Benalla: une audition et beaucoup de questions
Ira, ira pas ? Parlera, parlera pas ? Au grand dam de l'exécutif, Alexandre Benalla est convoqué mercredi devant les sénateurs...

Benalla: une audition et beaucoup de questions

Ira, ira pas ? Parlera, parlera pas ? Au grand dam de l'exécutif, Alexandre Benalla est convoqué mercredi devant les sénateurs...
Public Sénat

Par Véronique MARTINACHE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Ira, ira pas ? Parlera, parlera pas ? Au grand dam de l'exécutif, Alexandre Benalla est convoqué mercredi devant les sénateurs qui attendent des réponses sur le rôle qu'il a pu tenir dans la protection du président Macron.

Filmé en train de frapper un manifestant le 1er-Mai, l'ex-collaborateur du chef de l'Etat est mis en examen pour "violences en réunion". Sont également convoqués au Sénat Vincent Crase, chef d'escadron dans la réserve opérationnelle de la gendarmerie, filmé à ses côtés et également mis en examen, ainsi que Yann Drouet, ancien chef de cabinet du préfet de police de Paris.

VOLTE-FACE

Philippe Bas, le président LR de la commission des Lois du Sénat, s'était d'abord montré réticent à l'idée d'entendre M. Benalla, au motif qu'il était mis en cause dans une enquête judiciaire.

La décision de l'auditionner a été prise au regard notamment des "contradictions" apparues lors des précédentes auditions. Mais aussi parce que M. Benalla, qui s'est exprimé à plusieurs reprises dans la presse, avait lui-même dit cet été avoir "plutôt envie" d'être auditionné.

Volte-face la semaine dernière: avant même d'avoir reçu sa convocation, M. Benalla décidait de l'ignorer, puis admettait qu'il était "contraint" d'y répondre.

Son avocat a indiqué étudier "des recours possibles". Il a aussi évoqué l'éventualité de demander un huis clos, alors que toutes les auditions de la commission ont été publiques.

"Le président et les rapporteurs statueront si une telle demande est faite", s'est borné à commenter Jean-Pierre Sueur, co-rapporteur PS, interrogé lundi par l'AFP.

SÉPARATION DES POUVOIRS

L'affaire a pris une tournure politique, exécutif et sénateurs s'écharpant sur la question de la séparation des pouvoirs.

La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a souligné le risque d'un "empiètement sur le domaine judiciaire".

Ce dont se défendent les sénateurs. "Nous avons beaucoup de questions à lui poser indépendamment de ce qui relève stricto sensu de la justice", "ce qui nous intéresse c'est le fonctionnement de l'Etat", martèle M. Sueur.

Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement et patron du parti du président, LREM, a lancé un autre type de mise en garde: une commission d'enquête qui voudrait "s'arroger un pouvoir de destitution" du président "commettrait une faute constitutionnelle".

"C'est une situation banale", relativise M. Sueur, rappelant que le Sénat a entendu la semaine dernière le commissaire Maxence Creusat, également mis en examen.

"Nous serons vigilants sur la séparation des pouvoirs entre le législatif et le judiciaire, comme nous sommes vigilants sur la séparation des pouvoirs entre l'exécutif et le législatif", glisse-t-il.

La commission a reçu le soutien de François Bayrou, président du MoDem, partenaire de la majorité, pour qui "c'est normal que le Parlement joue son rôle".

Mais les trois sénateurs LREM membres de la commission ne participeront pas à l'audition de M. Benalla.

PROTECTION RAPPROCHÉE

A ce stade, la commission d'enquête n'a pas obtenu toutes les réponses à ses interrogations sur le rôle joué à l'Elysée par M. Benalla. Elle cherche en particulier à établir s'il a rempli une fonction de protection personnelle du président, ce qui relèverait d'un "dysfonctionnement" des services de l'Etat, cette tâche sensible étant dévolue à des unités d'élite de la police et de la gendarmerie,

La commission n'a pas eu accès à la fiche de poste de M. Benalla, pas plus qu'à sa feuille de paie.

Selon le chef de cabinet du président, François-Xavier Lauch, supérieur direct de M. Benalla, ses fonctions étaient pourtant "extrêmement claires": "organisation des déplacements nationaux du président", "organisation des événements au palais de l'Elysée" et "coordination" des deux services de sécurité de l'Elysée.

Alexandre Benalla était "un petit peu la charnière entre ce que fait le GSPR et le commandement militaire", a complété le commandant militaire de l'Elysée, le général Bio-Farina.

"On s'approche de la reconnaissance qu'il jouait bien un rôle en matière de sécurité", déclarait M. Bas à l'issue des dernières auditions.

Mais "il y a toujours un refus d'admettre qu'il pouvait avoir un rôle de protection rapprochée", relevait-il. Malgré "un permis de port d'arme" et de nombreuses images où on le voit au côté du président.

Partager cet article

Dans la même thématique

Benalla: une audition et beaucoup de questions
3min

Politique

« À l'EHPAD ! » : Gabriel Attal face aux questions sans filtre de nos aînés

Pour le lancement de « À l'EHPAD ! », le nouveau programme d'Au Tableau Productions, des résidents de maisons de retraite interrogent les candidats à la présidentielle 2027. Premier sur le grill : Gabriel Attal, venu à Suresnes à la rencontre des aînés. Un échange spontané et sans détour, à découvrir dès maintenant la chaîne YouTube de l'émission et publicsenat.fr.

Le

Paris : Socialist Party Primary Debate Ahead of France’s 2027 Presidential Election
7min

Politique

« L’éléphant dans la pièce » : LFI s’invite encore dans le débat de la primaire socialiste 

Pour leur deuxième débat, les cinq candidats à la primaire sociale-démocrate ont une nouvelle fois buté sur les mêmes lignes de fracture. La France insoumise, pourtant absente du plateau, s'est imposée dans les échanges, de la mobilisation lycéenne aux alliances en vue des législatives. Sur Gaza, le mot « génocide » a fait voler en éclats la courtoisie de façade entre Olivier Faure, Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj.

Le

Senat : QAG
9min

Politique

Tentative de groupe Nouvelle Energie et de « putsch » contre Claude Malhuret, « psychodrame » : c’est la folle semaine du « mercato » au Sénat

La suite des sénatoriales réserve quelques surprises. Des sénateurs membres de Nouvelle énergie, le parti du candidat à la présidentielle, David Lisnard, ont tenté de créer un nouveau groupe, avec des frondeurs du groupe Les Indépendants, présidé par Claude Malhuret, proche d’Edouard Philippe. L’affaire semble jusqu’ici échouer, mais crée des tensions au Palais du Luxembourg, où la semaine du « mercato » bat son plein.

Le

Sénat 360
4min

Politique

Gérard Larcher réélu à la présidence du Sénat pour la sixième fois

Le président Les Républicains du Sénat, Gérard Larcher, a été réélu ce jeudi 1er octobre pour un nouveau mandat de trois ans à la tête de la Chambre haute. Sans surprise, il l’a très largement emporté dès le premier tour, selon les résultats proclamés dans l'hémicycle.

Le