Vaccins : en mai 2020, il y a eu un projet d’approvisionnement groupé entre le Royaume Uni, la France et l’Allemagne… finalement abandonné
Auditionnée au Sénat, Kate Bingham, en charge jusqu’en décembre dernier de la campagne de vaccination Outre-Manche, a détaillé devant les sénateurs les raisons de la rapidité de la campagne britannique, en étrillant au passage la rigidité européenne, responsable selon elle de l’échec d’un approvisionnement commun.

Vaccins : en mai 2020, il y a eu un projet d’approvisionnement groupé entre le Royaume Uni, la France et l’Allemagne… finalement abandonné

Auditionnée au Sénat, Kate Bingham, en charge jusqu’en décembre dernier de la campagne de vaccination Outre-Manche, a détaillé devant les sénateurs les raisons de la rapidité de la campagne britannique, en étrillant au passage la rigidité européenne, responsable selon elle de l’échec d’un approvisionnement commun.
Public Sénat

Par Jules Fresard

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Elle n’est ni immunologue, ni épidémiologiste, bien qu’elle soit biochimiste de formation. Kate Bingham, qui était jusqu’en décembre 2020 à la tête de la « task-force » britannique concernant le développement et la distribution des vaccins, est connue au Royaume-Uni pour être une experte du « capital-risque » dans le domaine des biotechnologies.

C’est elle que Boris Johnson, le Premier ministre britannique, a choisie pour mener à bien la campagne de vaccination Outre-Manche, avec à la clef le succès que l’on lui connaît : 45 % de la population britannique est actuellement complètement vaccinée.

C’est donc à ce profil et à cette campagne particulière, éloignés des modèles européens, que les sénateurs de la commission des Affaires sociales ont décidé de s’intéresser mercredi 16 juin.

La prise de risque comme boussole

« Quand le 6 mai 2020, le Premier ministre m’a appelé, il m’a donné trois objectifs. S’assurer qu’il y aurait des vaccins, faire en sorte que les vaccins soient distribués internationalement, et mettre sur pied un plan pour que le Royaume-Uni soit préparé pour une campagne de vaccination massive », a détaillé Kate Bingham. Avec cette volonté de mettre de côté l’aspect financier, pour se concentrer sur la fameuse « prise de risque ». D’autant que la task-force n’était pas sous l’autorité du ministère de la Santé, mais sous la tutelle du ministère dédié aux Entreprises.

« Qu’elle est la clé de la réussite de cette cellule vaccin ? Eh bien je pense que c’est son état d’esprit propre. Celui du capital-risque. Nous avons l’habitude de la prise de risque, et nous savons le gérer » a ainsi défendu Kate Bingham. « Nous avons tout de suite investi et priorisé les vaccins qui nous semblaient les meilleurs. Cette rapidité et cette expertise ont été les deux clefs de notre réussite » a-t-elle continué. En défendant par là même une organisation dépouillée de nombreuses instances hiérarchiques, puisque la « task-force » était placée sous le mandat direct du Premier ministre, évitant au passage beaucoup de « paperasses et de bureaucraties, permettant d’aller au plus vite ».

Les raisons du succès de la stratégie vaccinale britannique
02:05

Une organisation ayant permis au Royaume-Uni de s’assurer les premières doses du vaccin développé par Valneva, actuellement en phase finale de développement, qui est une entreprise pourtant française, comme l’a rappelé René-Paul Savary LR de la Marne. « En ce qui concerne Valneva, le soutien du Royaume-Uni lui a permis de poursuivre ses développements cliniques, tout en interrompant ses discussions avec l’Union Européenne, les jugeant trop complexes ». Un constat déjà dressé par le directeur de Valneva, invité en février par Public Sénat.

Les difficultés des négociations européennes

Autre découverte de cette audition, celle concernant une possible alliance d’approvisionnement vaccinal qui aurait pu voir le jour entre la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, finalement abandonnée face aux exigences de la Commission européenne.

« Quand je suis arrivée en mai 2020, nous avons reçu une lettre de la France, avec une proposition d’approvisionnement groupé, avec la France et l’Allemagne. Cela nous intéressait, nous avons mené des discussions. Mais la Commission a établi que l’alliance ne pouvait se poursuivre et que tout devait passer par elle. Nous avons vécu cela comme des contraintes, puisque nous ne pouvions pas participer à la prise de décisions, ni savoir quand et comment nous serions livrés. Le gouvernement britannique a donc jugé qu’il était préférable de continuer de notre côté », a ainsi détaillé Kate Bingham.

Une « task-force » vaccinale donc à l’opposé de celle menée par les Européens, faisait dire à Catherine Deroche, présidente de la commission des Affaires sociales, que « les différences sont frappantes, avec une véritable stratégie industrielle, et une gestion des conflits d’intérêts différentes à celle de la France. On voit bien une réelle différence, et on en voit les résultats aujourd’hui ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: French Government Weekly Cabinet Meeting
3min

Politique

1er mai : boulangeries et fleuristes « indépendants » pourront faire travailler leurs salariés dès cette année, annonce Sébastien Lecornu

Le Premier ministre a mis sur la table, vendredi, un nouveau projet de loi d’élargissement du travail le 1er mai, uniquement ouvert aux boulangeries et fleuristes « indépendants et artisanaux ». En attendant son adoption formelle, il a assuré que des consignes seront données pour qu’aucun contrôle ne vienne entraver le travail de leurs salariés cette année.

Le

Festival Du Livre 2025
2min

Politique

Crise chez Grasset : au Festival du livre, Emmanuel Macron affiche sa volonté de défendre le « pluralisme éditorial »

En visite ce vendredi au Festival du livre, bousculé par la crise ouverte chez l’éditeur Grasset, Emmanuel Macron a voulu afficher sa défense du « pluralisme éditorial » et de « la liberté des auteurs ». Concernant la création d’une clause de conscience pour les auteurs, le Président a estimé que cela « doit se réfléchir ».

Le

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le

FRA – ELECTIONS MUNICIPALES – LR RETAILLEAU
10min

Politique

« Il faut qu’il abatte son jeu et rentre sur le terrain » : Bruno Retailleau pourrait être candidat officiel des LR pour 2027 dès dimanche

Les militants LR sont appelés à choisir le mode de désignation de leur candidat ce week-end. Mais entre primaire fermée, primaire semi-ouverte et président du parti propulsé candidat, c’est la troisième option qui tient la corde. De quoi permettre au président des LR de lancer le second étage de la fusée et dévoiler son programme « de rupture ». Un meeting est en préparation avant l’été. Il pourrait se faire au Parc floral de Paris, le 20 juin.

Le