Drapeaux kanaks à foison et chants à la gloire de la "Kanaky Nouvelle Calédonie": plusieurs centaines de personnes ont participé mardi à Nouméa au meeting final du FLNKS qui croit dur comme fer à la victoire du oui à l'indépendance au référendum de dimanche prochain.
Dans la soirée, le principal parti non-indépendantiste Calédonie Ensemble (droite modérée) devait à son tour organiser son dernier meeting, dans une campagne jusque-là apaisée entre les deux camps.
Dans la matinée, le sénateur Pierre Frogier, président local du Rassemblement LR, a cependant jeté un peu d'huile sur le feu en annonçant qu'il demanderait, si le non l'emporte massivement dimanche, l'annulation des deux autres scrutins qui peuvent être organisés d'ici à 2022 à la demande d'un tiers au moins des membres du Congrès aux termes de l'accord de Nouméa (1998).
Le sénateur LR de Nouvelle-Calédonie Pierre Frogier (au centre) à l'Elysée, le 27 juin 2018
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Cet accord avait été signé dix ans après ceux de Matignon, qui ont mis fin à plusieurs années de quasi guerre civile entre Kanaks et Caldoches ayant culminé avec la prise d'otage et l'assaut de la grotte d'Ouvéa en mai 1988, faisant au total 25 morts.
Au terme de cet accord, une partie des électeurs kanak sont invités à se prononcer pour dire si ils souhaitent "que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante". Les sondages prédisent une victoire du non avec entre 60 et 69% des voix.
Mardi, au centre d'activités Kowe-Kara,à la sortie de Nouméa, le drapeau kanak, une flèche faitière dans un soleil sur fond bleu, rouge, vert, est partout: sur les tee-shirts, accroché dans les cheveux des femmes.
Sur une scène en plein air, des groupes de Kaneka, musique locale, mettent l'ambiance. Le titre "Pour la Kanaky je dis +oui+" remporte un franc succès.
"Il y a des journalistes venus du monde entier, remplissez la salle, il ne faut pas de chaises vides", lancent les organisateurs. Sur l'estrade, les principaux leaders des deux mouvances du FLNKS, l'union nationale pour l'indépendance (UNI) et l'Union calédonienne (UC) se succèdent, sous une bannière "Oui à la pleine souveraineté Kanaky Nouvelle Calédonie".
- "Plus de respect" -
A quelques jours du référendum sur l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie, le drapeau du FLNKS est partout, ici à Poindimie
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Roch Wamytan, chef du groupe UC-FLNKS et nationaliste au Congrès, dénonce, sous les vivats de la foule, "cet Etat qui a colonisé des millions de gens" et qui "s'accroche pour ne pas lâcher le dernier confetti de son empire".
"On va gagner, il n'y a pas de raisons de douter, nous sommes arrivés au bout du combat", assure Charles Washetine, porte-parole et élu du Palika (Parti de libération kanak).
Des femmes, habillées de leurs robes traditionnelles aux couleurs vives, écoutent, assises sur des nattes. Marie, 64 ans, est "sûre qu'on va gagner". "Même si ça ne passe pas là, on recommence, une deuxième fois, une troisième fois", insiste cette retraitée de la banque.
Roch Wamytan, chef du groupe UC-FLNKS rencontre le Premier ministre Edouard Philippe, à Nouméa, le 2 décembre 2017
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"On a eu tout le temps d'être prêts pour l'indépendance, on y est presque. On veut grandir, s'émanciper, on ne peut pas toujours tout attendre de la France", assure-t-elle, espérant que son futur pays "ne misera pas tout sur le nickel", principale ressource économique de la Nouvelle-Calédonie, mais "sur la mer, la culture".
"Si le oui l'emporte, il faut qu'on remette la tradition en avant. Il y aura plus de respect, moins de délinquance et de dépendance à l'alcool et aux drogues", espère Marie Aimé Aourigna, 42 ans. Il faut selon elle, "retourner aux choses réelles, à la terre".
Sur un banc, Henry Hnadreng, gérant d'une entreprise de BTP, espère que le oui permettra de mettre fin à la discrimination sociale et économique. "Souvent les entreprises kanaks sont obligées de casser les prix pour décrocher un marché", dit-il, bandana kanak sur la tête et barbe noire.
Mais si le non l'emporte, ajoute-t-il avec une pointe de fatalisme, "ce sera sûrement parce que les gens pensent que l'Etat français leur apporte les bonnes choses".
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