IVG : une proposition de loi des sénateurs socialistes veut supprimer la clause de conscience
La sénatrice Laurence Rossignol, soutenue par les collègues de son groupe, a déposé une proposition de loi pour supprimer la clause de conscience que les médecins opposent pour refuser de pratiquer les interruptions volontaires de grossesse.

IVG : une proposition de loi des sénateurs socialistes veut supprimer la clause de conscience

La sénatrice Laurence Rossignol, soutenue par les collègues de son groupe, a déposé une proposition de loi pour supprimer la clause de conscience que les médecins opposent pour refuser de pratiquer les interruptions volontaires de grossesse.
Public Sénat

Par Guillaume Jacquot (Sujet vidéo : Cécile Sixou)

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

La date est symbolique. Le 28 septembre, la sénatrice socialiste Laurence Rossignol,  soutenue par l’ensemble de son groupe, a déposé une proposition de loi visant à abroger la clause de conscience en matière d’interruption volontaire de grossesse (IVG), prévue par le Code de la santé publique. Un vendredi pas comme les autres car il s’agissait de la Journée mondiale pour le droit à l'avortement, un droit né avec la loi Veil de 1975 sur lequel pèsent de plus en plus de menaces, considère la sénatrice de l’Oise.

Les récentes déclarations du président du Syndicat national des gynécologues (Syngof) sur le plateau de l’émission Quotidien, ont été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. « Ses propos ont changé la donne », considère l’ancienne ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes.

Le 11 septembre, Bertrand de Rochambeau, qui refuse de pratiquer l’IVG, avait assimilé cet acte médical à un « homicide ». Si le Syngof s’est désolidarisé de cette position « personnelle », condamnée par plusieurs ministres, Laurence Rossignol y voit au contraire une « position institutionnelle », lourde de sens, selon elle.

Avec son texte déposé au Sénat, l’élue socialiste espère mettre fin à cette clause de conscience spécifique à l’IVG, acte qui concerne – rappelons-le – une femme sur trois au cours de sa vie. Que dit la législation ? Comme le dispose l’article 2212-8 du Code santé publique, « un médecin n'est jamais tenu de pratiquer une interruption volontaire de grossesse ». Et les autres professionnels de la santé, ne sont pas « tenus d’y concourir ».

« Symbole d’un pouvoir médical qui s’arroge le droit de contester la loi »

Alors qu’il existe déjà une clause de conscience générale, Laurence Rossignol considère que cette disposition n’a pas lieu d’être. Elle « vise à stigmatiser l’avortement », et elle « continue de culpabiliser les femmes », dénonce-t-elle, ajoutant : cette clause est « contagieuse et fait pression sur les autres médecins ». « C’est le dernier vestige, le dernier rempart des anti-IVG, qui n’ont jamais désarmé », résume Laurence Rosignol.

Préoccupée par l’état actuel de la loi, la sénatrice cite le cas du centre hospitalier du Bailleul de la Flèche (Sarthe) qui ne peut plus pratiquer plus d’interventions volontaires de grossesse depuis le début de l’année, car trois gynécologues sur quatre ont fait le choix de refuser cette pratique pour des raisons éthiques.

 « La clause de conscience est aujourd’hui le symbole d’un pouvoir médical qui s’arroge le droit de contester la loi et continue de se mobiliser pour contrôler le corps des femmes », explique la proposition de loi dans l’exposé des motifs.

L’exemple italien jugé « alarmant »

Actuellement, aucune statistique officielle n’existe en France – la ministre de la Santé Agnès Buzyn a tout juste demandé aux agences régionales de santé de faire un « état des lieux » sur l’accès à l’IVG – mais les promoteurs de cette proposition de loi craignent que le nombre de médecins faisant valoir la clause de conscience n’augmente comme en Italie. Dans ce pays très imprégné de la tradition catholique, 70% des praticiens ont refusé de pratiquer l’avortement en 2013 (contre 59% en 2005), selon des statistiques gouvernementales. Dans certaines régions du sud du pays, ce taux dépasse parfois les 90%.

Déterminée à abroger ces alinéas jugés controversés du Code de la santé publique, Laurence Rossignol promet de transformer cette proposition de loi en « amendement » à « chaque fois qu’elle en aura la possibilité ». Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), cet automne, pourrait être la première occasion.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Weekly session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Municipales 2026 : comment les résultats dessinent déjà la carte des sénatoriales de septembre

Le Sénat sera renouvelé de moitié en septembre prochain, un scrutin intimement lié à celui des municipales en raison de son corps électoral. Les nouveaux équilibres communaux permettent ainsi d’anticiper sur la future composition de la Chambre haute, entre la résistance de la droite, le recul redouté des socialistes et des écologistes, et les ambitions inédites du RN et de LFI. Décryptage.

Le

EDF Reseau de Transport Electricite de Nice
6min

Politique

Marché européen de l’électricité : sortie ou réforme ? Les paradoxes de la normalisation du RN

Alors que les marchés de l’énergie s’affolent, Jordan Bardella a été attaqué par Bruno Retailleau sur sa proposition de sortie du marché européen de l’électricité. Le président du Rassemblement national estime défendre une simple « remise en cause des règles de fixation du prix » sans sortir du marché, illustrant ainsi la stratégie « attrape-tout » du RN, cherchant à la fois à contenter le grand patronat et son électorat populaire.

Le

PARIS. Marine Le Pen prostest in front of French senat
8min

Politique

Sénatoriales 2026 : le RN veut « tripler » son nombre de sénateurs et rêve de créer un groupe

Le RN se prépare dès maintenant pour les sénatoriales de septembre 2026. « Nous avons la volonté de doubler voire de tripler notre nombre de sénateurs », annonce à publicsenat.fr Ludovic Pajot, nommé directeur de campagne, soit frôler les dix sénateurs, permettant de créer un groupe. Mais avant cela, le parti devra réussir les municipales. Il entend, cette fois, éviter les « brebis galeuses ». Il cherche des candidats présentables, capables de « gérer une ville ».

Le