Emmanuel Macron a-t-il convaincu ? Réponse samedi dans les rues
Question posture, Emmanuel Macron a réussi l'épreuve jugent les politologues. Mais sur le fond, a-t-il convaincu ? Au-delà des...

Emmanuel Macron a-t-il convaincu ? Réponse samedi dans les rues

Question posture, Emmanuel Macron a réussi l'épreuve jugent les politologues. Mais sur le fond, a-t-il convaincu ? Au-delà des...
Public Sénat

Par Anne CHAON, avec les bureaux de l'AFP

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Question posture, Emmanuel Macron a réussi l'épreuve jugent les politologues. Mais sur le fond, a-t-il convaincu ? Au-delà des petites phrases et des commentaires, la réponse viendra de la rue dès samedi, la 24e journée de mobilisation des "gilets jaunes".

Près de deux heures et demie durant, assis à une table face à la presse tel un professeur devant sa classe, le chef de l'État français a détaillé un ensemble de mesures, notamment fiscales, destinées à relever le pouvoir d'achat des plus pauvres - indexation des petites retraites sur l'inflation, garanties sur les pensions alimentaires impayées - et des classes moyennes - allègement de l'impôt sur le revenu pour 15 millions de foyers dès 2020.

Répondant aux questions des journalistes convoqués à l'Élysée, Emmanuel Macron a fait acte de contrition, concédant avoir pu se montrer "arrogant", "injuste", "impatient" ou "dur" face aux revendications et aux réticences populaires.

L'exercice lui aura permis de "retrouver un peu d'oxygène", estime le président de l'institut de sondage PollingVox, Jérôme Sainte-Marie. "Formellement, c'est une prestation remarquable", ajoute-t-il.

Mais "les Français veulent surtout voir concrètement en quoi ils vont profiter, ce qui va changer dans leur quotidien", nuance Christelle Crapelet, directrice d'études chez BVA Opinion.

Car le chef de l'État a prévenu : "les transformations indispensables" se poursuivront. "Les orientations prises durant ces deux premières années à bien des égards ont été justes", a-t-il insisté.

Mobilisés depuis la mi-novembre par le biais des réseaux sociaux et chaque samedi dans les principales villes de France, dont Paris, les "gilets jaunes", fers de lance de la contestation sociale loin devant les syndicats et les partis politiques, ont entendu les propos. Mais pour eux, le compte n'y est pas.

"Des mesurettes à la con", "du pipeau", une attitude de "mépris" : dès le milieu de soirée à Aubagne, près de Marseille, une dizaine de "gilets jaunes" s'appliquaient à démolir le discours présidentiel. Pour eux, Emmanuel Macron n'a pas répondu aux "attentes du peuple".

"Il nous prend pour des cons, c'est du pipeau", fulmine Jean-Luc, un commerçant qui dit en avoir "marre de voir les personnes âgées faire les poubelles" et que "des nantis lui fassent la leçon".

- "Les copains du pouvoir" -

Plus mesuré, Jérémy Clément, un des porte-parole du mouvement, considère que "le président a compris (leurs) revendications. Mais il n’y a pas répondu".

Les annonces concernant le manque de démocratie dénoncé par les manifestants étaient déjà connues, juge-t-il, ou sont des demi-mesures déjà prévues - notamment la réforme facilitant la mise en œuvre d'un référendum à l'initiative du peuple.

Le tirage au sort de 150 citoyens qui viendront renforcer les rangs d'un "Conseil de la participation citoyenne" : "Ce seront des copains du pouvoir", craint-il. "On se méfiait, on avait raison. Le président ne remet rien en cause de sa politique des deux dernières années, même s'il nous cite".

Conséquence, et malgré la "pause" volontaire d'une de leurs figures de proue, le médiatique Éric Drouet, les manifestants sont appelés à de nouveau battre le pavé dans les principales villes, en particulier à Strasbourg (Est), où un appel "international" a été lancé, ainsi qu'à Toulouse et Paris - avec la crainte de nouveaux débordements.

Dès jeudi soir, une autre personnalité forte du mouvement, Priscillia Ludosky, résumait sur Twitter : "27/04 manif 01/05 manif 04/05 manif 08/05 manif 11/05 manif 18/05 manif 25/05 manif", annonçant ainsi le programme des réjouissances pour les semaines à venir, notamment à l'occasion du 1er mai, le jour de la Fête du travail, et du 8 mai, un autre jour férié.

Pour le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, le mouvement va s'éteindre parce que les "gilets jaunes", "ça n'est pas le peuple" et qu'ils "n'ont plus de revendications".

Mais le 1er mai qui se profile et qui est aussi une traditionnelle journée de contestation syndicale, peut aussi relancer la machine.

Partager cet article

Dans la même thématique

France Politics
9min

Politique

[Série 2/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : avec l’affaire Benalla, le temps du contre-pouvoir

Le Sénat et Emmanuel Macron. 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Avec l’affaire Benalla, le Sénat s’érige en contre-pouvoir du macronisme triomphant. Une forme de revanche, qui va créer des moments de fortes tensions entre l’exécutif et la majorité sénatoriale. Le Sénat va jouer à fond son rôle de contrôle, avec une conception plus anglo-saxonne des commissions d’enquête.

Le

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

Emmanuel Macron a-t-il convaincu ? Réponse samedi dans les rues
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Macron Sénat 1 ok
9min

Politique

[Série 1/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : un début constructif, avant la montée des tensions

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.

Le