L’immense émotion suscitée par la mort de la jeune Lyhanna (11 ans) continue d’alimenter une crise politique majeure pour l’exécutif, alors que le principal suspect, Jérôme B. avait fait l’objet de plusieurs signalements et plaintes pour des violences sexuelles sur mineures. Le 9 juin, des rassemblements ont réuni 60 000 personnes dans toute la France et, lors d’une séance de questions d’actualité au gouvernement mouvementée, la responsabilité du garde des Sceaux a été mise en cause par l’opposition.
« Cette colère je l’entends et je la partage. J’ai été horrifiée, profondément choquée par ce que nous avons appris », a estimé Maud Bregeon au micro de Public Sénat. La porte-parole du gouvernement a appelé à « laisser le temps aux enquêtes de se faire sereinement » et a annoncé une « augmentation du budget de la Justice » dans le prochain projet de loi de finances. L’ampleur de cette augmentation et ce qu’elle financerait exactement n’a pas été précisée par Maud Bregeon. Par ailleurs, les crédits des différentes missions budgétaires peuvent être nominalement en hausse sans augmentation réelle de moyens si cette hausse est inférieure à l’inflation, ce que la ministre n’a pas précisé non plus.
« La démission de Gérald Darmanin ne réglera pas les problèmes auxquels nous sommes confrontés »
De là à reconnaître un manque de moyens pour la Justice ? « Il y a deux choses. D’abord, s’il n’y avait pas d’enjeu de moyens pour la Justice, nous n’aurions nous-mêmes pas augmenté le budget de la Justice tous les ans depuis 9 ans. Donc il y a un enjeu de moyens. Ensuite, dans cette affaire, il y a de toute évidence des failles et des fautes individuelles que l’on ne peut pas nier », a répondu Maud Bregeon. La ministre, proche de Gérald Darmanin, a défendu l’action du garde des Sceaux : « C’est une bonne chose qu’un ministre présente ses excuses au nom de son administration et fasse toute la transparence. On peut se faire plaisir à demander la démission du ministre de la Justice, mais ça ne réglera pas les problèmes auxquels nous sommes confrontés. »
Alors que Gérald Darmanin a annoncé l’étude en urgence de 70 000 plaintes impliquant des enfants d’ici le 14 juillet, Maud Bregeon défend une mesure « impérativement nécessaire. » « Y a-t-il d’autres affaires Lyhanna ? Si la réponse peut être oui, toutes les dispositions doivent être prises pour que ça ne se reproduise pas », a-t-elle développé.
Sur les dysfonctionnements concernant l’affaire Lyhanna en elle-même, la porte-parole du gouvernement a confirmé que les « premières conclusions » des enquêtes des inspections seront rendues le 19 juin et seront « évidemment » rendues publiques.
Projet de loi ou loi « intégrale » ?
Alors qu’un projet de loi sur la protection de l’enfance sera examiné par l’Assemblée à partir du 15 juillet prochain, de nombreux députés, dont la présidente de l’Assemblée Yaël Braun-Pivet, ont demandé l’inscription d’une loi « intégrale » ou « loi-cadre » à l’agenda du Parlement.
La porte-parole du gouvernement ne s’écarte pour le moment pas du calendrier initial de l’exécutif et assure que le projet de loi déjà prévu sur le sujet « sera amendé via une saisine rectificative du Conseil d’Etat », qui a déjà rendu son avis sur le projet de loi. « Nous sommes évidemment par principe favorable à avancer sur ce sujet pour faire en sorte que cela ne se reproduise plus », a ajouté Maud Bregeon, tout en estimant qu’il ne fallait pas « faire croire aux Français qu’il suffirait d’un projet de loi » pour « amener le risque que ce genre de drame se reproduise à zéro. »