À Aubervilliers, « il y a encore trop de monde dehors » selon la maire
Meriem Derkaoui, maire PCF d'Aubervilliers, regrette que l'État ait annulé le couvre-feu qu'elle avait instauré. Dans cette ville populaire de Seine-Saint-Denis, elle salue l'élan de solidarité qui s'est déployé. Et gère en partie à distance cette ville de plus de 80 000 habitants. Interview.

À Aubervilliers, « il y a encore trop de monde dehors » selon la maire

Meriem Derkaoui, maire PCF d'Aubervilliers, regrette que l'État ait annulé le couvre-feu qu'elle avait instauré. Dans cette ville populaire de Seine-Saint-Denis, elle salue l'élan de solidarité qui s'est déployé. Et gère en partie à distance cette ville de plus de 80 000 habitants. Interview.
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Par Jérôme Rabier

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Coment gère-t-on une commune avec la mise en place du confinement ?

Nous avons un plan d'action de continuité des services qui a été activé. Chaque matin, une cellule de crise se réunit par audioconférence, la plupart des gens étant confinés. Certains services sont toutefois encore ouverts. Comme l'état civil pour enregistrer les naissances et les décès. Moi-même ou un autre élu doit être présent pour signer certains documents.

Notre centre municipal de santé est lui aussi ouvert. Nous avons conservé la gynécologie et la psychiatrie. Le reste du centre est désormais transformé en lieu de consultation Covid-19 en lien avec l'agence régionale de sante (ARS) d'Île-de-France. 

Le centre communal d'action sociale (CCAS) fonctionne également pour assurer une distribution de paniers alimentaires pour les plus démunis, avec les associations et leurs bénévoles. Nous allons d'ailleurs lancer un appel aux dons pour assurer l'alimentation des publics les plus fragiles.

Les questions de propreté sont elles gérées en lien avec Plaine Commune, notre communauté d'agglomération.

Enfin deux écoles sont aussi ouvertes pour accueillir les enfants des personnels soignants. Sur des horaires larges donc nous assurons aussi le périscolaire en plus de l'école. Nous allons aussi prochainement accueillir les enfants des personnels des EHPAD, de la police municipale et nationale, ceux de La Poste, de tous ceux indispensables à l'activité en ces temps de confinement.

Avec tout cela à gérer, les journées sont bien remplies même si l'on travaille différemment de d'habitude, par téléphone, par mail ou visioconférence et un minimum de présence physique.

Vous avez aussi dû gérer l'évacuation d'un campement de migrants installé à Aubervilliers ?

Cette évacuation s'est bien déroulée, elle a été bien préparée. Je demandais l'évacuation et la mise à l'abri depuis des semaines, bien avant le coronavirus. Ce terrain vague se remplissait de manière inconsidérée, dans des conditions insalubres, provoquant la colère des riverains. Avec l'apparition de cette crise sanitaire du coronavirus, nous avons enfin pu obtenir la mise à l'abri par l'État, qui a réquisitionné des hôtels. Les autorités ont compris le danger pour ces migrants, érythréens et soudanais pour la plupart, et pour la population environnante. Alors que l'État prévoyait 400 évacués, ce sont finalement 727 migrants qui ont été mis à l'abri. Tant mieux si cette crise a pu régler cette situation et leur rendre une dignité nécessaire.

Vous avez été la semaine dernière la première maire de Seine-Saint-Denis à instaurer un couvre-feu, de 20 heures à 6 heures du matin. Mais le préfet a décidé de l'attaquer et vous l'avez donc retiré. Pourquoi ces décisions ?

J'ai fait le constat, très tôt, qu'il y avait encore trop de monde dehors. Des gens qui ne mesurent pas le danger. Et je l'ai constaté pas plus tard qu'hier encore. J'ai indiqué au préfet qu'il fallait très vite une prise de conscience qu'on ne peut plus se balader comme avant et que le confinement devait être respecté, avec la fermeture des commerces et un couvre-feu entre 20H et 6H du matin. Le préfet partage le fondement de cet arrêté, mais il m'a indiqué que c'était trop tôt pour le faire. Je lui ai dit que c'était maintenant qu'il fallait agir car dans 15 jours on va commencer à compter les hospitalisations et aussi, hélas, les pertes humaines. Il m'a néanmoins faire savoir qu'il ferait fermer les commerces entre 21H et 6H du matin.

Je constate pourtant un manque de cohérence car Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) a pris le même arrêté qui est toujours en vigueur. Le préfet ne l'a pas attaqué. Je suis républicaine, j'ai donc accepté de retirer cet arrêté municipal. Même si je pense qu'il faudrait le généraliser car les gens se mettent en danger et mettent en danger les autres.  Ils sont sans doute en train de changer de doctrine car un couvre-feu le dimanche pourrait être instauré et il concernerait même la journée. Car nous avons désormais un gros problème de gens qui sortent dans la journée.

La coordination avec les services de l'État est-elle donc défaillante ?

En dehors de ce problème de couvre-feu, nous avons une audioconférence avec le préfet chaque semaine avec d'autres maires. Et Julien Denormandie, ministre en charge de la Ville, en a aussi organisé une la semaine dernière et nous a convié le 2 avril pour un nouvel échange sur l'hébergement des personnes sans domicile fixe, des réfugiés, des personnes hébergées. Il nous réunit par petit groupe de 6-7 maires pour évoquer tout ce qui est « politique de la ville ». Nous rencontrons les mêmes problèmes dans nos communes populaires. Logements insalubres, exigus, de nombreuses familles monoparentales. J'ai d'ailleurs demandé au ministre de réquisitionner certaines entreprises pour pouvoir les faire intervenir en urgence sur des arrêtés de péril ou tout simplement pour une chaudière collective qui ne fonctionne plus.

Y-a-t-il d'autres particularités dans une commune comme Aubervilliers, ville populaire ?

La caractéristique positive, c'est la solidarité qui s'est mise en place instantanément dans les quartiers, les immeubles. Les gens ont placardé des affiches pour par exemple ramener des baguettes de la boulangerie à tout le monde. La solidarité est donc très présente et s'organise bien. Pour faire des courses pour les personnes âgées et même pour aider d'autres.

L'association franco-chinoise de commerce a fait un don de 10 000 masques pour notre centre de santé. Et elle en offre 25 000 cette semaine que nous partagerons avec l'Agence régionale de Santé pour faire preuve de solidarité nous aussi. Et nous équipons aussi les personnels qui sont exposés. Les postiers municipaux, des commerçants, des agents de la poste, la police municipale également.

Il y a un élan de solidarité vraiment important des acteurs sportifs, culturels, économiques. Les gens essayent de garder cette humanité malgré cette épreuve.

Avez-vous un bilan de l'épidémie sur la commune ?

Nous n'avons pas de données sur la ville. Il est trop tôt. Au moment où je vous parle nous n'avons pas connaissance de cas déclarés dans les EHPAD de la commune. Mais nous avons 3 élus municipaux touchés, dont un qui a été malheureusement admis en service de réanimation et placé en Coma artificiel, à l’hôpital Avicenne de Bobigny.

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