L’Assemblée vote largement l’interdiction de la fessée
Vers la fin des fessées ou gifles pour les enfants? L'Assemblée nationale a adopté dans la nuit de jeudi à vendredi, une...

L’Assemblée vote largement l’interdiction de la fessée

Vers la fin des fessées ou gifles pour les enfants? L'Assemblée nationale a adopté dans la nuit de jeudi à vendredi, une...
Public Sénat

Par Charlotte HILL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Vers la fin des fessées ou gifles pour les enfants? L'Assemblée nationale a adopté dans la nuit de jeudi à vendredi, une proposition de loi à la portée largement symbolique visant à interdire les "violences éducatives ordinaires", sur laquelle les opposants se sont faits discrets.

Le texte du MoDem, co-signé par des élus d'autres groupes, a été adopté en première lecture par 51 voix contre 1 et trois abstentions. Il a relancé une controverse toujours vive sur le sujet sensible des châtiments corporels en France, où le proverbe "qui aime bien châtie bien" a toujours ses partisans.

Selon la Fondation pour l'Enfance, 85% des parents français ont recours à des violences dites éducatives. La proposition MoDem réclame au gouvernement un "état des lieux" sur le sujet avant septembre 2019.

La ministre de la Santé Agnès Buzyn a apporté un franc soutien au texte, arguant notamment qu'"on n'éduque pas par la peur" et que cette violence "prétendument éducative" a des "conséquences désastreuses sur le développement de l'enfant".

Le texte n'est pas "exclusivement symbolique", car il permettra "de rompre avec l'appréciation parfois souple de la jurisprudence" d'un "droit de correction", a-t-elle affirmé.

La proposition ne prévoit pas de nouvelles sanctions pénales car elles existent déjà, et a une "visée pédagogique", de l'aveu même de la rapporteure centriste Maud Petit. Il s'agit "d'affirmer un choix de société", a renchéri Alice Thourot (LREM).

La proposition entend d'inscrire dans le Code civil, à l'article lu lors des mariages, selon une formule revue en séance afin qu'elle soit "plus concise" que "l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques". La version initiale citait "la violence physique, verbale ou psychologique, les châtiments corporels ou l'humiliation".

L'interdiction formelle, si elle est actée au terme du parcours législatif, permettrait à la France d'être en conformité avec les traités internationaux, alors que le pays a été épinglé à plusieurs reprises par les instances internationales.

La France deviendrait ainsi le 55e État à interdire totalement les châtiments corporels, selon l'"Initiative mondiale pour mettre un terme à tous les châtiments corporels sur les enfants", une ONG basée à Londres. La Suède avait légiféré sur le sujet dès 1979.

- "Symbole et communication" -

La mesure avait déjà été inscrite dans la loi "Égalité et citoyenneté", mais avait été censurée en janvier 2017 au motif qu'elle était sans rapport avec la loi ("cavalier législatif").

Le texte MoDem a eu l'appui de différentes organisations (Fondation pour l'Enfance, Association STOP VEO...) ou du Défenseur des droits, Jacques Toubon qui a défendu "un signal politique fort".

Mais, lors des débats en commission, des élus de droite et d'extrême droite étaient montés au créneau contre une "ingérence" dans la vie des familles et l'"ineptie", voire le "ridicule" de la proposition.

Dans l'hémicycle, les débats ont été plus policés. Seul représentant de son groupe, Raphaël Schellenberger (LR), s'est abstenu, se demandant ce que "vont penser les Français" du temps passé sur ce texte. Il part "d'une bonne intention" mais n'est "que symbole et communication", avec un dispositif qui "énonce sans encadrer", a-t-il jugé.

A l'offensive, Emmanuelle Ménard (extrême-droite), seule à voter contre, a pointé un risque de "dépouiller les parents de leurs prérogatives" et un texte qui "revient à prendre les Français pour des imbéciles".

Alors que le chef de file des UDI-Agir Jean-Christophe Lagarde avait raillé en amont un texte "vide d'effet" mais qui sera "très médiatiquement ressenti", son collègue Thierry Benoit d'abord circonspect, s'est finalement rallié à la proposition, le groupe Libertés et Territoires étant, lui, partagé.

Les trois groupes de gauche ont apporté leur appui à un texte, qui tend à une société "plus humaniste" pour Elsa Faucillon (PCF) et est d'"utilité publique" selon Bastien Lachaud (LFI).

Le relatif consensus autour de la proposition a failli achopper en raison du dépôt in extremis par le gouvernement d'un amendement pour l'habiliter à regrouper par ordonnance le Groupement d’intérêt public "Enfance en danger" et l’Agence française de l’adoption. Face au front du refus de ce que M. Schellenberger a qualifié de "violence administrative ordinaire", la ministre a retiré son amendement.

Partager cet article

Dans la même thématique

L’Assemblée vote largement l’interdiction de la fessée
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

L’Assemblée vote largement l’interdiction de la fessée
3min

Politique

Industrie musicale : « il n’y a plus de coup de cœur, on regarde le nombre de followers », La Grande Sophie

Trente ans de carrière, artiste inclassable, la Grande Sophie se tourne aujourd’hui vers la comédie musicale avec un nouveau spectacle inspiré de son premier livre « Tous les jours Suzanne ». Une nouvelle aventure qui caractérise à merveille son envie insatiable de créer. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle se livre sur son passé, son rapport à l’industrie musicale et sa relation particulière avec Françoise Hardy.

Le

L’Assemblée vote largement l’interdiction de la fessée
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le