Fraude fiscale: prison ferme et bannissement politique pour les Balkany
Bannis de la politique pour une "fraude fiscale d'une ampleur exceptionnelle": Patrick et Isabelle Balkany, maire LR de Levallois-Perret et...

Fraude fiscale: prison ferme et bannissement politique pour les Balkany

Bannis de la politique pour une "fraude fiscale d'une ampleur exceptionnelle": Patrick et Isabelle Balkany, maire LR de Levallois-Perret et...
Public Sénat

Par Sofia BOUDERBALA

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Bannis de la politique pour une "fraude fiscale d'une ampleur exceptionnelle": Patrick et Isabelle Balkany, maire LR de Levallois-Perret et première adjointe, ont été condamnés mercredi en appel à trois ans de prison ferme et dix ans d'inéligibilité.

"Ils ont pris la décision de ne pas se pourvoir en cassation", a déclaré à l'AFP Me Pierre-Olivier Sur en fin de journée.

Si aucun recours n'est déposé dans le délai légal de cinq jours, cette condamnation des édiles, âgés de 71 et 72 ans, sera donc définitive. Et ils pourront demander un aménagement de peine, du fait de leur âge.

La justice a non seulement infligé la peine maximale d'inéligibilité aux Balkany mais elle a aussi ordonné son exécution provisoire, signant la fin de leur règne à la tête de cette commune cossue des Hauts-de-Seine, ravie il y a plus de 30 ans aux communistes.

Pressentant ce bannissement - une peine synonyme de "mort sociale" selon leurs avocats -, ils avaient choisi de renoncer à briguer un nouveau mandat en mars. Mais la cour d'appel a estimé que "la gravité des faits" justifiait d'empêcher les Balkany de demeurer des élus de la République.

Cette décision doit être notifiée à l'autorité préfectorale, qui devra constater "la démission d'office" des condamnés. "Les arrêtés de démission d'office ne seront eux-mêmes exécutoires qu'une fois notifiés individuellement à M. et Mme Balkany", a indiqué la préfecture des Hauts-de-Seine.

S'ils sont démis par la préfecture, c'est le deuxième adjoint au maire, Jean-Yves Cavallini, qui prendra provisoirement la tête de la mairie, a assuré l'intéressé à l'AFP.

Sans surprise, la cour d'appel a rendu une décision qui ne renvoie pas l'ancienne figure de la droite française derrière les barreaux, eu égard à ses problèmes de santé.

Evoquant une "fraude sophistiquée" que les élus "ont en partie reconnue" tout en cherchant à "minimiser les faits", la cour a condamné Patrick Balkany à quatre ans de prison dont un an de sursis, et son épouse Isabelle à trois ans ferme. Le couple a également été condamné à dix ans d'interdiction de gérer une société.

- "Ils ont agi sciemment" -

Les Balkany
Dates clés des ennuis judiciaires des Balkany
AFP

En première instance, le maire LR avait été condamné à quatre ans avec incarcération immédiate, son épouse à trois ans ferme mais sans mandat de dépôt, et tous deux à dix ans d'inéligibilité, une sanction justifiée par le tribunal pour leur ancrage dans une "délinquance fortement rémunératrice". Ils avaient immédiatement fait appel.

Incarcéré dans la foulée du jugement le 13 septembre, Patrick Balkany a passé cinq mois entre la maison d'arrêt parisienne de la Santé et l'hôpital. Très amaigri, il a été libéré sous contrôle judiciaire le 12 février, au vu d'une alarmante expertise médicale.

En décembre, hospitalisé en urgence, l'élu n'avait pu assister qu'au premier jour de son procès en appel. Seule face à la cour, son épouse avait plaidé des "erreurs de bonne foi" et raillé le "merveilleux impôt" qu'était l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF).

L'accusation avait dénoncé une "fraude massive, assumée, confinant à l'arrogance". La cour d'appel a dressé le même constat: "Ils ont agi sciemment, de façon organisée, en refusant de payer des sommes nécessaires au bon fonctionnement de l'Etat", a tancé la présidente Sophie Clément.

A titre d'exemple, elle a rappelé que Mme Balkany n'avait pas payé d'impôts de 2009 à 2013, "se faisant rembourser des sommes allant de 245 à 6.500 euros par an" et n'avait pas fait de déclaration au titre de l'ISF avant 2015.

Le fisc avait porté plainte cette année-là, estimant que les Balkany menaient un train de vie sans commune mesure avec leurs revenus officiels et détenaient un patrimoine caché à l'étranger.

L'ancien maire de Levallois Patrick Balkany salue à sa sortie de la prison de la Santé, le 12 février 2020
L'ancien maire de Levallois Patrick Balkany salue à sa sortie de la prison de la Santé, le 12 février 2020
AFP

La justice reproche aux époux de n'avoir pas payé d'ISF entre 2010 et 2015, malgré des actifs estimés à 16 millions d'euros minimum. Mais également d'avoir payé un impôt sur le revenu amplement sous-évalué entre 2009 et 2014. Au total, les sommes éludées sont estimées à 4 millions d'euros, un montant contesté par la défense.

Leur marathon judiciaire n'est pas terminé: la cour d'appel rendra le 22 avril sa décision dans le volet blanchiment, le parquet général ayant requis quatre ans ferme contre lui et deux ans ferme contre elle, pour avoir dissimulé 13 millions d'euros au fisc.

Partager cet article

Dans la même thématique

Fraude fiscale: prison ferme et bannissement politique pour les Balkany
3min

Politique

« Je ne souhaite pas participer aux ravages sociaux et écologiques en cours » assume cet étudiant qui a bifurqué 

En 2022, Théophile Duchateau, élève dans l’école d’ingénieur Agro ParisTech, fait partie du groupe de « bifurqueurs », surnommés ainsi après avoir annoncé publiquement lors de la remise de leur diplôme qu’ils préféraient renoncer à une carrière toute tracée dans un grand groupe. Théophile Duchateau, ancien élève ingénieur d’Agro ParisTech partage aujourd’hui sa vie entre son métier dans l’agroforesterie et l’engagement dans une ferme collective. Au micro de Quentin Calmet et face aux sénateurs, il assume une nouvelle forme de « travail » dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Fraude fiscale: prison ferme et bannissement politique pour les Balkany
4min

Politique

« L’IA, j’y crois beaucoup » : le préfet de police de Paris défend son utilisation pour la surveillance vidéo des rodéos urbains et des manifestations

Auditionné au Sénat sur la sécurité de l’espace public, le préfet de police de Paris Patrice Faure a défendu le recours à la surveillance vidéo algorithmique pour détecter certains délits et encadrer les manifestations. « Donnez-nous le cadre législatif pour utiliser les moyens technologiques qui existent », a-t-il exhorté devant les sénateurs.

Le

Retailleau ok
6min

Politique

Bruno Retailleau veut rétablir les contrôles à la frontière espagnole : c’est le cas depuis 2015

Suite à la régularisation de 500 000 sans-papiers en Espagne, la droite et l’extrême droite réclament un rétablissement des contrôles à la frontière espagnole. Or, ces contrôles ont été rétablis, théoriquement temporairement, mais sans discontinuer, depuis 2015. Par ailleurs, un titre de séjour délivré par un autre Etat-membre ne permet pas de séjourner légalement en France.

Le