Face aux canicules de plus en plus intenses, l’hôpital pourra-t-il faire l’économie de la climatisation ?
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Face aux canicules de plus en plus intenses, l’hôpital pourra-t-il faire l’économie de la climatisation ?

Alors qu’une étude prospective est toujours en cours sur les conséquences du réchauffement climatique sur le système santé, la canicule historique qui frappe la France depuis plusieurs jours repose la question des températures dans les hôpitaux.
Guillaume Jacquot

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L’intensification et la prolongation de la canicule en France sont à suivre avec attention dans les établissements de santé. Pas seulement en raison du potentiel afflux de victimes des fortes chaleurs – le ministre relevait lundi une hausse des appels au 15 de « 20 à 30 % selon les régions » – mais aussi en raison de la vulnérabilité de leurs patients. Sans parler des conditions de travail des professionnels du soin, confrontés à des cadences toujours plus effrénées. Chaque vague de chaleur rappelle que le mercure s’envole parfois très haut dans de vieux bâtiments, non conçus pour ce type de climat. Dans la presse régionale ou nationale, il n’est pas rare de constater des situations à risque, voire alarmantes, dans des chambres très exposées ou encore dans certaines salles d’urgence. Bâtiment public, quand bien même il ferait partie du système de santé, ne veut pas forcément dire épargné.

La lecture du troisième plan national d’adaptation au changement climatique, datant du printemps 2025, est à ce titre parlante. Le système de santé est bien cité dans cette stratégie qui vise à assurer la résilience des infrastructures et des services essentiels. C’est la mesure 29. Mais l’action à mener consiste à lancer en premier lieu une étude prospective « sur les conséquences du changement climatique sur notre système de santé et les moyens et recommandations pour l’adapter et assurer la continuité de l’offre de soin sur l’ensemble du territoire ». Le document appelle en particulier à la création d’un « indicateur sur les investissements immobiliers et mobiliers favorables à la santé et présentant les meilleurs retours sur investissement », ainsi que le développement d’outils « pour organiser la remontée d’informations pour suivre l’adaptation du parc immobilier. Le projet est piloté par plusieurs administrations, dont la direction générale de l’offre de soins (DGOS).

« Aucune étude nationale » recensée en 2024

Outre cette revue générale, le plan d’adaptation enfonce une porte ouverte. C’est la seconde action à mettre en œuvre : « Planifier l’adaptation au sein de chaque établissement de santé et chaque territoire de santé ». Le besoin de cartographie des besoins n’est pas un aveu nouveau. L’année précédente, la Cour des comptes épinglait elle aussi ce manque criant d’état des lieux.

« Aucune étude nationale n’a été engagée pour connaître la qualité du parc immobilier et sa capacité à garantir la résilience d’été », s’alarmaient les magistrats financiers dans un chapitre du rapport annuel consacré à la protection de la santé des personnes vulnérables face aux vagues de chaleur. Le rapport souligne aussi un autre point intéressant. « Les établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux ne font pas aujourd’hui l’objet de valeurs cibles de température d’été dans le cadre de la réglementation environnementale 2020 (RE 2020) applicable aux constructions neuves », contrairement aux autres bâtiments du secteur tertiaire.

C’est dans ce contexte de vague de chaleur historique pour l’ouest de la France qu’a éclaté la polémique sur le futur CHU de l’île de Nantes. Seulement la moitié de ce large hôpital, livré en 2028, sera climatisée. Mais les chambres d’hospitalisation bénéficieront de « façades bioclimatiques », de triples vitrages et d’un système de rafraîchissement « via un air de renouvellement ».

« Tous les lieux ne doivent pas être régulés de la même manière » en température

La législation ne fixe pas de température maximale pour l’ensemble d’un hôpital. En revanche, les normes prévoient des seuils à ne pas dépasser pour les zones critiques, qu’il s’agisse de raisons d’hygiène pour les blocs opératoires (température entre 19 et 22° exigée), ou d’impératifs techniques, pour le matériel informatique, les pharmacies ou les équipements biomédicaux.

Ailleurs, comme dans les chambres, aucune norme n’impose un plafond. Pierre Schwob, infirmier et président du Collectif Inter-Urgences, rappelle que les établissements ont souffert de budgets contraints depuis de nombreuses années. « Ce sont des choix budgétaires », insiste-t-il. « Or, les coûts sont très élevés pour entretenir et surveiller une climatisation à l’échelle d’un hôpital, car des pathologies peuvent en découler ». Actuellement, les hôpitaux dépensent en effet 5 à 10 % de leur budget en achat d’énergie relevait en 2025 l’association de patients France Assos Santé. Un poste de dépense non négligeable, en particulier après la remontée des tarifs depuis la crise de 2022.

« L’un des intérêts des nouveaux bâtiments comme celui de l’Île de Nantes, c’est considérable en termes d’économies de dépenses énergétiques, et vis-à-vis du dérèglement climatique aussi. Le tout climatisation n’est absolument pas souhaitable. Tous les lieux ne doivent pas être régulés de la même manière, sinon c’est la faillite de la Sécurité sociale », explique à Public Sénat Karim Asehnoune, professeur au CHU de Nantes et président de la Conférence des présidents de commissions médicales de CHU.

« Pas mal de professionnels font des coups de chaleur »

La situation est néanmoins difficile dans les établissements anciens, construits dans les années 70 et 80 à une période, à une époque où l’idée était de réduire les dépenses énergétiques, après les chocs pétroliers. Les vagues de chaleur, notamment les plus fortes, se font ressentir particulièrement dans le parc vieillissant. « On est sur des vieux bâtiments, qui sont des passoires énergétiques. Et pendant des années, on a fait des économies sur les rénovations. On paye aujourd’hui les tracas météorologiques. Pas mal de professionnels font des coups de chaleur », nous explique Pierre Schwob, en poste à l’hôpital Beaujon de l’AP-HP, à Clichy (Hauts-de-Seine), construit dans les années 30.

En mars 2022, la commission d’enquête sur la situation de l’hôpital et le système de santé en France avait mis le doigt sur le manque chronique d’investissements dans le bâti. S’il n’était pas fait mention de l’adaptation thermique des bâtiments au changement climatique, les parlementaires soulignaient que l’investissement hospitalier a été divisé par deux en dix ans, sur la période 2009-2019. Cette chute a aggravé le taux de vétusté des constructions, qui est passé de 46 % à 50,5 % entre 2010 et 2018.

Selon la Cour des comptes, les « investissements indispensables à l’adaptation des bâtiments restent à chiffrer », alors que la France s’attend une multiplication des épisodes caniculaires. Les investissements se comptent potentiellement en milliards d’euros, ce qui sous-entend un étalement des programmes d’adaptation pour les CHU, où les travaux concernant le bâti ont souvent été dépassés par d’autres priorités vitales. « Si je pense que tout ce qui est investissement bâtimentaire hospitalier doit être considéré comme une infrastructure nationale, et donc bénéficier de quelque chose qui soit pluriannuel et décorrélé des tarifs (hospitaliers), la réponse est probablement oui », se projette Karim Asehnoune.

Déjà au lendemain de la canicule de 2003 responsable de 15 000 morts supplémentaires, la climatisation faisait partie des réponses mises sur la table. « Le développement de la climatisation dans les hôpitaux et les maisons de retraite apparaît comme l’une des solutions permettant de faire face à une crise sanitaire liée à la canicule », écrivait le Sénat dans un rapport publié en février 2004, six mois après une canicule meurtrière sur le continent. C’était cependant à une époque où les comptes publics étaient en meilleure santé.

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