« La PAC ne doit pas devenir une variable d’ajustement de l’Union européenne »
Ce mardi au Sénat, la France, l’Irlande, l’Italie et la Pologne, quatre grandes puissances agricoles européennes, ont présenté, à travers la voix de leurs parlementaires, une déclaration commune sur l'avenir de la Politique agricole commune (PAC). Elles refusent que la PAC devienne une « variable d’ajustement du budget de l’Union. »

« La PAC ne doit pas devenir une variable d’ajustement de l’Union européenne »

Ce mardi au Sénat, la France, l’Irlande, l’Italie et la Pologne, quatre grandes puissances agricoles européennes, ont présenté, à travers la voix de leurs parlementaires, une déclaration commune sur l'avenir de la Politique agricole commune (PAC). Elles refusent que la PAC devienne une « variable d’ajustement du budget de l’Union. »
Public Sénat

Par Pierre de Boissieu

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Les présidents des commissions des affaires européennes ou agricoles de quatre parlements d’Etats membres de l’Union européenne : la France, l’Irlande, l’Italie et la Pologne, se sont réunis ce mardi au Sénat pour présenter une déclaration commune, intitulée « Refonder la PAC, une priorité stratégique pour l’avenir de l’Union européenne ». Cette déclaration fait suite à l’annonce, par la Commission européenne, de la publication prochaine d’un document sur l’avenir de la PAC.

Cette dernière représente 38 % du budget de l’Union européenne. Cependant, le contraste avec les Etats-Unis reste fort. Jean Bizet a regretté que « ces derniers aient augmenté de 40 % leurs subventions à l’agriculture, pour arriver à 480 dollars par habitant, quand parallèlement, en Europe, nous avons baissé les nôtres de 17 %, et nous sommes à 210, 220 dollars par habitant ».

Aux yeux de Jean Bizet, le président de la Commission des affaires européennes du Sénat, les négociations entre les quatre pays signataires ont été plus faciles qu’en 2011, lors de la dernière négociation sur la PAC. « Il n’était pas possible de convier tous les Etats, nous avons choisi de privilégier un noyau pour discuter de la PAC » a-t-il par ailleurs précisé.

« La PAC doit empêcher la concentration entre les mains de la grande distribution »  

« Mettre l’accent uniquement sur le consommateur, comme cela a été le cas, au fil du temps, c’est oublier que, derrière les consommateurs, il y a des producteurs », selon Jean Bizet. « Aujourd’hui, les agriculteurs sont en grande difficulté dans l’ensemble de l’Union », a-t-il déploré.

Jean Bizet : « La PAC doit empêcher la concentration entre les mains de la grande distribution »
02:41

Pour Jean Bizet, il faut revenir à l’article 46 du traité de Rome qui permet de « traiter les productions agricoles autrement que des productions industrielles. » « Il faut permettre des ententes, on ne peut pas continuer à avoir une concentration des pouvoirs de la grande distribution, avec quatre, cinq grands acheteurs » a-t-il martelé.

Le rapport insiste sur « une PAC tournée, davantage qu’aujourd’hui, vers les besoins et les attentes des agriculteurs européens. » « La PAC doit renforcer la capacité du secteur agricole à faire face à la volatilité des prix et aux situations de force majeure » peut-on lire dans le rapport. Par ailleurs, la déclaration des parlementaires européens rappelle l’objectif de « souveraineté agricole européenne. »  

Brexit, un trou de 10 milliards dans le budget de la PAC

Depuis le Brexit, en juin dernier, les agriculteurs irlandais sont préoccupés par le sort de leurs exportations agricoles. En effet, 40 % de la production agricole irlandaise sont exportés vers son voisin britannique.

Pat Deering, président de la commission de l’agriculture au parlement irlandais, se dit « touché par l’attention portée par les autres pays européens au sort de l’Irlande, après le Brexit. « Les pays de l’Union européenne comprennent que c’est nous qui avons le plus à perdre, à cause de notre proximité avec le Royaume-Uni » salue-t-il.

« Un consensus mou »

Pour Joël Labbé, sénateur du Morbihan, membre du groupe écologiste du Sénat, la déclaration est un « consensus mou. » Les axes majeurs des politiques agricoles futures n’y sont pas du tout évoqués, d’après le sénateur : l’agroécologie, la transition écologique et la reterritorialisation de l’alimentation. L’ONU a appelé ce mardi à la sortie des pesticides, à l’échelle planétaire, et à la création d’une organisation mondiale de la sortie des pesticides.

Joël Labbé : « L'avenir de l'agriculture, c'est la re-territorialisation de l'alimentation. »
02:05

« Le poids des gros syndicats, comme la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) en France » est lisible dans la déclaration, explique Joël Labbé. Par ailleurs, le sénateur a souligné que la France est un gros exportateur de volailles, mais importe 40 % de la viande de volaille consommée dans le pays. « Ces importations ne proviennent pas des pays européens, mais du sud-est asiatique et du Brésil », précise-t-il. Selon Joël Labbé, il faut « revenir à des systèmes de polyculture-élevage dans les pays d’Europe et partout dans le monde. »

Partager cet article

Dans la même thématique

France Missing Girl
7min

Politique

Affaire Lyhanna : « Il y a une chaîne judiciaire qui n’a pas fonctionné, c’est assez accablant », affirme Isabelle Florennes

Depuis les révélations autour du profil de Jérôme Barella mis en examen pour enlèvement et séquestration de Lhyanna dans le Gers le 29 mai, la classe politique jusqu’à Emmanuel Macron pointe les failles de la justice. Les sénateurs attendent que les résultats de l’enquête administrative diligentée par le gouvernement leur soient présentés dans les semaines à venir.

Le

PARIS Gerald Darmanin place Vendome
4min

Politique

Affaire Lyhanna : que dit la circulaire de Gérald Darmanin de 2025 ?

Une semaine après la disparition de la jeune Lyhanna à Fleurance, Gérald Darmanin dénonce les « dysfonctionnements » de l’État dans le suivi du principal suspect, actuellement mis en examen. Le ministre de la Justice fait notamment référence à sa circulaire de politique pénale générale, envoyée en janvier 2025, où il appelait au « traitement prioritaire » des violences sur enfants. Celle-ci n’aurait pas été respectée.

Le

SoftBank CEO Masayoshi Son Meets French President Emmanuel Macron at Elysee Palace
2min

Politique

Lyhanna : Emmanuel Macron dénonce un « dysfonctionnement inacceptable », Sébastien Lecornu demande que « les conclusions de l’enquête administrative lui soient remises sous 15 jours »

Au lendemain de la découverte dans le Gers d'un corps étant probablement celui de Lyhanna, le président de la République dénonce depuis le Monténégro, un « dysfonctionnement inacceptable ». A l’issue de réunion de crise à Matignon entre Gérald Darmanin, Laurent Nunez et Sébastien Lecornu, ils « ont fait état d’éléments accablants dans la procédure, à tous les niveaux ».

Le

« La PAC ne doit pas devenir une variable d’ajustement de l’Union européenne »
3min

Politique

Loi de programmation militaire : le sénateur LR Hugues Saury appelle à des négociations en vue de la commission mixte paritaire

Interrogé sur Public Sénat, le sénateur LR Hugues Saury assume le rejet par son groupe, mardi, de l’article phare de la loi de programmation militaire. La droite espère encore arracher une rallonge supplémentaire à la hausse de 36 milliards d’euros du budget des armées inscrite dans le texte, qui file en commission mixte paritaire.

Le