A Copenhague, Macron fait l’éloge de la « flexisécurité »
En visite à Copenhague, Emmanuel Macron a nuancé mercredi son éloge de la "flexisécurité" au Danemark, un modèle efficace pour...

A Copenhague, Macron fait l’éloge de la « flexisécurité »

En visite à Copenhague, Emmanuel Macron a nuancé mercredi son éloge de la "flexisécurité" au Danemark, un modèle efficace pour...
Public Sénat

Par Laurence BENHAMOU

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En visite à Copenhague, Emmanuel Macron a nuancé mercredi son éloge de la "flexisécurité" au Danemark, un modèle efficace pour combattre le chômage mais qui permet aussi de licencier les salariés "par SMS".

Ce modèle en place depuis 20 ans a bien réussi dans ce pays prospère de 5,7 millions d'habitants, où le dialogue social préside à toute réforme, de quoi enthousiasmer le président français, qui estime suivre ses traces.

"A notre arrivée, l'ambassadeur m'a dit: vous arrivez dans un pays où votre programme présidentiel est déjà appliqué", avait-t-il raconté lors du dîner d'Etat mardi avec la famille royale.

Le modèle danois démontre que "l'Etat providence peut être l'allié de la libre entreprise et que la compétitivité peut être conciliée avec l'environnement", a-t-il lancé, un "en même temps" qui résonne comme une réplique aux critiques anti marché de son ministre démissionnaire Nicolas Hulot.

Un enthousiasme que le chef de l'Etat a cependant nuancé mercredi matin devant des patrons danois.

"La France n'a pas du tout flexibilisé à hauteur du modèle danois. Il faut être lucide, vous êtes dans un pays modèle d'équilibre social et de justice mais dans un pays où on licencie par SMS dans la journée", a-t-il relevé.

Le poids des syndicats danois n'est pas le même qu'en France. Les relations entre les syndicats et le patronat sont marquées au Danemark par une confiance mutuelle: près de 70% des salariés danois sont syndiqués contre 8% en France, selon l'OCDE.

En France en revanche, a déploré le chef de l'Etat, "nous avons beaucoup de problèmes à cause d'un manque de confiance entre les acteurs" du dialogue social.

"Ce ne sont pas des réformes techniques, c'est toute une transformation culturelle" qui est nécessaire, a-t-il ajouté.

- Chômage en berne -

Comme l'indique son nom, la "flexisécurité" permet aux entreprises de se séparer facilement de leurs salariés, qui en échange bénéficient d'allocations chômage élevées et d'avantages sociaux importants (retraite, congés payés ou parentaux, etc) indépendants de l'ancienneté. Si bien qu'il n'y a presque aucun coût à changer d'employeur.

L'idée a inspiré la politique du gouvernement du social-démocrate Poul Nyrup Rasmussen (1993-2001), alors que le pays combinait une fiscalité parmi les plus lourdes au monde et un taux de chômage dépassant 11%.

Le Danemark choisit en 1994 de simplifier fortement le licenciement et l'embauche.

Pari réussi: avec l'aide d'une conjoncture mondiale favorable, le chômage chutait à moins de 5% dès 2000. Il était en juin à 3,9%, au plus bas depuis près de dix ans.

Encore aujourd'hui, le ministère danois de l'Emploi se félicite qu'"un tiers des salariés chaque année changent d'emploi" et que "les embauchés grimpent rapidement dans l'échelle des salaires".

Au Danemark, grâce à la formation professionnelle, les salariés peuvent changer de vie.

Mais l'indemnisation du chômage n'est plus aussi généreuse qu'elle pouvait l'être: en 2010, sa durée maximale a été réduite de moitié, à deux ans (avec une année supplémentaire sous conditions).

Les conditions d'octroi sont rigoureuses et le contrôle des chômeurs drastique, avec radiation en cas de manquements à la recherche active d'emploi. Au point qu'une majorité de partis ont convenu en août d'adoucir ces obligations.

- Des salaires élevés -

Le gouvernement Macron voit la "flexisécurité" comme la voie royale contre le chômage de masse. D'où le vote des lois pour assouplir le code du travail, développer la formation professionnelle, étendre l'assurance chômage aux démissionnaires et indépendants et contrôler plus strictement les chômeurs.

Sauf qu'au Danemark, la réforme a été engagée avec l'accord des partenaires sociaux alors qu'en France plusieurs syndicats s'opposent frontalement à une remise en cause du contrat de travail. Le gouvernement n'a d'ailleurs pas osé remettre en cause le contrat à durée indéterminée (CDI).

Pour faire passer les réformes, les partenaires sociaux au Danemark veillent par ailleurs à maintenir le pouvoir d'achat - élevé - des Danois: un salarié à plein temps perçoit en moyenne 260.000 couronnes danoises (35.000 euros) par an, avant impôts.

Enfin la formation "tout au long de la vie" au Danemark est considérée comme la plus performante en Europe après la Suède, un atout indispensable pour assurer l'adaptabilité des salariés dans un pays désormais confronté à des pénuries de main d'oeuvre.

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