Au procès Fillon, ultime charge de la défense contre une enquête « brûlot »
"Un roman", une enquête "à charge": au dernier jour du procès à Paris de l'ancien Premier ministre François Fillon et de sa femme Penelope, la...

Au procès Fillon, ultime charge de la défense contre une enquête « brûlot »

"Un roman", une enquête "à charge": au dernier jour du procès à Paris de l'ancien Premier ministre François Fillon et de sa femme Penelope, la...
Public Sénat

Par Anne-Sophie LASSERRE, Juliette MONTESSE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

"Un roman", une enquête "à charge": au dernier jour du procès à Paris de l'ancien Premier ministre François Fillon et de sa femme Penelope, la défense s'est évertuée mercredi à démonter les soupçons d'emplois fictifs de Mme Fillon et à livrer sa "vérité".

Les six avocats du couple Fillon et de Marc Joulaud, ancien suppléant de François Fillon à l'Assemblée nationale, ont plaidé la relaxe générale, au lendemain d'un féroce réquisitoire. Le parquet national financier (PNF) a demandé cinq ans de prison, dont deux ferme, et 375.000 euros d'amende contre un François Fillon "cynique", appâté par le "gain".

Le tribunal correctionnel rendra son jugement le 29 juin.

Offensif, l'avocat de l'ex-candidat de la droite à la présidentielle, Antonin Lévy, s'est élevé contre un "brûlot", une "enquête folle" ouverte en janvier 2017 en pleine campagne présidentielle, après un article du Canard enchaîné.

"Onze perquisitions", dont "une double" à l'Assemblée nationale, "44 personnes entendues", a rappelé l'avocat. Citant nommément chacune d'elles, il a ridiculisé certains des témoignages, balayé les autres jugés "pas pertinents" pour dire si l'emploi de Mme Fillon comme collaboratrice parlementaire était ou non fictif.

Pourquoi n'avoir "pas donné suite" aux témoignages plus favorables ? interroge Me Lévy. Car "pour pouvoir être entendu, et vite, il faut dire que Penelope Fillon n'a pas travaillé", a-t-il taclé.

Ces "choix" ont, selon l'avocat, "contraint" la défense à "un stratagème": verser aux débats, et non lors de l'enquête, plusieurs dizaines de témoignages surprise censés attester de la réalité du travail de Penelope Fillon.

Pour ses emplois d'assistante parlementaire, Mme Fillon a perçu 613.000 euros nets d'argent public entre 1998 et 2013.

Presque aucune trace des missions dont elle se prévaut n'a été retrouvée, preuve de leur "fictivité" pour l'accusation, qui a requis trois ans de prison avec sursis et 375.000 euros d'amende contre l'épouse de l'ancien Premier ministre.

- "Les yeux et les oreilles" -

"On a beaucoup glosé sur l'oralité du travail de Penelope Fillon et l'absence des traces", a souligné Antonin Lévy. Mais d'autres collaborateurs de François Fillon n'ont "rien conservé", "sans qu'on considère qu'ils avaient un emploi fictif".

Procès de François Fillon
Dates clés dans l'affaire des emplois fictifs et du procès de François et Pénélope Fillon
AFP

Le rôle de collaboratrice parlementaire de Mme Fillon n'était connue que d'un petit cercle ? Mais "neuf personnes, neuf" connaissaient cette qualité, dont les aînés du couple, a pointé Me Lévy, tentant de démolir un à un les éléments à charge de l'accusation.

Il a également demandé au tribunal de "prendre en compte" la séparation des pouvoirs, souvent brandie par François Fillon, selon laquelle le juge ne peut pas interférer dans les tâches confiées par un parlementaire à ses collaborateurs.

Mme Fillon était "les yeux et les oreilles de son mari", entretenait le lien entre le député et les "électeurs des cantons ruraux", a assuré l'un de ses avocats, Pierre Cornut-Gentille.

"Tout homme politique important aime avoir auprès de lui quelqu'un qui ne fait pas carrière", a-t-il ajouté, vilipendant par ailleurs la "violence inouïe" de l'accusation, qui a présenté Mme Fillon comme la "victime consentante" des agissements de son mari.

Le PNF a en outre requis deux ans avec sursis et 20.000 euros d'amende à l'encontre de Marc Joulaud, maire de Sablé-sur-Sarthe et candidat à sa réélection, qui avait salarié Mme Fillon à la demande de son époux.

M. Joulaud "a totalement respecté la loi", a plaidé son avocat Jean Veil. A ses débuts, "il avait tout simplement besoin de Penelope Fillon pour être député", a insisté sa consoeur Léonor Hennerick.

Dans la matinée, la défense avait plaidé la prescription des délits reprochés, celui de détournement de fonds publics comme l'emploi de Mme Fillon à la Revue des deux mondes du milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière.

Aux yeux de la défense, les contrats de Penelope Fillon n'étaient pas "dissimulés" puisqu'ils étaient dûment déclarés. Dès lors, le délai de prescription de trois ans commence à courir au moment de ces contrats, pas de la révélation de l'affaire par le Canard enchaîné, donc les poursuites étaient trop tardives.

L'affaire avait atomisé la campagne présidentielle de François Fillon, alors donné favori.

"J'ai souvent entendu dire que vous ne pourriez que condamner parce que si vous ne condamniez pas, cela voudrait dire que l'élection aurait été confisquée au peuple français. Il n'y a aucune raison de vous faire cette injure", a lancé au tribunal Me Antonin Lévy.

Partager cet article

Dans la même thématique

Hearing of France’s Justice Minister Gerald Darmanin at National Assembly
9min

Politique

Moratoire, quotas, OQTF…  Pourquoi le plan de Gérald Darmanin pour « tarir l'immigration » se heurte à la Constitution et au droit européen

Dans une interview fleuve au Journal du Dimanche, le ministre de la Justice explique vouloir refonder la politique migratoire. Il reprend pour partie des mesures déjà défendues par la majorité sénatoriale de droite et du centre, mais dont la faisabilité et la constitutionnalité questionnent. De son côté, la gauche lui reproche d’entretenir à dessein « l’idée d’une submersion ».

Le

Encyclical by Pope Leo XIV
6min

Politique

Encyclique du pape Léon XIV : « Une mise en garde contre la culture de la performance et de l’optimisation permanente »

Dans l'encyclique « Magnifica Humanitas » (Humanité magnifique) publiée ce lundi, le pape Léon XIV a appelé, dans son premier texte majeur, à « désarmer » l'intelligence artificielle (IA) pour « l'empêcher de dominer l'humain ». Pour Éric Salobir, président de la Human Technology Foundation et expert dans les nouvelles technologies auprès du Saint-Siège, il s’agit d’un nouveau chapitre important de la doctrine sociale de l’Église. Entretien.

Le

Au procès Fillon, ultime charge de la défense contre une enquête « brûlot »
3min

Politique

Présidentielle : « Il n’y aura qu’un seul candidat du bloc central et ça sera Édouard Philippe », veut croire Naïma Moutchou (Horizons)

Invitée de notre matinale, la ministre des Outre-mer est revenue sur le dernier baromètre Odoxa-Mascaret pour Public Sénat et la presse quotidienne régionale qui place son candidat, Édouard Philippe, au coude-à-coude avec Jean-Luc Mélenchon. Naïma Moutchou estime que le maire du Havre a une longueur d’avance sur ses concurrents et s’imposera comme candidat du bloc central.

Le