Emancipation ou régression? Le nouveau compte personnel de formation divise l’Assemblée
"Outil d'émancipation à la main de chacun" ou recul des droits des salariés: la "refondation" du compte personnel de formation (CPF) pour...

Emancipation ou régression? Le nouveau compte personnel de formation divise l’Assemblée

"Outil d'émancipation à la main de chacun" ou recul des droits des salariés: la "refondation" du compte personnel de formation (CPF) pour...
Public Sénat

Par Fabrice RANDOUX, Isabelle CORTES

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

"Outil d'émancipation à la main de chacun" ou recul des droits des salariés: la "refondation" du compte personnel de formation (CPF) pour inciter les actifs à y recourir davantage a divisé mardi les députés.

Après un long débat entamé lundi soir, l'article 1er portant cette mesure phare du projet de loi "avenir professionnel" a été adopté par 52 voix, contre 28. 1570 amendements restent à discuter d'ici vendredi.

Trois ans après la création du CPF, censé mettre en pratique le droit individuel à la formation professionnelle, seuls 5,3 millions de comptes ont été ouverts sur 29 millions d'actifs.

1,3 million de formations ont été financées depuis 2015, majoritairement pour des chômeurs. Peu de salariés y recourent, deux fois plus de cadres que d'ouvriers, deux fois plus de salariés des grandes entreprises que des TPE.

Effet, selon la rapporteure LREM Catherine Fabre, d'un système "illisible" de listes de formations éligibles et d'un "accès difficile" via des intermédiaires. Boris Vallaud (PS) a, lui, défendu des apports du CPF.

Pour que ce droit ne reste pas "formel", la ministre du Travail Muriel Pénicaud veut le transformer en "outil d’émancipation sociale à la main de chacun". Richard Ferrand défend "du sur-mesure centré sur l'individu".

Via un site, qui serait créé courant 2019, "chacun, avec son CPF et sans intermédiaire, pourra comparer la qualité des formations qui devront être obligatoirement certifiés, s’inscrire et payer en ligne", promet Mme Pénicaud, ancienne DRH de grands groupes.

La ministre du Travail Muriel Penicaud quitte l'Elysée à Paris le 6 juin 2018
La ministre du Travail Muriel Penicaud quitte l'Elysée à Paris le 6 juin 2018
AFP

La gauche, mais aussi LR, ont dénoncé une "logique d'individualisation" laissant "seul" face à "une application" et renforçant "les inégalités".

Pour Pierre Dharréville (PCF), "elle renvoie à l’individu la responsabilité de son employabilité", avec un "système carte bleue".

S'il a partagé "le diagnostic sur l'injustice du système actuel", Boris Vallaud a critiqué "l'isolement" futur et jugé qu'on doit légiférer pour "ceux qui sont en difficulté". "Même si on est habiles sur smartphone, on a besoin d'accompagnement humain", selon Ericka Bareigts.

- "Pas dans le même monde" -

Voyant une forme de "condescendance" à "penser que nos concitoyens ne pourraient pas penser pour eux-mêmes", Mme Pénicaud a exprimé aux opposants "l'impression qu'on ne vit pas dans le même monde", avec l'exemple d'un éboueur déterminé à devenir chauffeur.

"Ne jouons pas à nous faire peur", a exhorté Sylvain Maillard, chef de file LREM.

Ministre et rapporteure ont promis que les salariés pourraient être accompagnés par "des conseillers en évolution professionnelle" disponibles "gratuitement" dans chaque région.

Volet le plus contesté, ce compte ne sera plus alimenté en heures, mais en euros.

Aujourd'hui, le compte d'un salarié à temps plein est crédité chaque année de 24 heures de formation, dans la limite de 150 heures. Demain, ce seront 500 euros par an (800 pour les non qualifiés), dans la limite de 5.000 euros (8.000). Les personnes à mi-temps bénéficieront du même abondement que les temps pleins, les travailleurs handicapés auront un compte majoré. Les heures déjà acquises seront converties en euros, au taux horaire de 14,28 euros.

Pour Mme Pénicaud, ce sera "plus parlant, mais aussi plus juste que les actuels droits en heures". Tous les amendements des oppositions pour revaloriser le CPF ont été rejetés, un amendement LREM adopté prévoit une révision du montant tous les trois ans notamment face à l'inflation.

La réforme pourrait pénaliser de nombreux salariés car le coût moyen d'une formation prise en charge par l'organisme paritaire (Opca) dont dépend l'entreprise avoisine plutôt "30 à 40 euros", selon Gérard Cherpion (LR).

Selon le gouvernement, la réforme obligera les organismes de formation, par "plus de transparence" et de "concurrence", à proposer "des prix raisonnables" autour de 14-15 euros l'heure.

Pour les demandeurs d'emploi, gauche et droite ont échoué à faire supprimer l'obligation de mobilisation du CPF en cas de formation financée par Pôle emploi ou la région.

"Vous faites payer aux chômeurs" sur leur "portefeuille", a protesté Jean-Paul Lecoq (PCF). Cela "ôte une certaine liberté", pour Francis Vercamer (UDI-Agir), preuve d'"un décalage énorme avec ce que vous affichez", selon Patrick Hetzel.

Pour les salariés voulant se reconvertir par formations longues, le congé individuel de formation (CIF) est supprimé, au profit d'un CPF de transition. "Incompréhensible": le CIF, mieux "financé", "fonctionnait bien", bénéficiait "majoritairement aux moins qualifiés", selon PS, PCF et LR. "le gouvernement cherche à contenter le patronat", pour Caroline Fiat (LFI).

La ministre a assuré que c'est "en complément du CPF" et "ne diminue en rien les droits".

Partager cet article

Dans la même thématique

Emancipation ou régression? Le nouveau compte personnel de formation divise l’Assemblée
5min

Politique

Exclu Public Sénat : Le président du Medef critique les « déclarations très guerrières » de la nouvelle présidente du Cese Claire Thoury

Après l’élection, mercredi 20 mai, de la présidente du Mouvement associatif Claire Thoury, à la tête du Conseil économique, social et environnemental (Cese), Patrick Martin réagit. Le président du Medef met en garde, jeudi 21 mai, contre « un dévoiement » de l’organisation et enjoint sa nouvelle présidente à « ne pas faire de politique ».

Le

Statement by French Outgoing Prime Minister Sebastien Lecornu – Paris
10min

Politique

« 710 millions d’euros d’aides nouvelles » : prime carburant, taxis, pêcheurs, aides à domicile...Retrouvez le détail des annonces du gouvernement pour faire face à la crise

Le premier ministre Sébastien Lecornu a tenu une conférence de presse ce jeudi pour y dévoiler de nouvelles aides ciblées. Accompagné de plusieurs de ses ministres, Sébastien Lecornu qui a affirmé que la guerre en Iran allait durer, a annoncé 710 millions d’aides nouvelles. Retrouvez le détail des aides secteur par secteur, et les temps fort de cette conférence de presse.

Le

Emancipation ou régression? Le nouveau compte personnel de formation divise l’Assemblée
4min

Politique

Élargissement du corps électoral en Nouvelle-Calédonie : « Le gouvernement s’est appuyé sur mon texte pour aller plus vite », explique le sénateur LR Georges Naturel

Par l’adoption définitive de la proposition de loi du sénateur de Nouvelle-Calédonie, Georges Naturel, le Parlement ouvre la voie à l’élargissement du corps électoral à plus de 10.000 natifs de l’archipel. Mais il regrette que son texte ait été examiné dans la précipitation. « A 40 jours d’une élection, modifier le corps électoral, ce n’est pas tout à fait normal », pointe Georges Naturel.

Le

Emancipation ou régression? Le nouveau compte personnel de formation divise l’Assemblée
5min

Politique

Pacte européen sur la migration et l’asile : le Sénat habilite le gouvernement à avoir recours aux ordonnances

Mercredi soir, le Sénat a adopté le projet de loi habilitant le gouvernement à transposer par ordonnances le Pacte sur la migration et l’asile. Un choix nécessité par l’urgence du calendrier. Les Etats membres ont jusqu’au 12 juin pour transposer le Pacte en droit français. A cette date la plupart des dispositions du pacte seront applicables directement à l’ensemble des Etats membres.

Le