment, il y a eu des failles", a reconnu le ministre de l'Intérieur dimanche sur TF1, estimant que le principal "dysfonctionnement" remontait à juillet 2015. M. Harpon, converti à l'islam depuis une dizaine d'années, avait justifié devant des collègues l'attentat de Charlie Hebdo.
Selon M. Castaner, un policier en charge de la radicalisation avait alors rencontré des collègues de M. Harpon, qui auraient décidé de ne pas faire remonter de signalement administratif. "Le dysfonctionnement se fait à ce moment-là", a affirmé le ministre.
Selon un rapport interne de la patronne de la DRPP daté de samedi et révélé par France Inter, il aurait précisément déclaré: "C'est bien fait", suscitant l'inquiétude de collègues. Ces "signes de radicalisation" n'avaient toutefois pas été suivis d'autres alertes significatives, selon ce document adressé à M. Castaner.
Les agents chargés des signalements de la radicalisation auraient ainsi régulièrement pris des nouvelles du comportement de l'informaticien auprès de ses collègues et de son chef, selon qui il n'y avait "aucun souci avec M. Harpon". Deux fonctionnaires ont affirmé d'ailleurs n'avoir à leur niveau, rien "détecté de suspect" dans son attitude, selon ce rapport.
Ce document de quatre pages fait apparaître la complexité du profil de l'assaillant, un employé "bien noté" qui avait cessé de faire la bise à une collègue mais ne manifestait "aucune animosité envers les femmes". En février 2019, il avait fait part de certaines "frustrations" liées à ses troubles auditifs "lourds" -- qui semblaient freiner sa carrière.
- Castaner entendu mardi -
Critiqué pour avoir déclaré après la tuerie que M. Harpon "n'avait jamais présenté de difficultés comportementales" ni "le moindre signe d'alerte", M. Castaner a tenté de se justifier dimanche.
"Je suis affirmatif dans le fait qu'aucun signe n'était apparu dans le dossier administratif de l'individu qui laisse penser qu'il puisse être radicalisé. Je vous le redis et je le dis hélas car si un signe était apparu, peut-être aurions nous pu éviter cela", a estimé le ministre, rejetant les appels à sa démission lancés notamment à droite et à l'extrême droite.
"La question (de ma démission, NDLR) se pose-t-elle? Non", a tranché M. Castaner, qui a reçu le soutien du Premier ministre Edouard Philippe dans les colonnes du JDD, où il a également annoncé deux missions sur la radicalisation des agents chargés de la lutte antiterroriste.
véhicule de police et pompiers autour de la préfecture de police de Paris où 4 personnes ont été tuée, le 3 octobre 2019
AFP/Archives
Plusieurs fois fragilisé depuis son arrivée place Beauvau à l'automne 2018, le ministre est toutefois loin d'en avoir fini avec la controverse: il devra s'expliquer mardi à huis clos devant la délégation parlementaire au renseignement, a indiqué son président Christian Cambon à l'AFP.
En attendant, les enquêteurs cherchent à éclaircir notamment la nature des informations auxquelles l'assaillant a pu avoir accès à la préfecture, où il travaillait depuis 2003 et où il bénéficiait d'une habilitation secret defense.
"Nous ne savons pas les informations auxquelles il a eu accès", a déclaré dimanche sur BFMTV le secrétaire d'Etat à l'Intérieur, Laurent Nuñez, qui a écarté "à ce stade" l'hypothèse selon laquelle il aurait fait partie d'une cellule jihadiste.
Après les violences et dégradations commises en marge de la victoire du PSG en Ligue des champions, le gouvernement va présenter un projet de loi « visant à faire assumer directement aux auteurs, le coût des déclarations commises dans l’espace public ». Un principe du « casseur-payeur » déjà inscrit dans le texte « anti casseurs » de Bruno Retailleau avant d’être modifié avant son adoption finale en raison d’un risque d’inconstitutionnalité.
Le président de la République a assuré ce lundi sur TF1, que des moyens supplémentaires pour la justice ou les enquêteurs, seraient déployés « là ou là », si nécessaire, pour mieux lutter contre les violences sur les enfants, appelant à agir « avec méthode », après l’émotion nationale suite à la mort de Lyhanna.
Entre le projet de loi d’urgence agricole, le texte sur la fin de vie ou celui sur la protection de l’enfance, le Parlement a encore des textes importants à examiner d’ici l’été. Une session extraordinaire sera convoquée jusqu’à la semaine du 20 juillet.
REPORTAGE - Ce samedi 13 juin aux Docks d’Aubervilliers, Raphaël Glucksmann a tenu un grand rassemblement aux allures de meeting présidentiel, en présence de nombreuses personnalités politiques. Même s’il refuse toujours d’officialiser sa candidature pour 2027, l’eurodéputé, co-fondateur de Place publique, affiche ses ambitions : rassembler la gauche sociale-démocrate et écologiste, dépasser Jean-Luc Mélenchon dans les sondages et convaincre le Parti socialiste de se rallier à lui.